19/08/2013

Ringard, le tronc commun en 9ème du CO?

D’aucuns diront que l’idée est dépassée, obsolète, que l’hétérogénéité a été balayée par le peuple le 4 mars 2001 et que la nouvelle structure du CO a été acceptée massivement par 75% le 17 mai 2009.

Et pourtant, cela ne devrait pas nous empêcher d’ouvrir les yeux, de prendre en compte la réalité du terrain,  d’en dénoncer les éventuels dysfonctionnements et de proposer des améliorations. L’enjeu est de taille, la formation de nos enfants et leur future intégration dans notre société.

Alors que voit-on dans les classes des écoles primaires et du CO ? Tout d’abord, un fort stress,  induit par des normes de passage considérablement relevées et  qui touche deux années, la dernière de l’école primaire puis la première du CO.

En 8 P, les parents s’inquiètent évidemment : va-t-il ou elle parvenir à réaliser les performances requises, surtout pour atteindre le regroupement 3 avec au minimum 2 fois 4.5 et une fois 5, pour un total de 14, alors qu’avant 12 suffisait pour aller en regroupement A ? Les élèves qui n’ont pas de très bonnes notes sont donc soumis à une pression familiale, autant que scolaire, à une forme d’exigence de performances à laquelle ils ne sont pas préparés.

En outre, l’enseignant primaire, un généraliste, voit son évaluation revêtir une importance pronostique primordiale, alors qu’il ne connaît pas les programmes des différentes branches du CO, ni leurs niveaux d’exigence. Ainsi, attribuer une note de 4 au lieu d’un 4.5 ou un 4.5 au lieu d’un 5 peut déclencher dans les familles et chez les élèves des réactions angoissées, voire un psychodrame en fin d’année ; or, tout professionnel  le sait, l’évaluation scolaire n’est pas une science exacte. Ensuite, la pression refait surface en première année du CO : vas-y, fais- toi remarquer par de bons résultats au plus vite, de façon à te voir proposer une passerelle qui te permettra de sauter dans le regroupement supérieur après un trimestre ! Ou, si tu rates ce coche, continue de bosser dur pour atteindre les normes  (4.8 de moyenne générale 1 seule note en-dessous de 4.0 à part français et maths) qui t’ouvriront les portes de la section supérieure en début d’année suivante.

Ce stress, trop important, est excessif et non productif.

Les élèves de 8ème  et 9ème sont des enfants et des préadolescents, ce ne sont pas des adultes miniatures qui ont atteint leur stade de maturité. Etres en devenir, ils ont droit aux erreurs, aux hésitations, au temps libre, aux derniers zestes de l’insouciance enfantine. Leur signaler une exigence de performances, pour certains inatteignables, ne va pas les faire mûrir plus vite ; au contraire, cela va les diviser en 2 catégories : les méritants d’un côté, ceux qui atteignent la barre et sont qualifiés (dans l'acceptation polysémique du terme) et les déméritants de l’autre, les disqualifiés. Pour ceux-ci, bonjour les dégâts sur l’image de soi, sur la confiance en eux-mêmes, avec les conséquences prévisibles sur des comportements déviants. A ce propos, je recommande le visionnement de l’émission « Spécimen » de la RTS du 19 juin 2013, intitulée « L’ado, ce drôle de zozo » ; entre d’autres éléments très intéressant, on y découvre les fâcheuses conséquences du stress excessif sur un cerveau adolescent, particulièrement sur le plan de la socialisation (http://www.rts.ch/video/emissions/specimen/5000684-la-construction-du-cerveau.html)

L’école obligatoire doit combattre le clivage de sa population et refuser d’en laisser, ne serait-ce qu'une petite partie, au bord du chemin.  Instaurer un tronc commun pour la première année du CO présente trois gros avantages :

1.       Permettre aux élèves, à nos enfants, de négocier le passage de l’école primaire de l’enfance au CO de l’adolescence, sans rajouter du stress à celui que le saut procure déjà.

2.       Enlever la dimension pronostique à l’évaluation du seul généraliste primaire pour la conférer à un collège d’enseignants  qui la réalisera en temps réel et en connaissance des programmes et exigences. L’orientation de chaque élève devrait s’avérer alors plus fluide.

3.       A coûts constants, plus vite et mieux aider les élèves en difficultés. En effet, à l’heure actuelle, les transferts promotionnels d’élèves se font très majoritairement lors de la première année. Le tronc commun rendrait les importants moyens financiers attribués aux passerelles disponibles pour des appuis ciblés sur les élèves en difficultés dès le début de l’année ; plus vite on intervient, moins le fossé ne se creuse et plus le pronostic est favorable, comme le prouve l’école hétérogène finlandaise et ses excellents résultats à PISA. Quant à l’effectif des classes, il tournerait entre 19 et 20 élèves, ce qui représente le même nombre de classes qu’actuellement.

Tentons de dépasser les querelles d’essence idéologique sur un système scolaire ou un autre ! Les motifs invoqués ci-dessus ne méritent-ils pas, pour le bien de nos élèves et de nos enfants, au moins la réouverture du débat ?

20:19 Publié dans Genève | Tags : tronc commun, co, stress | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |