05/02/2016

Appel à mes anciens élèves

Que ce soit au Cycle ou au Collège que nos chemins se sont croisés, souvenez-vous !

Vous veniez d’Italie, d’Espagne, du Portugal, des Balkans, du continent africain, américain ou d’un autre canton suisse, combien y avait-il de nationalités différentes, 10 ? Plus ?

Nous avons lu ensemble des œuvres qui éclairent, des Essais (« Qu'est-ce qu'une vérité que ces montagnes bornent (et) qui est mensonge dans le monde qui est situé au-delà? ») à L’étranger en passant par Le rhinocéros, nous avons parcouru ensemble des périodes historiques riches d’enseignement du déclin de la sorcellerie avec l’avènement de la raison à la folie totalitaire, qu’elle soit nationale-socialiste ou communiste.

Souvenez-vous, y avait-il entre vous une différence issue de votre origine, de votre nationalité, autre que l’apport de votre culture ? Ne vous sentiez-vous pas proches  les uns des autres ? Ne compreniez-vous pas de la même façon les leçons des grands auteurs comme celles de l’Histoire ? Ne formiez-vous pas un groupe uni, soudé parfois pour chahuter quelque remplaçant ou pour rigoler un bon coup ? N’était-ce pas de belles années d’échanges, d’amitiés, d’amours ?

Votre identité s’est formée à cette aune, mélange d’ouverture, de partage d’émotions, de sentiments et d’expériences entre origines et cultures différentes. N’est-elle pas riche et belle ?

Par fidélité à ces souvenirs, je vous demande aujourd’hui de les défendre et de refuser l’Alleingang (même si vous n’étiez pas tous forts en allemand, vous comprendrez ce mot…) dans lequel l’UDC veut nous entraîner. Votez et votez NON à l’initiative dite de mise en œuvre ! Démontrez que vous ne voulez pas d’un pays isolé et replié sur lui-même ! Proclamez qu’un passeport n’a jamais été une mesure de la qualité ou de la dignité d’une personne humaine !

Merci !

 

P.S. Oui, je joue à fond sur la corde sensible et sentimentale. Pourquoi serait-ce l’apanage d’un seul parti ?

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27/01/2016

Le prêt à penser UDC

Ma note précédente sur « le peuple souverain de droit divin ? » m’a valu beaucoup de commentaires hostiles. Ceux-ci sont intéressants car ils démontrent le prêt à penser de l’UDC et ses composantes :

  1. L’âge d’or mythique: il faut revenir à une époque heureuse où la Suisse était indépendante et ne souffrait pas des maux du monde actuel (pollution, migrations, globalisation, chômage, précarisation, …). C’est vrai que du temps de la guerre froide et du rideau de fer, la Weltanschauung était plus simple, facilitée par la division en 2 blocs, les gentils ici, les méchants là-bas, chacun régnant dans sa sphère protégée. Le bouc-émissaire était tout trouvé et le boum économique des Trente Glorieuses laissaient entrevoir à tous un bien-être grandissant et un avenir radieux. Et celui qui critiquait n'avait qu'à déménager de l'autre côté!
  2. Le tabou fondateur : certes, le peuple, souverain, possède le pouvoir suprême directement (initiative, référendum) et indirectement (élection de ses représentants aux trois pouvoirs) ; n’y a-t-il donc rien à redire à ses décisions, quelles qu’elles soient ? A mes yeux, il est légitime de questionner ce pouvoir à l’heure où la surinformation, la désinformation, la manipulation, ainsi que la complexité grandissante des sujets, font la part belle à l’expression des émotions et des sentiments dans les urnes, à la tentation des solutions tranchées et carrées, simplistes parfois ; les exemples actuels de la Hongrie et de la Pologne illustrent bien ce glissement.
  3. La disqualification du discours adverse : qualifié de méprisant, d’arrogant, celui qui ose s’attaquer au tabou ci-dessus est de suite discrédité, qualifié d’ennemi du peuple et de la démocratie. Toute référence à l’Etat de droit ou à l’équilibre entre les trois pouvoirs est d’emblée rejetée comme une hérésie à la religion du peuple souverain. De même, une solution aux problèmes du monde moderne ne peut se trouver dans l'avenir, puisqu'elle réside dans notre passé.

Ainsi le système de pensée est bien verrouillé : une référence à une époque bénie, encore vivante dans les mémoires, surtout du troisième âge qui l’a vécue et en a pleinement profité ; un tabou qui sacralise l’opinion publique des citoyens suisses, l’érige en divinité omnisciente et omnipotente, enlevant toute possibilité de la contester ; une disqualification facile des adversaires, aisément présentés comme utopistes dangereux, ennemis du peuple, idolâtres du droit.

Ce système est habile (car il flatte ceux-là même qu’il instrumentalise), difficile à combattre et diablement efficace. Mais jusqu’où et jusqu’à quand ? Une première réponse le 28 février.

 

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22/01/2016

Le peuple, souverain de droit divin?

L’initiative de l’UDC de mise en œuvre du renvoi des criminels étrangers est sans contestation possible contraire au droit, national comme international.

Pour le premier domaine, elle viole le principe démocratique de la séparation des pouvoirs ; d’une part, elle court-circuite le Parlement qui a élaboré la loi d’application de la première initiative sur ce sujet et, d’autre part, elle supprime le pouvoir d’appréciation des juges, voire même dans certains cas, le recours au TF. L’avis du peuple serait ainsi considéré comme valant une décision exécutive, contraire au pouvoir législatif comme judiciaire.

Dans le deuxième domaine, elle contrevient totalement à la Convention Européenne des Droits Humains (CEDH) en autorisant un renvoi qui sépare les membres d’une même famille, y compris si femme et enfants sont de nationalité suisse. La Suisse rejoindrait ainsi la Biélorussie comme seuls pays européens à ne pas respecter la CEDH.

L’UDC, encore et toujours, maintient sa stratégie aussi manipulatrice de l’opinion publique que dangereuse pour notre pays. Elle utilise un bouc-émissaire ô combien d’actualité, les étrangers, l’affuble de tous les maux pour exacerber les réactions émotionnelles de la population et recourt aux instruments de la démocratie directe (initiative, référendum) pour instrumentaliser la peur et la colère populaires, en total mépris du droit et des principes démocratiques comme celui de la séparation des pouvoirs. Surfant sur les vagues de l’incompréhension grandissante devant un monde de plus en plus complexe, de l’afflux migratoire et de l’individualisme triomphant, ce parti institue la volonté populaire exprimée dans un vote comme loi absolue, supérieure à toutes les autres. Le peuple serait donc bien un souverain de droit divin, au-dessus des contingences bassement humaines ! Bref, l’UDC revisite le concept de dictature du peuple à la sauce helvétique !

Devant une telle absurdité, il serait temps de réagir. A mes yeux s’impose une nécessité : élaborer une loi qui précise clairement les limites d’une initiative et garantisse son adéquation au droit avant d’être soumise à la votation. Bien sûr, elle se heurtera à de vives résistances car personne n’a envie d’abandonner une partie de son pouvoir, et, vraisemblablement elle fera l’objet d’une votation. Tant mieux, ainsi le peuple suisse pourra se prononcer en connaissance de cause et, soit rejeter l’illusion de l’absolutisme, soit opter pour un retour au XVIIème siècle !

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