30/04/2016

Les tribuns, comme les histoires d'amour, finissent mal en général

« Danton est une des figures majeure de l'historiographie de la Révolution française, tout comme Mirabeau, avec qui il partage un prodigieux talent oratoire et un tempérament impétueux, avide de jouissances (les ennemis de la Révolution l'appellent « le Mirabeau du ruisseau »), ou comme Robespierre, à qui tout l’oppose, le style, le tempérament et le type de talent. Il incarne la « Patrie en danger » dans les heures tragiques de l’invasion d’août 1792, quand il s'efforce de fédérer contre l'ennemi toutes les énergies de la nation et d'user de tous les expédients : pour vaincre, dit-il, « il nous faut de l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace, et la France sera sauvée ! », et il n'hésite pas, par pragmatisme, à entamer des négociations secrètes avec les monarques coalisés pour négocier une paix rapide. » cit. Wikipédia.

Toute ressemblance avec un tribun genevois actuel n’est pas une coïncidence fortuite. Le MCG doit son existence et sa progression à Stauffer  qui le fonde en 2005, avec Georges Letellier. Avec son style « dantonesque », le tribun local va électriser à la fois une partie de l’électorat et ses troupes. Avec son physique mi-docker, mi-mafieux, ses coups de gueule retentissants et son leadership absolu, mais aussi un flair politique certain, il conduit son parti dans sa fulgurante ascension :

Année

Élections

Pourcentage

Sièges

2005

Grand Conseil

7,7 %

9

2007

Conseil national

2,5 %

0

2009

Grand Conseil

14,74 %

17

2011

Conseil national

9,78 %

1

2013

Grand Conseil

19,23 %

20

Conseil d'État

-

1

A l’évidence, le tribun local joue un rôle politique de bélier, frappant de toutes ses forces les défenses adverses, ce qui profite à d’autres membres, apparaissant forcément moins agressifs et conflictuels, qui sont élus, qui au Conseil d’Etat, qui au Conseil national.

Mais un bélier, c’est fait pour détruire, pas pour construire ! Après une dizaine d’années de succès, le MCG se trouve face aux limites de sa progression solitaire ; il lui faut des alliés (ce sera la nouvelle force avec l’UDC ou certains accords avec le PLR) et gagner une crédibilité de parti gouvernemental.  Or, un tribun populaire, ça ne se recycle pas (c’est d’ailleurs pourquoi les Verts n’en ont pas…) et ça peut devenir dérangeant s’il refuse de s’effacer.

Danton est guillotiné le 5 avril 1794 par les siens, il y a donc 222 ans. En 1799, Bonaparte fait son coup d’état du 18 brumaire pour s’emparer du pouvoir. Que sera le MCG dans 5 ans ?

 

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14/04/2016

Quelle laïcité?

Une partie du groupe Ensemble à Gauche a déposé le projet de loi 11766 qui présente la laïcité sous une forme que je qualifierai d’exclusive.  En effet, d’après le texte, les religions, juste tolérées par l’Etat, doivent être cantonnées dans la stricte sphère privée, sans possibilité aucune de manifestation publique ni de signes d’appartenance religieuse dans le domaine public (fonctionnaires, écoles, etc…). Elles n’ont ainsi plus droit de cité, n’ont que le droit au silence.

Pour donner un exemple des conséquences que cette vision portée à l’extrême peut occasionner,  tournons-nous vers la grande référence en la matière, le gouvernement chinois dont le parti aussi unique que communiste a imposé l’athéisme et chassé le religieux. Depuis 1999, d’abord sous la conduite de Jiang Zemin,  il a mené une féroce persécution des membres du Falun Gong  dont la pratique traditionnelle de gymnastique et de méditation spirituelle, inspirée du bouddhisme,  avait conquis des millions de Chinois depuis 1992, début de  l’enseignement de son créateur, Li Hongzi.  Pourtant fondamentalement pacifistes et non violents, ses adeptes ont été jetés dans les camps dits de réhabilitation, beaucoup sont morts,  certains torturés, certains victimes de prélèvement d’organes.[i]  Ici, la religion, ou même comme pour le Falun Gong une aspiration spirituelle, devient un dangereux concurrent contre le matérialisme idéologique, qu’il faut éradiquer, par tous les moyens, y compris par la propagande à l’extérieur du pays. Quelle ne fut pas en effet ma surprise de trouver dans la Tribune de Genève du 4 mars 2016 l’article « Une troupe chinoise suscite le malaise » qui polémique sur le lien entre la troupe Shen Yun et le Falun Gong. Quand bien même le spectacle qui offre une plongée dans 5000 ans de culture chinoise a ou aurait des liens avec les valeurs du mouvement spirituel, n’est-ce pas le cas d’une bonne partie des oeuvres d’art auxquelles nous avons accès ? Souvenons-nous du tollé entraîné par l’interdiction de jouer pour les écoliers  l’opéra de Britten, L’Arche de Noé !

Pour ma part, je préfère la conception de la laïcité que je dirai inclusive. Les religions et leur histoire sont reconnues, elles peuvent s’exprimer publiquement, leur apport social est considéré. Toutefois, elles devraient être soumises à deux conditions essentielles : d’une part, être limitées dans le domaine public par les lois, règlements, us et coutumes locaux qui s’y appliquent. Par exemple, L’Etat étant laïc, aucun fonctionnaire en contact avec le public ne peut porter de signe distinctif religieux, ou bien hors de question de dispenser à l’école publique de cours de natation ou de serrage de mains ! D’autre part, il m’apparaît essentiel que l’école permette aux élèves de les appréhender, non sous l’angle de leurs croyances, mais sous celui de leur connaissance historique et rationnelle. En effet,  l’objectif de la laïcité consiste à garantir la paix confessionnelle. La conception exclusive cherche à y parvenir par l’élimination, la conception inclusive voudra doter chaque citoyen des outils de pensée qui lui permettront de rejeter les a priori et les préjugés qui sont parmi les pires ennemis de la concorde entre les communautés.

Le PL 11764 déposé par le Conseil d’Etat va dans ce sens. Actuellement en étude en commission, je souhaite qu’il parvienne à intégrer ces deux conditions, à mes yeux garantes d’une laïcité inclusive équitable et pacifiée.

 

[i] Voir par exemple l’article de Newsweek du 1er février 2016, China forces its political prisoners to sell body parts, ou le film Human Harvest, diffusé par 3SAT le 18 février en Allemagne, Autriche et Suisse.

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17/02/2016

Parlons de la sécurité

L’UDC clame haut et fort que l’objectif de son initiative de mise en œuvre consiste à enfin renforcer la sécurité et se préoccuper des victimes. Soit, voyons domaine par domaine ce qu’il en est réellement.

 

Sécurité face aux délinquants : d’abord cette initiative ne concerne que les étrangers avec un titre de séjour ; or, la plupart des délinquants étrangers n’en ont pas (3/4 de la population carcérale de Champ-Dollon par exemple). Facteur de protection : 0 face au tourisme de la délinquance.  En outre, l’expulsion n’est prononcée qu’en cas de récidive : celui qui planifierait un attentat,  un meurtre ou une prise d’otage, qui appartiendrait à un groupe terroriste ne pourrait être expulsé s’il n’a pas d’antécédents pénaux…  Facteur de protection : - 1 face à certains crimes graves, pour lesquels la réforme du Code pénal votée par le Parlement en mars 2015 comprend la mesure d’expulsion.

 

Sécurité sociale : une nouvelle infraction, l’abus en matière d’aide et d’assurances sociales, figure dans le texte de l’initiative sans précision de la nationalité de son auteur, puisqu’il s’agit de « quiconque », sans mention de « l’astuce », ni même de la volonté de tromper (contrairement au nouvel article 148 du Code pénal) ;  le simple fait que les indications soient erronées ou incomplètes suffit à constituer l’infraction.  Facteur de protection : -1 face à des démarches administratives dans lesquelles tout le monde peut se tromper de bonne foi. Va-t-on emprisonner pendant 5 ans la pauvre grand-mère (ou le pauvre grand-père) qui n’a pas rempli correctement les formulaires ? De plus, l’initiative prévoit l’expulsion de tout étranger récidiviste pendant 10 ans pour des infractions mineures, peu importe son statut, deuxième ou troisième génération, qualité de son intégration ;  votre cercle d’amis et de conquêtes risque fort de se rétrécir, spectaculairement suivant la région où vous vivez. Facteur de protection : -1 face à la cohésion sociale de notre pays, dont 41% de la population est issu de l’immigration.

 

Sécurité judiciaire : l’initiative viole le principe de proportionnalité du droit en enlevant aux juges leur pouvoir d’appréciation. Facteur de protection : -1 face à la prise ne compte de la situation individuelle de chaque coupable d’infraction. Qui peut prédire si, par la suite, l’automaticité de la sanction ne s’appliquera pas aussi aux délinquants suisses ?

 

Sécurité politico-économique : l’initiative a été déposée bien avant le délai qu’avait le Parlement pour mettre en application la première initiative; l’UDC n’a, par ailleurs, pas attendu la loi d’application pour lancer contre elle un référendum, comme l’aurait demandé le jeu de la démocratie. Facteur de protection : -1 face au bon fonctionnement de nos institutions qui garantissent celui d’une démocratie que beaucoup nous envient. L’initiative, en outre, viole la CEDH (Convention européenne des droits de l’homme) et nous acoquinera à la Biélorussie comme seuls Etats européens à ne pas reconnaître ce texte fondamental. Facteur de protection : -1 face à la nécessité de sauvegarder des relations interactives avec les autres pays afin d’une part, de conserver notre prospérité et notre stabilité économiques et, d’autre part, de continuer à être présent, crédible et visible sur la scène internationale, ne serait-ce qu’à travers la politique des bons offices qui nous a si bien réussi.

 

En définitive, la principale victime sera le peuple suisse si, d’aventure, le oui l’emporte le 28 février.

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