03/01/2017

Et maintenant RIE III!

Une majorité a su doter le canton d’un budget 2017.

Le prochain exercice consensuel genevois est en cours et devrait déboucher sur une convention entre partis pour l’adoption de RIE III. Attention, pas la fédérale qui se votera les 12 février prochain dont le déséquilibre entre les bénéfices des entreprises, maximalisés par l’alliance PLR-UDC, et les coûts pour l’Etat et les citoyens est trop prononcé pour pouvoir y adhérer !

Il s’agit ici de la réforme fiscale des entreprises au niveau cantonal, qui représente un enjeu majeur pour notre canton.

D’abord quelques évidences :

  • La réforme comporte une dimension éthique: abolition des statuts spéciaux qui favorisaient outrageusement certaines entreprises, taux unique pour toutes.
  • Comme pour le secret bancaire, il serait illusoire de mépriser la pression internationale.
  • Les multinationales, au bénéfice de statuts spéciaux jusqu’à présent, représentent un acteur économique essentiel pour Genève : 76000 emplois directs (27,7%), 19 milliards de la valeur ajoutée du canton (40%), 2 milliards d’impôts (33%).[1]
  • Le risque de concurrence fiscale est grand, particulièrement avec nos voisins vaudois qui partagent avec nous l’arc alémanique si désiré.

Partant, la fixation du taux doit tenir compte des deux derniers paramètres, afin d’éviter un exode massif des multinationales qui frapperait de plein fouet notre économie ou une différence d’imposition qui la prétériterait face à ses voisines. 13,49 % paraît donc un taux équilibré face aux Vaudois et demeurant acceptable pour la majorité des entreprises à statuts.

Certes, il en coûtera au canton entre 350 et 500 millions, et environ 80 millions aux communes ; mais ce coût est à mettre en face des mesures de compensations négociées.

Il y aura des mesures d'accompagnement chaque année, issues d’un prélèvement récurrent de 0,22%, à charge des employeurs, sur la masse salariale, d’un montant total de 60 millions, qui financeront la conciliation entre vie professionnelle et vie privée (accueil préscolaire), la formation et la réinsertion professionnelle , l’emploi et la mobilité (transports publics).

De plus, durant 5 ans, d’autres mesures d’accompagnement, issues d’un prélèvement temporaire de centimes additionnels équivalent à 0,3% du taux effectif d’imposition sur le bénéfice et représentant 44 millions, permettront d’aider l’innovation (via une Fondation permettant l'apport de fonds externes), la culture (développement de lieux culturels), la formation (lieux de formation nouveaux) : la mobilité douce (mise en oeuvre de l'IN 144), les logements pour étudiants et les coopératives d'habitation.

Enfin, les partis qui signeront la convention s’engageront, pendant la même durée de 5 ans, à renoncer au mécanisme du frein au déficit, de manière à maintenir la qualité de vie des habitants, particulièrement dans les domaines des transports publics, de la formation, de l’aide sociale, de l’environnement, de la sécurité et du logement.

Signer ou pas cette convention d’accord sur la RIE III cantonale ? Le débat est vif dans les partis de l’Alternative ; pas tellement pour Ensemble à gauche, qui adoptera toujours une posture d’opposition idéologique, qui a le mérite d’exister, mais interdit sa participation à tout large consensus politique. En revanche, les Verts et les Socialistes sont divisés, partagés entre deux courants, l’un revendiquant les valeurs et une politique de gauche, penchant vers le refus de la convention, l’autre, pragmatique, l’acceptant.

Pour ma part résolument pragmatique, je fais quelques constatations:

Dans un pays et même un canton à claire majorité de droite, quelles sont les chances de gagner que possède la politique de gauche ? Et dans le cas présent, qu’a-t-elle à perdre en cas d’échec ? Vraisemblablement, le peuple acceptera la RIE III nationale, le 12 février, malgré notre opposition de gauche. En l’absence d’une convention préalable et forts de cette victoire, les partis de droite à Genève ne vont-ils pas minimiser les mesures d’accompagnement, réduisant d’autant les compensations patiemment négociées au bénéfice des politiques publiques, donc de la population ? Bien sûr, une politique proclamée sur des valeurs de gauche est plus motivante, sexy et porteuse d’électeurs potentiels qu’un pragmatisme revendiquant la « moins mauvaise » politique! Mais laquelle est ici en faveur du bien commun, si souvent invoqué par les politiciens que le terme sonne de plus en plus creux ? Bien sûr, il faut se battre pour ses idéaux et ses valeurs, mais, pour moi, la politique, c’est d’abord l’art du possible, ici et maintenant ! Après, c’est trop tard…

Dans un monde de plus en plus incertain, imprévisible, Genève, me semble-t-il, a beaucoup plus besoin de consensus constructifs que d’affrontements stériles ; face aux difficultés actuelles et à venir, se serrer les coudes me paraît être plus efficace que de s’empoigner. C’est dans ce sens que je vous adresse mes vœux pour la nouvelle année.

 

 

[1] CREA, La Genève internationale. Impact sur l’économie genevoise et régionale, janvier 2015.

12:21 Publié dans Air du temps, Genève | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | | |

23/12/2016

Ach, ces Welches!

On se souvient de la dépression bien arrosée d’Yvan Perrin, des attaques médiatiques d’outre Sarine contre le candidat au Conseil Fédéral Parmelin, accusé de trop bien servir les vignes suisses du Seigneur, et maintenant, Céline Amaudruz !

Quand on a fait une sacrée java (1,92, excusez du peu !), qu’on occupe des fonctions politiques nationales et médiatisées, il est incompréhensible de ne pas prendre un taxi, voire même Uber …

Quelle mouche l’a donc piquée ? Quelle malédiction frappe les ténors romands de l’UDC ? Quel spleen baudelairien taraude-t-il leur âme ?

Peut-être est-ce parce qu’ils se sentent un peu …étrangers au sein de leur parti ?

Bien sûr, il reste l’inébranlable Freysinger, mâle alpha doit dans ses bottes, dur au mal et aux mots. Oui, mais, lui, c’est un survivaliste !

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27/11/2016

CO KO?

Le rapport de la Cour des Comptes sur le CO et la motion PLR pour que les élèves de l’école obligatoire travaillent jusqu’à la fin de l’année ont amené la Conseillère d’Etat en charge du DIP à prendre deux décisions qui interpellent au travers des conséquences de leur mise en œuvre.

Pour suivre la recommandation de remplir le plus possible les classes, les directeurs de CO ont dû procéder à une centaine de transferts forcés d’un cycle à un autre. Certes, l’économie réalisée ainsi de plus de 20 postes est à saluer selon une logique comptable et financière. Toutefois, sur le terrain, il s’avère que ces élèves, transférés contre leur volonté, posent quasi tous de gros problèmes de comportement ; comment pourrait-il en être autrement, considérant l’attachement d’un adolescent à son quartier et à ses amis ? Comment ne pas comprendre leur sentiment d’exclusion et leur révolte ? A titre d’exemple, dans un établissement que j’ai bien connu, les 17 élèves déplacés sont tous fortement indisciplinés et 5 d’entre eux sont déjà affectés au dispositif relais interne (structure d’encadrement et d’aide aux élèves particulièrement difficiles) sur les 6 places disponibles.

La gestion d’un CO est difficile : il faut à la fois garantir un cadre clair et ferme, tout en montrant à chaque élève qu’il est pris en compte. Face à un comportement perturbateur, il faut intervenir vite, sur deux plans : la sanction et le soutien individuel, dans une étroite collaboration maîtres, équipe médico-psycho-sociale et direction ; une atmosphère d’établissement calme et propice à apprendre est à ce prix-là. Il est donc indéniable que ces transferts forcés compliquent lourdement (suivant leur nombre) le travail des enseignants et des directions du CO et péjorent l’ambiance générale des écoles. La question, ouverte, qui s’en suit est incontournable et chacun lui donnera sa propre réponse, mais elle mérite d’être posée et connue de la population : une économie de 23,5 postes vaut-elle une péjoration du vivre ensemble des profs et des élèves dans les CO genevois, ainsi qu’une péjoration de leurs conditions de travail/apprentissage scolaire ?

En ce qui concerne la motion, la décision du DIP a été de garantir les cours habituels du CO jusqu’à la fin de l’avant-dernière semaine. Les conseils de classe, qui réunissent tous les enseignants et préavisent de l’orientation de l’élève l’année suivante devront se tenir sur un seul jour, le lundi de la dernière semaine. Ici, la conséquence produit ses effets dans le domaine de l’orientation des élèves du CO ; un établissement comporte généralement entre 35 et 40 classes, donc il s’agit de tenir en un jour entre 35 et 40 conseils de classe. On voit aisément que ceux-ci devront être considérablement réduits dans leur durée, qui ne pourra logiquement dépasser une demi-heure. 30 minutes pour considérer chaque devenir pour 14 élèves (11ème CT) dans le meilleur des cas, pour 24 ou 25 (classes de 11ème LS) dans le pire! Comment dès lors traiter valablement une situation individuelle problématique de manière à prendre en compte l’avis des maîtres, du psychologue ou de l’assistant social, des parents ? D’ailleurs le contact préalable avec ceux-ci sera aussi fortement restreint, réduit à la fin de l’avant-dernière semaine ; or, les parents ne sont pas toujours atteignables pendant le week-end et les enseignants n’ont pas l’obligation de travailler sur cette période de repos. Résultat, le traitement de l’orientation des élèves sera réalisé à la va vite, sans réelle concertation, essentiellement basé sur l’obtention ou non des normes requises.

Par le soin apporté au devenir de chaque élève, tributaire du temps qui lui était consacré, Genève pouvait s’enorgueillir d’être un canton modèle face aux autres cantons romands, plus normatifs et exécutifs. Se pose alors une deuxième question, de même type que la précédente : garder les élèves du CO à l’école le plus longtemps possible vaut-il une péjoration de la prise en compte individuelle du futur de chacun d’entre eux ?

13:49 Publié dans Air du temps, Genève, Humeur | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | | |