17/02/2017

Diminuer le nombre de signatures, vraiment?

S’opposer à la diminution du nombre de signatures nécessaires à une initiative ou à un référendum, voyons, c’est faire fi de la démocratie ! C’est mépriser le peuple !

Voilà ce que les partisans du PL qui sera voté à la prochaine session du Grand-Conseil assènent à tout va. Et pourtant, au risque de paraître un démo-traître, je me permettrai quelques réflexions.

Notre démocratie s’appuie sur un double canal, le peuple et ses élus parlementaires qui le représentent. Le principe des votations, que ce soit pour un référendum ou une initiative, est forcément binaire : oui ou non, pas d’autre possibilité. Heureusement, la plupart des objets politiques, comme d’ailleurs nos situations de vie, ne se laissent pas réduire à un choix binaire et demandent un travail de mise en application bien plus en nuances. C’est précisément la tâche des parlementaires qui, à longueur de commission, s’efforcent et s’échinent à polir l’objet désiré par le peuple, de manière à le rendre le plus adéquat possible; de ce travail et de sa nécessité, peu de personnes en ont véritablement conscience. Pourtant, il suffit de constater la saga de la mise en application de l’initiative sur l’immigration de masse pour mesurer son importance et sa difficulté ; avoir appliqué scrupuleusement les termes de celle-ci aurait entraîné ipso facto la cause guillotine et aurait rompu les bilatérales avec l’Europe. Je doute que la majorité du peuple eût cautionné cette rupture.

Initiative et référendum, outils de démocratie directe dont use le peuple souverain, sont donc obligatoirement prolongés par un travail parlementaire, aussi nécessaire qu’obscur. A cela s’ajoute qu’actuellement, aucune véritable limitation de la forme des initiatives n’est en place ; par crainte de passer pour des démo-traîtres, les parlementaires fédéraux ont renoncé à mettre une barrière contre les initiatives, par exemple, contraires à la constitution ou au droit. Le peuple, dans sa grande sagesse, saura les traiter comme telles, dit-on. Pourtant, il a plébiscité l’initiative de la marche blanche et jusqu’à présent, le TF a cassé les jugements condamnant à l’internement à vie…

Faut-il, pour plaire au souverain, baisser le nombre de signatures, multiplier les initiatives surtout, avec le risque d’en voir surgir de plus en plus qui jouent de l’émotion? Faut-il noyer les parlementaires sous une foule de mises en application au risque d’engorger le parlement et de bâcler son travail, tout en en accroissant le coût? Faut-il ignorer la croissance démographique de notre canton et arguer de la difficulté de recueillir des signatures, alors même que celle-ci donne, à mon sens, une première mesure de sa pertinence?

Je me souviens du concept de « démocratie participative », cher à Ségolène Royal : via les réseaux sociaux, s’adresser directement au peuple, en court-circuitant les parlementaires, cette « élite » de plus en plus honnie! La socialiste l’a rêvé, Trump l’a fait à sa façon, tout en nuances…

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22/01/2017

L'ère de la post vérité

De très nombreuses voix fustigent, à juste titre, le style « post truth » du nouveau président des USA. Les partis suisses, à l’exception de l’UDC évidemment, condamnent l’instrumentalisation de l’image d’une femme en burqa dans la campagne pour la naturalisation facilitée de la troisième génération. C’est effectivement, à mes yeux, une manière détestable de faire de la politique: affirmer des mensonges et nier la vérité, démentir sans arguments ni preuves, jouer sur les émotions, les sentiments de peur ou de rejet, voilà qui m’apparaît à l’opposé du fondement de la démocratie occidentale, née à l’ère de la raison et de la connaissance critique des faits, enjeux et réalités.

Or, dans la campagne actuelle sur RIE III, force est de constater que, à droite comme à gauche, on n’hésite pas à flirter avec la post vérité : près de 200'000 emplois menacés, détournement de déclarations politiques et de photos à droite, à quoi répondent à gauche le coût de 1000.- par citoyen, le bénéfice seulement pour les actionnaires. Au mieux des exagérations, au pire des mensonges! Tout se passe comme si chaque camp avait décidé de s’adresser aux tripes des citoyens, à leur cerveau limbique, plutôt qu’à leur tête, à leur cerveau cortical. C’est s’aligner sur la recette qui marche actuellement : indignez-vous et laissez-vous porter par cette indignation! C’est une façon d’infantiliser les votants, de simplifier la problématique à outrance en leur disant : « Si tu es gentil et votes pour moi, tu auras un cadeau. Si tu es méchant et votes pour l’autre camp, tu seras puni ! ». Je regrette infiniment cette réduction générale de la politique à un degré 0.

Dans cette optique, je me dis qu’à Genève, contrairement au canton de Vaud, nous avons manqué une belle occasion de relever le niveau de la politique, lorsque des partis, dont le mien, ont refusé de signer la convention sur RIE III cantonale, avant le vote du 12 février. En effet, il me semble que le signal donné par un accord multipartite aurait permis de signifier qu’ici, dans notre canton, nous sommes capables de sortir de l’émotion, de construire après de patientes négociations un compromis qui rassure les habitants et les aide à dépasser le stade des « Salauds de capitalistes » ou « Crétins de gauchistes » ! Et qu’on ne vienne pas me dire que nous pourrons toujours signer la convention après le 12 février ! Si la réforme l’emporte, vous croyez que la droite va maintenir les concessions faites ? Si RIE III est refusée, qu’aura gagné la gauche ? Quelques années de sursis pour une situation fiscale éthiquement inacceptable qui profite aux multinationales au détriment des entreprises suisses ?

Désolé, à mes yeux, l’affrontement droite-gauche est dépassé, la vraie bataille se déroule entre les partisans d’une fermeture nationaliste, d’un repli sur soi et ses semblables d’un côté, et, de l’autre, ceux qui combattent pour une démocratie ouverte, éclairée par la raison, capable de concevoir la complexité et les différences, de proposer un avenir positif pour l’ensemble des habitants de la planète, comme pour celle-ci d’ailleurs !

 

13:01 Publié dans Air du temps, Genève, Humeur | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Facebook | | | |

18/01/2017

Entre le marteau et l'enclume...

Le directeur de l’école obligatoire, nous apprend la TdG de ce jour, a été écarté et commis à un autre poste. Au-delà de la personnalité et des valeurs humanistes de la personne, dont je peux témoigner pour avoir collaboré quelques années avec lui, pointe ici la problématique du rapport entre le terrain quotidien dans lequel s’exercent les prestations publiques et la conduite politique des départements, avec en corollaire la délicate situation des cadres supérieurs, pris entre le marteau de leur chef(fe) et l’enclume de leur base.

Pour ce qui est du CO, une bonne illustration est donnée par la motion de Jean Romain qui a conduit le DIP à exiger le maintien des cours jusqu’à la fin de l’avant-dernière semaine. Côté cour, la satisfaction de certains parents (et néanmoins électeurs) qui profitent ainsi de quelques jours supplémentaires de prise en charge étatique de leur progéniture adolescente, souvent turbulente en juin ; côté jardin, un déficit de temps pour l’orientation scolaire et pour le contact école-famille, en fin d’année lorsque les deux prestations sont très importantes (voir la note du 27.11.2016). On le voit bien, la logique de la planète politique peut quelquefois s’entrechoquer avec celle du terrain et, si vous êtes en responsabilité de celui-ci, vous devrez faire preuve d’une géniale créativité pour concilier la chèvre et le chou.

D’accord, me direz-vous, mais la personne a choisi en connaissance de cause et assume ensuite son choix. Tout cadre supérieur doit fidélité à son/sa magistrat(e) et est tenu d’appliquer la politique que celui-ci ou celle-ci commande. Sauf que, si son rôle se limite à cela, il va la mettre en application de manière directive, sans prendre le risque d’encourir le courroux politique, et ainsi, totalement ignorer les signaux négatifs qui viennent d’en-bas, du terrain quotidien. Et voilà comment une politique dommageable peut se perpétrer durablement!

La situation d’un cadre sup à l’Etat est inconfortable, car il doit parfois prendre le risque de déplaire lorsque la réalité contrecarre les objectifs et désirs du politique. Celle d’un-e chef-fe de département ne l’est pas moins, car il ou elle doit parfois aussi prendre le risque de déplaire aux électeurs et aux parlementaires pour éviter de prendre un mauvais chemin !

15:40 Publié dans Air du temps, Genève | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | | |