03/04/2018

"Mou is beautiful"!

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Ce slogan, glané sur les réseaux et attribué au PDC, me plaît bien et je le fais mien (je rassure son auteur, je paierai le copyright chaque fois que je l’utiliserai).

Tout d’abord, on a tendance à oublier quelque peu qu’il s’agit d’élections au niveau cantonal. Bien que les futurs élus soient parfois indirectement concernés par les grands débats nationaux, il n’en demeure pas moins que leur job essentiel est de s’attaquer aux problèmes concrets que rencontre Genève. Dans cette optique, bander ses gros muscles et jouer les durs est souvent davantage destructeur, faire de l’opposition pour l’opposition, que constructeur, tenter de rassembler autour d’une solution pragmatique. A mes yeux, il vaut toujours mieux une petite amélioration dans le sens du bien commun qu’un affrontement stérile au bras de fer.

Ensuite, il m’apparaît qu’il faut plus de courage pour adopter une position de compromis que de clamer « La garde meurt, mais ne se rend pas ! ». En effet, l’image d’un médiateur sera toujours moins attractive, moins sexy que celle d’un Sylvester Stallone. Et pourtant, la plus grande partie du travail de parlementaire cantonal se déroule dans les commissions et commande la recherche d’un consensus majoritaire. J’ose dire être fier d’avoir été parmi les mous de service la plupart du temps lorsque je siégeais !

Enfin, l’affrontement politique guerrier, le fameux rapport de forces, laisse à l’évidence un vainqueur et un vaincu, l’un triomphe en ayant tout juste, l’autre, défait, a tout faux. Or, il se trouve que, des deux côtés, il y a de bonnes idées, mais la logique de la guerre commande de ne pas tenir compte de celles du camp d’en face. J’ai souvent regretté que, de ce fait, d’indéniables progrès passent à l’as !

Et bien oui, j’ai rejoint le PDC parce que ce parti m’est apparu comme le moins testostéroné du parlement, parce que les propositions de compromis ou d’amendement nuancé provenaient en grande partie de lui, parce qu’il correspond à ma vision, molle ou souple plutôt, de concevoir la politique au niveau cantonal, du quotidien de nos concitoyens.

Votez la liste 5, la liste PDC, car « mou is beautiful ! »*

 

 

*Merci de me faire parvenir l’iban pour le paiement du copyright

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11/03/2018

Le chômage et les chiffres

Poggia Barbey.jpgJe suis conscient de l’importance politique que revêt le pourcentage de chômeurs en baisse pour le magistrat en charge de la problématique, d’autant plus quand il appartient à un parti en difficultés. Je comprends également qu’en campagne électorale, la communication de la baisse du taux de chômage représente une plus- value politique, même si, comme le montre Alexandre de Senarclens, les chiffres demandent à être étayés et que la décrue représente 0.3%.

Toutefois, deux expressions, rapportées dans l’édition de la TdG du 9 mars, m’interpellent.

M.Barbey parle d’une « culture orientée résultats » et M. Poggia convoque le vieux dicton « On ne fait pas une omelette sans casser des œufs ». En clair, l’essentiel est le taux de réinsertion au détriment des dégâts humains collatéraux. Conception classique du management néolibéral, qui, en fixant des objectifs quantitatifs, détermine clairement que le profit de l’entreprise prime sur tout le reste.

Sauf que l’office de l’emploi est une administration publique, non une entreprise privée ! Sauf que le profit est directement lié à la satisfaction des clients de l’entreprise privée et que les clients de l’OCE sont les chômeurs et non les politiciens ou les médias ! Sauf que ce type de management a montré ses limites et que la plupart des entreprises en sont revenues, après avoir pris conscience d’une évidence : un travailleur content de son sort produit plus et mieux pour le bénéfice de l’entreprise.

Quelques questions s’imposent dès lors :

Peut-on manager une administration publique comme une entreprise privée ? Surtout lorsque ses prestations concernent des hommes et des femmes en difficultés, financières mais aussi psychologiques ?

N’y-a-t-il pas moyen de faire une culture orientée résultats qualitatifs sur le plan humain ?

Ne faut-il pas privilégier le temps de la prise en compte de chaque chômeur et la satisfaction du personnel par des conditions de travail qui permettent de le faire correctement, plutôt que le chiffre global du chômage ? Si la baisse de 0.3% coûte stress, démotivation et absentéisme, vaut-elle (au sens premier) la peine ?

A nouveau, je constate et regrette le fossé qui peut se creuser entre le terrain et la politique. Celle-ci, obnubilée par les enjeux qui lui sont propres, oublie que, tout là-bas, bien en dessous de la colline de St-Pierre, des femmes et des hommes sont en première ligne et paient, parfois chèrement, le prix de son isolement.

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26/02/2018

Une belle histoire

Il y a une quarantaine d’années, j’enseignais le français dans une classe de 8ème au CO (actuellement 10ème Harmos). Silvia était arrivée d’Argentine trois ans auparavant et comettait évidemment beaucoup de fautes d’orthographe. Mais déjà, elle faisait preuve d’un style étonnant à cet âge et surtout, d’un intérêt, d’une appétence pour les textes remarquables. Durant celle année-là, elle a travaillé véritablement d’arrache-pied, en plus de ce que l’école lui demandait, écrivant de nombreux textes spontanément, me les montrant pour que je les corrige. Détail amusant : si elle était la meilleure élève de la classe sur le plan de la créativité et de l’imagination, Joanna, venue de Finlande  4 ans auparavant, remportait, elle, la palme du français technique (orthographe, grammaire, analyse).

Mais, au début de l’année suivante, la famille dut quitter Genève et rentrer à Buenos-Aires ; ce fut, pour Silvia, une déchirure, et, pour moi, la tristesse de perdre une passionnée de l’écriture. En guise d’au revoir, je lui ai fait découvrir la vieille ville et lui ai raconté l’histoire de Genève.

Le temps a coulé sous le pont du Mont-Blanc et sous « el puente de la Mujer », Silvia a mené de brillantes études et est devenue une journaliste littéraire, très connue et appréciée, animant de nombreuses émissions, écrivant de belles chroniques, faisant véritablement vivre la littérature, là-bas, tout là-bas. Comme nous sommes restés en contact, ce matin, je suis resté bouche bée devant son mur :

livre silvia.jpgLe livre sera disponible en librairie dans trois jours ! Appréciez le titre et l’illustration, de saison ! Imaginez ma joie de voir se concrétiser pleinement un travail d’écriture entamé 40 ans en arrière, avec le privilège d’en avoir été le témoin originel et celui, encore plus fort, de constater à quel point l’élève a dépassé le maître !

Cette belle histoire porte en elle plusieurs enseignements (c’est le cas de le dire !)

Premièrement, le métier de prof réserve des joies incroyables, car il permet de transmettre un goût, un intérêt, une passion pour les arts, les langues ou les sciences. J’ai vraiment eu la chance de le choisir !

Deuxièmement, une politique de fermeture des frontières n’est pas seulement un appauvrissement économique, mais aussi et surtout un appauvrissement humain et culturel.

Troisièmement, il est indispensable de garantir un niveau élevé de notre enseignement, en offrant une formation pédagogique de qualité et une confiance dans les rouages du DIP qui autorise les initiatives personnelles ou locales des enseignants. A trop codifier, trop réglementer, trop politiser, on va figer les acteurs dans des rôles stéréotypés et stériles.

Enfin, qu’on le veuille ou non, Genève, provinciale par certains côtés, possède une dimension internationale et porte son nom bien au-delà de notre pays. Que les défenseurs actuels (ou futurs) des petits prés carrés ne le négligent pas !

18:02 Publié dans Air du temps, Genève, Humeur | Lien permanent | Commentaires (18) | |  Facebook | | | |