10/10/2017

Les étoiles politiques

                

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La commune de Grand-Saconnex a vite réagi : devant l’intervention du MCG, puis de la CICAD, elle a enlevé la petite étoile de shérif (à gauche) du « permis piéton » remis aux enfants des crèches qui ont suivi un cours d’éducation routière. Motif, d’après le parti politique, appuyé par la Coordination contre l’antisémitisme et la diffamation : « Il n’est pas tolérable qu’un symbole tellement chargé au niveau historique soit offert comme récompense (…) qu’une commune genevoise fasse l’apologie de cette période sombre de notre histoire ».(1)

Diable ! La chose paraît d’importance, mais peut-être pas dans le sens entendu par le MCG. Voyons pourquoi !

En premier lieu, la comparaison graphique ne convainc personne : l’étoile juive possède 6 branches et est formée par deux triangles équilatéraux tête-bêche, l’étoile du Grand-Saconnex présente 7 branches (un seul autre exemple similaire, si vous allez voir sur Google les images « étoile shérif ») et n’a aucune structure géométrique comparable ; seul point commun, la couleur.

Ensuite, les deux contextes se situent aux antipodes l’un de l’autre : comment faire le moindre lien entre la Shoah et une intervention de prévention routière dans les crèches d’une commune genevoise ? L’Histoire n’a de sens que si sa double dimension du temps et du lieu est respectée ; sinon, tout est dans tout et réciproquement, Napoléon, Hitler, Mao et Trump, même combat…

Dès lors, j’aurais envie de poser quelques questions aux trois protagonistes de cette « affaire » :

Au MCG, je demanderais : Avez-vous vérifié la ressemblance avec l’étoile juive avant de la dénoncer ? Est-ce que les shérifs américains actuels qui arborent leur étoile font aussi l’apologie d’une période sombre ? Ne serait-ce pas par opportunisme électoraliste que vous avez relayé une comparaison pour le moins oiseuse de quelques habitants, peu au fait de l’histoire ?

A la CICAD : Savez-vous qu’une bonne partie des étoiles de shérif comptent 6 branches et ont la même structure géométrique que l’étoile juive ? Faudrait-il dès lors recommander aux Etats-Unis de réfléchir « à utiliser un symbole moins connoté » ? Ne craignez-vous pas de perdre en crédibilité si vous réagissez à la moindre dénonciation, si farfelue soit-elle ?

Aux autorités communales : N’était-ce pas possible d’expliquer sereinement à vos deux interlocuteurs que l’étoile des petits shérifs de la route n’avait RIEN à voir avec celle que portaient les Juifs pendant le nazisme ? Est-ce par gain de paix et/ou par réaction aux pressions que vous avez décidé de la supprimer ? Allez-vous récupérer les 25 étoiles déjà distribuées et mettre en place un suivi psychologiques des 25 bambins déjà stigmatisés ?

L’extermination massive des Juifs pendant la deuxième guerre mondiale est objectivement un des événements historiques les plus dramatiques qu’a connu l’humanité. Symbolisé par l’étoile de David, il fait partie incontournable de notre devoir de mémoire. Alors, justement, respectons sa véritable dimension en ne l’accommodant pas à toutes les sauces et en montrant un minimum de rigueur intellectuelle et historique !

(1) Les citations sont tirées de l'article de la TDG de ce jour, 10 octobre 2017, p.19

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01/10/2017

J'ai mal à mon Espagne

Comme il fallait le craindre, Rajoy, pris dans sa fuite en avant, fait parler la violence lors de ce référendum, auquel j'aurais voté non. L'escalade continue donc entre un pouvoir central, qui a méprisé le dialogue et tergiversé pendant longtemps, et un séparatisme qui gagne en radicalité en symétrie, pour aboutir à la situation actuelle qui pourrait bien constituer un point de non-retour.

Une partie de ma famille est en Espagne à Madrid et à Barcelone, j'ai passé toutes mes vacances estivales d'enfant et d'adolescent sur la Costa brava catalane du temps de Franco et je me souviens des récits, glanés çà et là, de la guerre civile, de l'animosité entre la capitale franquiste et la Catalogne républicaine : que de deuils et de douleur ! Que de souffrances transmises de bouche à oreille d'une génération à  l'autre !

Ce qui se préparait depuis quelques mois est arrivé aujourd'hui et les autres pays européens n'ont pu le prévenir : un chef de gouvernement, d'un parti profondément corrompu au vu et su de sa population, a soufflé sur les braises d'une guerre civile qui a tellement traumatisé un pays entier et a ravivé les blessures mal cicatrisées.

Comment a-t-on pu en arriver là ? Comment est-ce possible qu'une solution négociée n'ait pas été sérieusement tentée ? Et maintenant quoi ? Comment sortir de cet affrontement et jusqu'où celui-ci va-t-il se poursuivre ? Quelle responsabilité porte Rajoy et quel gâchis pour ce pays !

J'ai l'impression que mon Espagne a fait un bond de 80 ans dans le passé¦ J'ai mal pour ma famille, pour mes souvenirs et pour tous les Espagnols, catalans ou pas !

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29/09/2017

La grande illusion

Combien pèse la gauche à  Genève et en Suisse ?

A la louche, en se basant sur la répartition des parlements et en excluant le MCG (même s'il fait parfois alliance avec elle), un tiers pour celle-là  et un petit 30% pour celle-ci.

A cette aune, quelle personne de gauche peut-elle raisonnablement croire que la future réforme des retraites profitera aux femmes et aux salariés ? Qui peut honnêtement affirmer que l'égalité salariale sera réalisée avant que les femmes ne travaillent jusqu'à  65 ans ? Qui peut prétendre à la population qu'elle a obtenu une grande victoire qui lui sera profitable par la suite ? Comment pouvoir concevoir que le compromis centriste balayé, la prochaine loi ne penchera pas à droite ? Eh bien, au mépris de toute logique, la gauche genevoise, en total décalage avec la position de ses partis nationaux, a célébré en ces termes le résultat de la votation du 24 septembre !

A cette aune, quel membre du Cartel genevois peut-il sérieusement envisager que la primauté des prestations de la CPEG (caisse de retraite du personnel de l'Etat) sera soutenue en votation par une majorité de la population dont la partie active est soumise à 95% à  la primauté des cotisations ? Eh bien, l'assemblée du Cartel a sèchement refusé le plan du Conseil d'Etat qui renflouait pourtant la caisse à hauteur de 4,8 milliards, accrochée à son privilège !

A cette aune enfin, quel socialiste ou vert peut-il affirmer sans rougir que la loi sur les TPG votée à  la dernière séance est favorable au développement de ceux-ci ? Comment oser grever un budget déficitaire de 30 millions supplémentaires tout en verrouillant les nécessaires améliorations futures, en particulier celles qui seront commandées par la mise en route du Léman Express ? Eh bien, une majorité de circonstance (EàG, PS, MCG et Verts) l'a réalisé le 21 septembre au Grand-Conseil !

Une question me taraude depuis mon entrée en politique et au parlement : mes ex-camarades de gauche ne sont pas dénués de logique ni de capacité de réflexion et ont conscience du rapport de force politique ; à quelques exceptions près, ils ne rêvent plus au Grand Soir, ni à l'émergence d'une une politique toute à gauche à Genève, a fortiori en Suisse. Pourquoi donc entretenir cette grande illusion vis-à-vis d'une partie de la population, leur électorat ?

Après 4 ans de pratique, je peux risquer une réponse : par stratégie politique ! En effet, le gâteau des voix n'est pas extensible, le socle des votants à gauche ne va pas varier beaucoup, sauf pour un ou deux coups, comme RIE III ou P 2020, grâce à l'alliance des extrêmes. La concurrence est par conséquent féroce entre les partis, avec comme corolaire la surenchère, pour apparaître comme le champion de la gauche. A ce jeu, Ensemble à Gauche qui lutte pour sa survie a entraîné le PS et les Verts à  se positionner contre leurs partis nationaux et à soutenir, voire à  élaborer, des projets de lois dommageables pour le bien commun, le MCG à  défendre une approche sociale sectorielle qui pourrait lui coûter très cher et l'ensemble du parlement genevois à  tanguer méchamment, incapable de définir une majorité cohérente face à la situation de notre canton qui en aurait pourtant bien besoin.

Personnellement, je me refuse à faire de la politique magique, je ne peux cautionner l'entretien d'une illusion, si belle soit-elle. Le PDC, mon nouveau parti, aussi.

14:25 Publié dans Air du temps, Genève, Humeur | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Facebook | | | |