22/01/2016

Le peuple, souverain de droit divin?

L’initiative de l’UDC de mise en œuvre du renvoi des criminels étrangers est sans contestation possible contraire au droit, national comme international.

Pour le premier domaine, elle viole le principe démocratique de la séparation des pouvoirs ; d’une part, elle court-circuite le Parlement qui a élaboré la loi d’application de la première initiative sur ce sujet et, d’autre part, elle supprime le pouvoir d’appréciation des juges, voire même dans certains cas, le recours au TF. L’avis du peuple serait ainsi considéré comme valant une décision exécutive, contraire au pouvoir législatif comme judiciaire.

Dans le deuxième domaine, elle contrevient totalement à la Convention Européenne des Droits Humains (CEDH) en autorisant un renvoi qui sépare les membres d’une même famille, y compris si femme et enfants sont de nationalité suisse. La Suisse rejoindrait ainsi la Biélorussie comme seuls pays européens à ne pas respecter la CEDH.

L’UDC, encore et toujours, maintient sa stratégie aussi manipulatrice de l’opinion publique que dangereuse pour notre pays. Elle utilise un bouc-émissaire ô combien d’actualité, les étrangers, l’affuble de tous les maux pour exacerber les réactions émotionnelles de la population et recourt aux instruments de la démocratie directe (initiative, référendum) pour instrumentaliser la peur et la colère populaires, en total mépris du droit et des principes démocratiques comme celui de la séparation des pouvoirs. Surfant sur les vagues de l’incompréhension grandissante devant un monde de plus en plus complexe, de l’afflux migratoire et de l’individualisme triomphant, ce parti institue la volonté populaire exprimée dans un vote comme loi absolue, supérieure à toutes les autres. Le peuple serait donc bien un souverain de droit divin, au-dessus des contingences bassement humaines ! Bref, l’UDC revisite le concept de dictature du peuple à la sauce helvétique !

Devant une telle absurdité, il serait temps de réagir. A mes yeux s’impose une nécessité : élaborer une loi qui précise clairement les limites d’une initiative et garantisse son adéquation au droit avant d’être soumise à la votation. Bien sûr, elle se heurtera à de vives résistances car personne n’a envie d’abandonner une partie de son pouvoir, et, vraisemblablement elle fera l’objet d’une votation. Tant mieux, ainsi le peuple suisse pourra se prononcer en connaissance de cause et, soit rejeter l’illusion de l’absolutisme, soit opter pour un retour au XVIIème siècle !

11:52 Publié dans Air du temps, Humeur | Lien permanent | Commentaires (24) | |  Facebook | | | |

02/12/2015

Le nouveau road movie du PLR

Cher PLR,

J’espère que tu ne m’en voudras pas de te tutoyer,  user nos fonds de culotte sur les mêmes augustes sièges parlementaires, ça crée des liens et ça autorise à parler franchement. 

Alors donc, ton dernier road movie sur la mobilité est un véritable navet, désolé ! Entraîné par les nostalgiques d’Easy Rider et les derviches traverseurs de ton caucus, tu as sciemment rompu le compromis, patiemment négocié et élaboré par la sous-commission des transports au fil de plus de 20 séances de travail approfondi et sérieux.

Ton remake moderne de Fort Alamo dans lequel les méchants Indiens montés sur les vélos attaquent les 4x4 et les gros cubes des braves soldats, ta laïcisation d’un des 10 commandements « Le lac en voiture tu traverseras » t’ont permis de descendre en flèche l’adversité, tel Tom Cruise dans Top Gun !

Je me dois de te dire que ton scénario est navrant. Voici pourquoi :

Tout d’abord, tu démontres ainsi le peu de cas que tu fais du bien commun et pour quelles minorités sectorielles (motards et scootéristes, TCS) tu roules ! Pour les uns, il s’agissait de payer 20.- par année pour se garer au centre-ville, voilà une dépense somptuaire… Pour les autres qui réclament l’inscription de la traversée du lac, c’est d’autant plus idéologique que c’est inutile, puisque le peuple tranchera en 2016. En quoi ces deux amendements améliorent le projet pour la population ? Pourtant, selon la formule consacrée du début de chaque séance du Grand-Conseil, les députés doivent servir le bien de la République…

Ensuite, tu enterres l’occasion pour la politique genevoise de dépasser le stade politicien, celui des stratégies d’ego et de partis, pour parvenir, à l’instar de nos voisins vaudois, à partager une ligne directrice pour affronter un futur chargé d’incertitudes et d’obstacles. Nous voilà revenus à nos petites querelles, sempiternelles et improductives !

Enfin, tu affaiblis les chances que le peuple accepte le changement car il pourrait voter deux fois non, à l’initiative comme au contreprojet, et augmente les risques de te retrouver Grosjean comme devant si d’aventure et pourquoi pas, il acceptait l’initiative des Verts !

Cher PLR, arrête ton cinéma, retrouve certaines valeurs historiques que portaient le radical Guy Segond et le libéral Michel Halpérin par exemple, et de grâce, ne nous refais pas le coup de la co-production hollywoodienne avec le MCG à l’occasion du budget 2016 !

Bien à toi

17:36 Publié dans Air du temps, Genève, Humeur | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

11/11/2015

Enfants gâtés?

Haro sur la manifestation des fonctionnaires et leur importante mobilisation, tant de la droite que des médias en général ! Comment osent-ils, privilégiés qu’ils sont,  s’opposer à l’effort « raisonnable » d’augmentation de travail de 2 heures hebdomadaires et de réduction linéaire d’effectifs de 5% en 3 ans ?

Premier argument : la fonction publique genevoise ne cesse de croître, 15% depuis 2010, 700 nouveaux postes dans le budget 2016. Est-ce donc la faute aux fonctionnaires ? Se reproduiraient-ils de manière spontanée et anarchique ? Voyons, un peu de sérieux ! L’augmentation des effectifs repose évidemment sur l’augmentation et le vieillissement de la population, Genève étant le centre urbain qui a connu la plus forte croissance démographique en Suisse ; il s’agit donc de faire face pour assurer les prestations en vigueur dans notre canton.

Deuxième argument : le salaire brut médian, 8666.-, rapporté à celui du privé genevois, 7042.-, et suisse, 7750. La différence repose sur le fait que l’Etat, qui n’a pas vocation de faire du profit sur ses employés, rétribue davantage les emplois peu ou moyennement qualifiés (nettoyeur, concierge, personnel administratif au niveau du CFC, etc.). En revanche, comme le démontre le tollé devant la prime payée aux 7 hauts cadres du département des finances, il se montre bien moins généreux que le privé pour les emplois à haute qualification. De plus, il faut remarquer la différence de 700.- entre le salaire médian genevois et le suisse ; elle démontre de manière peu flatteuse  comment le privé traite ses employés à Genève et pourrait donner à ceux-ci des raisons de revendiquer à leur tour… Dans le service public, on gagne donc plus dans certains métiers et moins dans d’autres à fort salaire. Est-ce donc choquant ou cela ne relève-t-il pas de la fonction sociale de l’Etat ?

Reste la caisse de pension, dans laquelle des sommes énormes sont investies, 800 millions déjà payés, 200 provisionnés et 140 annuels pendant 40 ans. Cette obligation de recapitalisation imposée par Berne a déjà produit un changement de prestations, revues à la baisse dans la nouvelle CPEG qui remplace l’ancienne CIA, « Rolls-Roys »  il est vrai des conditions de retraite. Faut-il encore revoir les conditions, reconsidérer la part employeur-employés ? La question est légitime, mais l’aborder exige, pour le moins,  la tenue de négociations avec les associations du personnel.

Or, le Conseil d’Etat, reprenant un projet de loi de l’UDC d’il y a 2 ans, n’a jamais discuté avec les représentant de la fonction publique de l’augmentation du temps de travail, ni d’ailleurs de la réduction linéaire de 5%. Est-ce que l’éditorialiste du Temps aurait également jugé « indécente » une grève des employés d’une entreprise dont la direction aurait abruptement décidé d’augmenter le temps de travail et de licencier 5% des employés ?

A l’évidence, tant le gouvernement que la droite et la plupart des médias ont trouvé à la fois la source des économies à faire et le bouc-émissaire responsable du déficit budgétaire et de la dette : la fonction publique. D’ailleurs les 2 seules petites mesures de ressources proposées par le CE sur la fiscalité  ont été balayées par la droite en commission des finances, confirmant cette volonté de faire passer seuls les fonctionnaires à la caisse. Et tant pis pour certaines catégories d’entre eux qui sont déjà à la limite de leurs possibilités, dans les secteurs de la santé, de la prise en charge sociale ou de l’enseignement !

Mais personne n’ose briser un tabou et poser la vraie question au peuple : voulez-vous maintenir les prestations publiques et donc nécessairement envisager une hausse fiscale proportionnée au revenu et à la fortune, ou, au contraire, renoncer à certaines prestations, et dans ce cas auxquelles ?

10:44 Publié dans Air du temps, Genève, Humeur | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |