27/01/2016

Le prêt à penser UDC

Ma note précédente sur « le peuple souverain de droit divin ? » m’a valu beaucoup de commentaires hostiles. Ceux-ci sont intéressants car ils démontrent le prêt à penser de l’UDC et ses composantes :

  1. L’âge d’or mythique: il faut revenir à une époque heureuse où la Suisse était indépendante et ne souffrait pas des maux du monde actuel (pollution, migrations, globalisation, chômage, précarisation, …). C’est vrai que du temps de la guerre froide et du rideau de fer, la Weltanschauung était plus simple, facilitée par la division en 2 blocs, les gentils ici, les méchants là-bas, chacun régnant dans sa sphère protégée. Le bouc-émissaire était tout trouvé et le boum économique des Trente Glorieuses laissaient entrevoir à tous un bien-être grandissant et un avenir radieux. Et celui qui critiquait n'avait qu'à déménager de l'autre côté!
  2. Le tabou fondateur : certes, le peuple, souverain, possède le pouvoir suprême directement (initiative, référendum) et indirectement (élection de ses représentants aux trois pouvoirs) ; n’y a-t-il donc rien à redire à ses décisions, quelles qu’elles soient ? A mes yeux, il est légitime de questionner ce pouvoir à l’heure où la surinformation, la désinformation, la manipulation, ainsi que la complexité grandissante des sujets, font la part belle à l’expression des émotions et des sentiments dans les urnes, à la tentation des solutions tranchées et carrées, simplistes parfois ; les exemples actuels de la Hongrie et de la Pologne illustrent bien ce glissement.
  3. La disqualification du discours adverse : qualifié de méprisant, d’arrogant, celui qui ose s’attaquer au tabou ci-dessus est de suite discrédité, qualifié d’ennemi du peuple et de la démocratie. Toute référence à l’Etat de droit ou à l’équilibre entre les trois pouvoirs est d’emblée rejetée comme une hérésie à la religion du peuple souverain. De même, une solution aux problèmes du monde moderne ne peut se trouver dans l'avenir, puisqu'elle réside dans notre passé.

Ainsi le système de pensée est bien verrouillé : une référence à une époque bénie, encore vivante dans les mémoires, surtout du troisième âge qui l’a vécue et en a pleinement profité ; un tabou qui sacralise l’opinion publique des citoyens suisses, l’érige en divinité omnisciente et omnipotente, enlevant toute possibilité de la contester ; une disqualification facile des adversaires, aisément présentés comme utopistes dangereux, ennemis du peuple, idolâtres du droit.

Ce système est habile (car il flatte ceux-là même qu’il instrumentalise), difficile à combattre et diablement efficace. Mais jusqu’où et jusqu’à quand ? Une première réponse le 28 février.

 

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22/01/2016

Le peuple, souverain de droit divin?

L’initiative de l’UDC de mise en œuvre du renvoi des criminels étrangers est sans contestation possible contraire au droit, national comme international.

Pour le premier domaine, elle viole le principe démocratique de la séparation des pouvoirs ; d’une part, elle court-circuite le Parlement qui a élaboré la loi d’application de la première initiative sur ce sujet et, d’autre part, elle supprime le pouvoir d’appréciation des juges, voire même dans certains cas, le recours au TF. L’avis du peuple serait ainsi considéré comme valant une décision exécutive, contraire au pouvoir législatif comme judiciaire.

Dans le deuxième domaine, elle contrevient totalement à la Convention Européenne des Droits Humains (CEDH) en autorisant un renvoi qui sépare les membres d’une même famille, y compris si femme et enfants sont de nationalité suisse. La Suisse rejoindrait ainsi la Biélorussie comme seuls pays européens à ne pas respecter la CEDH.

L’UDC, encore et toujours, maintient sa stratégie aussi manipulatrice de l’opinion publique que dangereuse pour notre pays. Elle utilise un bouc-émissaire ô combien d’actualité, les étrangers, l’affuble de tous les maux pour exacerber les réactions émotionnelles de la population et recourt aux instruments de la démocratie directe (initiative, référendum) pour instrumentaliser la peur et la colère populaires, en total mépris du droit et des principes démocratiques comme celui de la séparation des pouvoirs. Surfant sur les vagues de l’incompréhension grandissante devant un monde de plus en plus complexe, de l’afflux migratoire et de l’individualisme triomphant, ce parti institue la volonté populaire exprimée dans un vote comme loi absolue, supérieure à toutes les autres. Le peuple serait donc bien un souverain de droit divin, au-dessus des contingences bassement humaines ! Bref, l’UDC revisite le concept de dictature du peuple à la sauce helvétique !

Devant une telle absurdité, il serait temps de réagir. A mes yeux s’impose une nécessité : élaborer une loi qui précise clairement les limites d’une initiative et garantisse son adéquation au droit avant d’être soumise à la votation. Bien sûr, elle se heurtera à de vives résistances car personne n’a envie d’abandonner une partie de son pouvoir, et, vraisemblablement elle fera l’objet d’une votation. Tant mieux, ainsi le peuple suisse pourra se prononcer en connaissance de cause et, soit rejeter l’illusion de l’absolutisme, soit opter pour un retour au XVIIème siècle !

11:52 Publié dans Air du temps, Humeur | Lien permanent | Commentaires (24) | |  Facebook | | | |

02/12/2015

Le nouveau road movie du PLR

Cher PLR,

J’espère que tu ne m’en voudras pas de te tutoyer,  user nos fonds de culotte sur les mêmes augustes sièges parlementaires, ça crée des liens et ça autorise à parler franchement. 

Alors donc, ton dernier road movie sur la mobilité est un véritable navet, désolé ! Entraîné par les nostalgiques d’Easy Rider et les derviches traverseurs de ton caucus, tu as sciemment rompu le compromis, patiemment négocié et élaboré par la sous-commission des transports au fil de plus de 20 séances de travail approfondi et sérieux.

Ton remake moderne de Fort Alamo dans lequel les méchants Indiens montés sur les vélos attaquent les 4x4 et les gros cubes des braves soldats, ta laïcisation d’un des 10 commandements « Le lac en voiture tu traverseras » t’ont permis de descendre en flèche l’adversité, tel Tom Cruise dans Top Gun !

Je me dois de te dire que ton scénario est navrant. Voici pourquoi :

Tout d’abord, tu démontres ainsi le peu de cas que tu fais du bien commun et pour quelles minorités sectorielles (motards et scootéristes, TCS) tu roules ! Pour les uns, il s’agissait de payer 20.- par année pour se garer au centre-ville, voilà une dépense somptuaire… Pour les autres qui réclament l’inscription de la traversée du lac, c’est d’autant plus idéologique que c’est inutile, puisque le peuple tranchera en 2016. En quoi ces deux amendements améliorent le projet pour la population ? Pourtant, selon la formule consacrée du début de chaque séance du Grand-Conseil, les députés doivent servir le bien de la République…

Ensuite, tu enterres l’occasion pour la politique genevoise de dépasser le stade politicien, celui des stratégies d’ego et de partis, pour parvenir, à l’instar de nos voisins vaudois, à partager une ligne directrice pour affronter un futur chargé d’incertitudes et d’obstacles. Nous voilà revenus à nos petites querelles, sempiternelles et improductives !

Enfin, tu affaiblis les chances que le peuple accepte le changement car il pourrait voter deux fois non, à l’initiative comme au contreprojet, et augmente les risques de te retrouver Grosjean comme devant si d’aventure et pourquoi pas, il acceptait l’initiative des Verts !

Cher PLR, arrête ton cinéma, retrouve certaines valeurs historiques que portaient le radical Guy Segond et le libéral Michel Halpérin par exemple, et de grâce, ne nous refais pas le coup de la co-production hollywoodienne avec le MCG à l’occasion du budget 2016 !

Bien à toi

17:36 Publié dans Air du temps, Genève, Humeur | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |