25/07/2016

Redoublement refusé, émoi dans les chaumières!

La Tribune du lundi 25 consacre la première page de son deuxième cahier à un redoublement de la 11ème année, refusé pour une élève du CO, s’apitoyant sur cette situation, si dommageable pour l’élève qui n’a jamais doublé jusqu’à présent.

Du point de vue médiatique, il est compréhensible de faire vibrer la corde sensible pour combler les vides de l’information estivale. En revanche, d’un point de vue pédagogique, il est regrettable, en premier lieu pour la jeune fille, que son cas se trouve étalé dans la presse et la conforte dans son impression, fausse, d’être victime d’une injustice.

En effet, ses enseignants ont pu l’évaluer une année durant, ont tiré la sonnette d’alarme à plusieurs reprises et se sont rendu compte de son absence de réaction face aux difficultés scolaires qu’elle rencontrait. Il ne peut en être autrement lorsque l’élève obtient dans la section médiane du CO une moyenne générale de 3,9, ce qui est vraiment faible et ne laisse rien augurer de bon pour l’année suivante. Dès lors fallait-il suivre l’avis des parents, la faire redoubler pour une hypothétique entrée l’année suivante à l’école de commerce, où le taux d’échec en première année dépasse le 70% ? Fallait-il donc lui offrir ce confort de ne pas la mettre face à ses responsabilités ?

A l’évidence, l’orientation en classe préparatoire était pour elle bien préférable : tel le maçon, elle se serait retrouvée au pied du mur, soit elle travaillait scolairement suffisamment pour passer en première année, soit elle se rendait compte que l’école n’est pas sa tasse de thé et se mobilisait pour choisir un apprentissage qui lui convienne, aidée par les enseignants de sa classe préparatoire, formés à cet effet.

Seulement voilà, enfant-reine, avec des parents qui la protègent à outrance, elle préfère éviter l’obstacle, crier à l’injustice, ne pas suivre les avis autorisés des professionnels de l’enseignement et aller en école privée avec le coût que celle-ci engendre. Les parents alertent la presse et son cas personnel, photo à l’appui, est porté à la connaissance de dizaines de milliers de personnes.

Que va-t-elle retirer de cette démarche ? Comment peut-elle prendre les responsabilités qui lui incombent à l’avenir, si, à chaque obstacle, elle a recours à papa et maman et se sent victime d’une injustice ? Comment construira-t-elle sa vie et gérera-t-elle ses relations, en particulier avec ceux qui ont lu ses déboires et qui la connaissent ? Je suis triste pour elle, dont les parents ont cru de bonne foi agir pour son bien alors qu’ils ont produit l’effet inverse.

Une anecdote personnelle pour conclure : j’avais sanctionné de deux jours de renvoi deux élèves en première année du CO qui en harcelaient un troisième ; les parents de l’un des deux ont fait recours, estimant la sanction trop sévère et je les ai reçus ; je me suis retrouvé face à un mur d’incompréhension et un bouclier de protection impressionnants. J’ai évidemment maintenu ma position et nous nous somme quittés avec la promesse de la mère de, quitte à se ruiner, tout faire pour m’abattre ! Deux ans plus tard, une prof de classe vient me voir et me confie n’avoir jamais eu un entretien aussi choquant avec un élève et sa maman : à chaque fois que celle-ci disait quelque chose, le garçon l’insultait, persiflait, se moquait. C’était l’élève qui deux ans auparavant avait écopé de deux jours de renvoi…

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25/06/2016

Du "prochain" au "proche"

Face à la peur de la mort qui frappe tout être humain, les religions ont tenté de rassurer avec des concepts tels que le paradis, la réincarnation, la résurrection etc… A l’appui, elles ont mis en avant des valeurs spirituelles et morales qui imprègnent la culture qu’elles nous ont apportée.

Pour l’Occident chrétien – je ne connais pas assez les autres religions pour établir des parallèles-, la notion de « prochain »[1] en est une, particulièrement importante. Elle commande, en effet, non seulement la charité sociale, mais aussi, et surtout, représente une barrière morale contre la violence en général et la guerre en particulier. Si chacun aime chacun, la paix et la concorde règneront sur terre, idéal qu’on ne peut qu’approuver.

Evidemment, à l’heure de la mondialisation, de la globalisation, du brassage des populations,  le « prochain » que nous allons rencontrer peut-être de n’importe quel pays, de n’importe quelle couleur, comme le chante Lavilliers.

Or, le Brexit, les réactions des partis et mouvements eurosceptiques  confirment un glissement sémantique du « prochain » au « proche » ; que celui-ci soit l’insulaire face au continental, le national face à l’étranger, le Suisse face à l’Européen pour l’UDC, le Genevois face au frontalier pour le MCG,  la préférence est proclamée, la priorité établie, le repli sur les siens revendiqué. L’on se bat pour ses proches contre ceux qui sont plus éloignés.

La valeur universelle initiale visait la paix et la concorde entre les hommes et entre les peuples. La nouvelle valeur du « proche », avec sa fonction de déculpabilisation morale, ne peut entraîner que l’inverse.

Que l’on soit athée ou croyant, il devient urgent de retrouver l’histoire et la culture de l’Europe qui a su, en dépit d’énormes écueils (comme le nazisme par exemple), évoluer vers une terre d’accueil et d’ouverture. En ce sens, l’enseignement de l’histoire, comme celui du fait religieux, prennent une importance primordiale, ici et ailleurs.

 

[1] « Aime ton prochain comme toi-même ! » est encore présent dans bien des esprits européens.

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17/06/2016

Quel budget pour 2017?

Crise des migrants, Europe menacée de fragmentation, attentats islamistes imprévisibles et récurrents, chaos chez notre grand voisin, découverte de l’hooliganisme de l’Est et résurgence de l'anglo-saxon, entre autre, décidément notre environnement  devient de plus en plus anxiogène. Face à la peur, la partie archaïque de notre cerveau dit reptilien[1] réagit de façon binaire, et nous commande soit la fuite, soit l’attaque. Mais la première revient à faire un déni de la réalité, la seconde à enclencher une escalade de la violence, toutes deux ne résolvant rien au final.

A Genève, la droite est obnubilée par la dette et les conséquences financières de RIE III, la gauche effrayée par la politique « d’austérité » que représente toute diminution dans les prestations sociales, comme le démontre le dernier projet de loi socialiste qui veut augmenter les subventions « logement » des personnes à l’aide sociale. Ces peurs politiques s’additionnent à celles qui proviennent du contexte actuel et forment un climat délétère pour la conduite des affaires de l’Etat et celle de notre canton.

Pourtant, nous vivons toujours une situation privilégiée, dans un pays tenu (encore ?) à l’écart des affres économiques et sociales que connaissent la plupart des autres pays européens. La peur qui rôde risque de nous amener à des affrontements stériles droite-gauche, particulièrement négatifs en ce qui concerne la concrétisation des choix politiques de gouvernance que représente le budget 2017.

D’aucuns diront que faire de la politique, c’est défendre ses convictions, sans transiger. Ma conviction personnelle  primordiale, c’est qu’un élu est au service de la population dans son ensemble et se doit de tout mettre en œuvre pour trouver la meilleure, ou la moins pire, c’est selon, des solutions aux problèmes qu’elle rencontre. Deuxième conviction forte : la Vérité n’existe pas, elle ne sort pas nue du puit mais résulte de la recherche d’un consensus (marque de fabrique de l’histoire politique suisse) qui garantit la prise en compte de vérités différentes, certes atténuées du coup, mais représentatives de l’ensemble de la population. Enfin, une évidence : plusieurs cerveaux valent mieux qu’un seul, si performant soit-il. Je vous l’accorde, ma conception est très helvético-suisse et s’éloigne beaucoup de celle des fastes, frasques et alternances du voisin qui nous entoure.

Pour revenir à l’élaboration du budget 2017, je suis convaincu que nous devons sortir de la peur, oser mettre de côté les querelles idéologiques que celle-ci stimule et rechercher avec une forte détermination un budget consensuel.  Comment ? L'élaboration du contre-projet sur la mobilité, adopté largement par la population lors des dernières votations, peut être un modèle à suivre. Serait-il possible que la commission des finances du Grand Conseil crée une sous-commission avec le mandat de partir des éléments qui suscitent l'accord, tout en négociant les désaccords, avec la participation évidemment du grand argentier et de ses services ?

 

[1] Pour ceux que la structure du cerveau intéresse, voir http://tecfa.unige.ch/tecfa/teaching/UVLibre/0001/bin27/c11.htm

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