22/01/2017

L'ère de la post vérité

De très nombreuses voix fustigent, à juste titre, le style « post truth » du nouveau président des USA. Les partis suisses, à l’exception de l’UDC évidemment, condamnent l’instrumentalisation de l’image d’une femme en burqa dans la campagne pour la naturalisation facilitée de la troisième génération. C’est effectivement, à mes yeux, une manière détestable de faire de la politique: affirmer des mensonges et nier la vérité, démentir sans arguments ni preuves, jouer sur les émotions, les sentiments de peur ou de rejet, voilà qui m’apparaît à l’opposé du fondement de la démocratie occidentale, née à l’ère de la raison et de la connaissance critique des faits, enjeux et réalités.

Or, dans la campagne actuelle sur RIE III, force est de constater que, à droite comme à gauche, on n’hésite pas à flirter avec la post vérité : près de 200'000 emplois menacés, détournement de déclarations politiques et de photos à droite, à quoi répondent à gauche le coût de 1000.- par citoyen, le bénéfice seulement pour les actionnaires. Au mieux des exagérations, au pire des mensonges! Tout se passe comme si chaque camp avait décidé de s’adresser aux tripes des citoyens, à leur cerveau limbique, plutôt qu’à leur tête, à leur cerveau cortical. C’est s’aligner sur la recette qui marche actuellement : indignez-vous et laissez-vous porter par cette indignation! C’est une façon d’infantiliser les votants, de simplifier la problématique à outrance en leur disant : « Si tu es gentil et votes pour moi, tu auras un cadeau. Si tu es méchant et votes pour l’autre camp, tu seras puni ! ». Je regrette infiniment cette réduction générale de la politique à un degré 0.

Dans cette optique, je me dis qu’à Genève, contrairement au canton de Vaud, nous avons manqué une belle occasion de relever le niveau de la politique, lorsque des partis, dont le mien, ont refusé de signer la convention sur RIE III cantonale, avant le vote du 12 février. En effet, il me semble que le signal donné par un accord multipartite aurait permis de signifier qu’ici, dans notre canton, nous sommes capables de sortir de l’émotion, de construire après de patientes négociations un compromis qui rassure les habitants et les aide à dépasser le stade des « Salauds de capitalistes » ou « Crétins de gauchistes » ! Et qu’on ne vienne pas me dire que nous pourrons toujours signer la convention après le 12 février ! Si la réforme l’emporte, vous croyez que la droite va maintenir les concessions faites ? Si RIE III est refusée, qu’aura gagné la gauche ? Quelques années de sursis pour une situation fiscale éthiquement inacceptable qui profite aux multinationales au détriment des entreprises suisses ?

Désolé, à mes yeux, l’affrontement droite-gauche est dépassé, la vraie bataille se déroule entre les partisans d’une fermeture nationaliste, d’un repli sur soi et ses semblables d’un côté, et, de l’autre, ceux qui combattent pour une démocratie ouverte, éclairée par la raison, capable de concevoir la complexité et les différences, de proposer un avenir positif pour l’ensemble des habitants de la planète, comme pour celle-ci d’ailleurs !

 

13:01 Publié dans Air du temps, Genève, Humeur | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Facebook | | | |

23/12/2016

Ach, ces Welches!

On se souvient de la dépression bien arrosée d’Yvan Perrin, des attaques médiatiques d’outre Sarine contre le candidat au Conseil Fédéral Parmelin, accusé de trop bien servir les vignes suisses du Seigneur, et maintenant, Céline Amaudruz !

Quand on a fait une sacrée java (1,92, excusez du peu !), qu’on occupe des fonctions politiques nationales et médiatisées, il est incompréhensible de ne pas prendre un taxi, voire même Uber …

Quelle mouche l’a donc piquée ? Quelle malédiction frappe les ténors romands de l’UDC ? Quel spleen baudelairien taraude-t-il leur âme ?

Peut-être est-ce parce qu’ils se sentent un peu …étrangers au sein de leur parti ?

Bien sûr, il reste l’inébranlable Freysinger, mâle alpha doit dans ses bottes, dur au mal et aux mots. Oui, mais, lui, c’est un survivaliste !

13:36 Publié dans Air du temps, Genève, Humeur | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Facebook | | | |

27/11/2016

CO KO?

Le rapport de la Cour des Comptes sur le CO et la motion PLR pour que les élèves de l’école obligatoire travaillent jusqu’à la fin de l’année ont amené la Conseillère d’Etat en charge du DIP à prendre deux décisions qui interpellent au travers des conséquences de leur mise en œuvre.

Pour suivre la recommandation de remplir le plus possible les classes, les directeurs de CO ont dû procéder à une centaine de transferts forcés d’un cycle à un autre. Certes, l’économie réalisée ainsi de plus de 20 postes est à saluer selon une logique comptable et financière. Toutefois, sur le terrain, il s’avère que ces élèves, transférés contre leur volonté, posent quasi tous de gros problèmes de comportement ; comment pourrait-il en être autrement, considérant l’attachement d’un adolescent à son quartier et à ses amis ? Comment ne pas comprendre leur sentiment d’exclusion et leur révolte ? A titre d’exemple, dans un établissement que j’ai bien connu, les 17 élèves déplacés sont tous fortement indisciplinés et 5 d’entre eux sont déjà affectés au dispositif relais interne (structure d’encadrement et d’aide aux élèves particulièrement difficiles) sur les 6 places disponibles.

La gestion d’un CO est difficile : il faut à la fois garantir un cadre clair et ferme, tout en montrant à chaque élève qu’il est pris en compte. Face à un comportement perturbateur, il faut intervenir vite, sur deux plans : la sanction et le soutien individuel, dans une étroite collaboration maîtres, équipe médico-psycho-sociale et direction ; une atmosphère d’établissement calme et propice à apprendre est à ce prix-là. Il est donc indéniable que ces transferts forcés compliquent lourdement (suivant leur nombre) le travail des enseignants et des directions du CO et péjorent l’ambiance générale des écoles. La question, ouverte, qui s’en suit est incontournable et chacun lui donnera sa propre réponse, mais elle mérite d’être posée et connue de la population : une économie de 23,5 postes vaut-elle une péjoration du vivre ensemble des profs et des élèves dans les CO genevois, ainsi qu’une péjoration de leurs conditions de travail/apprentissage scolaire ?

En ce qui concerne la motion, la décision du DIP a été de garantir les cours habituels du CO jusqu’à la fin de l’avant-dernière semaine. Les conseils de classe, qui réunissent tous les enseignants et préavisent de l’orientation de l’élève l’année suivante devront se tenir sur un seul jour, le lundi de la dernière semaine. Ici, la conséquence produit ses effets dans le domaine de l’orientation des élèves du CO ; un établissement comporte généralement entre 35 et 40 classes, donc il s’agit de tenir en un jour entre 35 et 40 conseils de classe. On voit aisément que ceux-ci devront être considérablement réduits dans leur durée, qui ne pourra logiquement dépasser une demi-heure. 30 minutes pour considérer chaque devenir pour 14 élèves (11ème CT) dans le meilleur des cas, pour 24 ou 25 (classes de 11ème LS) dans le pire! Comment dès lors traiter valablement une situation individuelle problématique de manière à prendre en compte l’avis des maîtres, du psychologue ou de l’assistant social, des parents ? D’ailleurs le contact préalable avec ceux-ci sera aussi fortement restreint, réduit à la fin de l’avant-dernière semaine ; or, les parents ne sont pas toujours atteignables pendant le week-end et les enseignants n’ont pas l’obligation de travailler sur cette période de repos. Résultat, le traitement de l’orientation des élèves sera réalisé à la va vite, sans réelle concertation, essentiellement basé sur l’obtention ou non des normes requises.

Par le soin apporté au devenir de chaque élève, tributaire du temps qui lui était consacré, Genève pouvait s’enorgueillir d’être un canton modèle face aux autres cantons romands, plus normatifs et exécutifs. Se pose alors une deuxième question, de même type que la précédente : garder les élèves du CO à l’école le plus longtemps possible vaut-il une péjoration de la prise en compte individuelle du futur de chacun d’entre eux ?

13:49 Publié dans Air du temps, Genève, Humeur | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | | |