21/02/2015

Patriote ou nationaliste?

 

Le Robert définit le patriotisme comme « amour de la patrie, désir, volonté de se dévouer et au besoin de se sacrifier pour la défendre… » et il précise que le « patriotisme diffère du nationalisme en ce qu’il ne suppose pas un culte exclusif de la nation ».

 

Pour le nationalisme, on trouve « exaltation du sentiment national, attachement passionné à ce qui constitue le caractère singulier, les traditions de la nation à laquelle on appartient » qui débouche sur « doctrine qui, fondant son principe d’action sur ce sentiment, subordonne, en politique intérieure, tous les problèmes (culturels, économiques, sociaux,…) au développement de la puissance nationale et rejette, en politique étrangère, toute association limitant la liberté d’action ou s’opposant à l’hégémonie de la nation ».

 

L’UDC est donc clairement, bien qu’elle se revendique du patriotisme, un parti nationaliste, exaltant de manière exclusive les valeurs de la nation helvétique. 

 

La dernière séance du Grand-Conseil genevois a permis de vérifier cette assertion. Il a été, en effet, question d’obliger les enseignants de l’école obligatoire à apprendre à leurs élèves l’hymne, ou plutôt le cantique national suisse, de même que l’histoire suisse et genevoise, chronologique et factuelle (comprenez aussi non critique).

 

Sans entrer dans le débat sur le bien-fondé des deux motions, je constate qu’un patriote aurait écrit des textes de type incitatif, visant à promouvoir les valeurs de notre pays, tout en admettant la diversité des contextes d’enseignement. Par exemple, est-ce pertinent d’apprendre le cantique suisse à une classe composée d’une majorité d’élèves allophones, issus d’autres cultures, d’autres religions ? Ou bien, est-ce raisonnable d’apprendre la chronologie historique à des jeunes élèves qui n’ont encore pas la capacité de construire mentalement le temps, comme les recherches en neuropsychologie le démontrent ?

 

Le nationaliste, lui, ne propose pas, il impose, il prescrit ! Et c’est ce qui s’est passé, pour les deux motions, au Grand-Conseil genevois. L’UDC a été rejointe par le MCG qui se droitise de plus en plus, sauf quand son leader massimo veut régler ses comptes avec le PLR, et, plus étonnant, par le PLR.

 

Cette majorité nationaliste a donc accepté ces deux motions, piétinant ainsi ce qui me paraît être l’esprit de Genève, marqué par l’ouverture, la prise en compte des différences et  une vision internationale des problématiques.  Le PLR a-t-il donc totalement tourné le dos à des valeurs qu’il a pourtant défendues de tout temps, notamment par son aile humaniste ? La majorité budgétaire qui dicte une économie rude pour les défavorisés débouche-t-elle sur une majorité idéologique nationaliste et conservatrice, pour ne pas dire réactionnaire ?

 

Je ne peux le croire et espère que le PLR saura se réveiller, fuir les sirènes, fussent-elles philosophiques,  d’une droite extrême qui n’est pas soluble dans l’esprit de notre canton.

 

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27/01/2015

De l'intégration

 

Les récents attentats terroristes en France ont au moins fait l’unanimité sur deux points :

 

  1. La nécessité de veiller à l’intégration citoyenne et économique de tous les résidents, de manière à minimiser le potentiel de radicalisation de ceux qui se sentent exclus de la société.

  2. L’importance de l’école comme vecteur d’intégration, non seulement des élèves eux-mêmes, mais aussi de leur famille.  C’est au travers de la scolarisation que nous pouvons expliquer nos valeurs, que nous pouvons détecter les difficultés et soutenir l’élève et ses parents pour qu’ils les résolvent, ou, à tout le moins, qu’ils deviennent actifs, non passifs, face à elles.

 

Le 22 janvier, par communiqué de presse,  l’Office fédéral de la statistique présente des chiffres édifiants : un tiers de la population suisse est issu de la migration, 61,2% à Genève, record national.

 

Le lien est évident : l’école, en particulier à Genève, joue un rôle décisif dans l’intégration sociale et il faut lui en donner les moyens.

 

Face à une famille allophone immigrée surgit d’emblée un premier obstacle : celui de la langue, partant de la compréhension réciproque, base même de la démarche d’intégration. Comment en effet imaginer que des personnes issues d’une autre culture, parfois très différente de la nôtre, vont acquérir par simple immersion la compréhension de notre système et de nos valeurs ? Situation classique dans toutes les écoles du canton : le ou la prof désire rencontrer les parents  non francophones, sans connaître la langue qu’ils parlent; dans l’immense majorité des cas, il ou elle se servira de l’élève comme traducteur, solution de facilité face à celle qui consiste à engager un traducteur de la Croix-Rouge (nécessité de planifier les rendez-vous et de rétribuer l’intervenant).
Seulement voilà, cette pratique présente deux biais très importants : d’une part, l’élève sera tenté de minimiser voir d’occulter les critiques à son égard, ne comprendra pas forcément correctement l’enseignant, simplifiera le propos ou le transformera, et d’autre part, la situation va le placer dans une position malsaine, au-dessus de ses parents,  premier interlocuteur du maître, alors même que cette rencontre doit être celle à égalité d’adultes, responsables de l’élève/ de l’enfant qui est présent.

 

Cette situation déséquilibrée est récurrente dans l’éducation genevoise ; elle est à l’origine de bien des incompréhensions entre la famille et l’école, partant du manque d’efficacité d’un encadrement d’adultes non coordonné entre parents et enseignants.

 

A mes yeux, l’objectif de garantir des conditions correctes d’échange linguistique famille migrante-école est fondamental, car il représente le fondement d’une démarche d’intégration ; s’il n’est pas rempli, il est à craindre que l’élève en difficultés pourra plus facilement dériver. Jusqu’où ?

 

Voilà pourquoi, il me semble nécessaire de donner à l’école les moyens de communiquer avec toutes les familles de manière compréhensible, à commencer par faire figurer dans la nouvelle LIP expressément cette préoccupation, qui reflète l’importance que revêt pour notre société l’intégration de la majorité de notre population !

 

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09/01/2015

La violence et les hommes

 

Ma mère, qui avait vécu l’occupation japonaise aux Philippines durant la dernière guerre mondiale, nous racontait les horreurs commises par l’occupant ; les images construites par mon imaginaire d’enfant sont encore présentes à l’heure actuelle et vraisemblablement à l’origine du choix d’étudier l’histoire. Oui, il me fallait comprendre pour atténuer l’atteinte, domestiquer le ressenti, me rassurer en sachant pourquoi. J’ai commencé par le nazisme, poursuivi par l’antisémitisme, la colonisation, les révolutions,… ; et ça marche ! A chaque fois, le contexte historique amène son lot d’explications, permet d’élaborer une analyse propre à chaque événement, même avec les atrocités de Daesh.

 

Et puis, j’ai pris l’assassinat de Charlie en pleine gueule ! Peut-être bien parce qu’il me reporte à mon adolescence et à cet esprit contestataire, anticonformiste et rieur, développé par les Cavanna, Cabus, Wolinski et autres ténors du crayon, dans lequel je me reconnaissais tellement.

 

Et puis, j’ai compris avec les tripes, ce que les analyses historiques prises séparément ne peuvent faire comprendre intellectuellement : la récurrence, tout au long de l’histoire de l’humanité, des manifestations d’une violence extrême et inhumaine ne peut signifier qu’une chose : elle a existé, existe et existera en chacun de nous. Cabus, Wolinski, Charb et les autres n’ont pas été tués par des aliens venus d’une autre galaxie, mais bien par leurs semblables, nos frères humains selon l’expression de Villon.

 

Cette découverte, de ce qui est pour vous une évidence peut-être, me ramène à mes explosions colériques violentes (qui n’en a pas eu ?), m’éclaire sur un des combles à mes yeux de la violence, l’infanticide (par exemple, celui récents des 2 enfants zurichois par leur mère), questionne ma vision du bien et du mal.

 

Si le germe de la violence extrême est en chacun de nous, que faisons-nous pour empêcher qu’il prospère ? Sommes-nous conscients des ravages qu’il entraîne et comment réagit notre société pour y faire face ?

 

Il faut reconnaître ce potentiel nuisible de violence dans son universalité : il n’y a pas deux groupes, les bons d’un côté et les méchants de l’autre. Rien à voir avec les religions, tout à voir avec la condition humaine ! Il faut le dire et le redire, afin d’échapper à l’escalade exponentielle des violences communautaires!

 

Il faut s’appuyer sur les lieux de formation pour expliquer et encore expliquer : les écoles, mais aussi les églises de quelque religion qu’elles soient, les médias, les discours politiques.

 

Il faut soutenir les activités qui permettent de médiatiser la violence par le biais de son expression dans un cadre défini, qui permet son expression sans transgression, son exutoire acceptable : les sports et les arts.

 

Et surtout, il faut défendre l’humour, la dérision qui permettent de mettre à distance, de relativiser, car rien n’est assez sérieux, dans la petitesse de notre condition humaine, pour interdire qu’il ne soit pas pris au sérieux.

 

Pour ne pas devenir des bourreaux, soyons des Charlie, c’est la meilleure garantie !

 

 

 

14:42 Publié dans Air du temps, Genève, Humeur | Lien permanent | Commentaires (8) | |  Facebook | | | |