27/11/2016

CO KO?

Le rapport de la Cour des Comptes sur le CO et la motion PLR pour que les élèves de l’école obligatoire travaillent jusqu’à la fin de l’année ont amené la Conseillère d’Etat en charge du DIP à prendre deux décisions qui interpellent au travers des conséquences de leur mise en œuvre.

Pour suivre la recommandation de remplir le plus possible les classes, les directeurs de CO ont dû procéder à une centaine de transferts forcés d’un cycle à un autre. Certes, l’économie réalisée ainsi de plus de 20 postes est à saluer selon une logique comptable et financière. Toutefois, sur le terrain, il s’avère que ces élèves, transférés contre leur volonté, posent quasi tous de gros problèmes de comportement ; comment pourrait-il en être autrement, considérant l’attachement d’un adolescent à son quartier et à ses amis ? Comment ne pas comprendre leur sentiment d’exclusion et leur révolte ? A titre d’exemple, dans un établissement que j’ai bien connu, les 17 élèves déplacés sont tous fortement indisciplinés et 5 d’entre eux sont déjà affectés au dispositif relais interne (structure d’encadrement et d’aide aux élèves particulièrement difficiles) sur les 6 places disponibles.

La gestion d’un CO est difficile : il faut à la fois garantir un cadre clair et ferme, tout en montrant à chaque élève qu’il est pris en compte. Face à un comportement perturbateur, il faut intervenir vite, sur deux plans : la sanction et le soutien individuel, dans une étroite collaboration maîtres, équipe médico-psycho-sociale et direction ; une atmosphère d’établissement calme et propice à apprendre est à ce prix-là. Il est donc indéniable que ces transferts forcés compliquent lourdement (suivant leur nombre) le travail des enseignants et des directions du CO et péjorent l’ambiance générale des écoles. La question, ouverte, qui s’en suit est incontournable et chacun lui donnera sa propre réponse, mais elle mérite d’être posée et connue de la population : une économie de 23,5 postes vaut-elle une péjoration du vivre ensemble des profs et des élèves dans les CO genevois, ainsi qu’une péjoration de leurs conditions de travail/apprentissage scolaire ?

En ce qui concerne la motion, la décision du DIP a été de garantir les cours habituels du CO jusqu’à la fin de l’avant-dernière semaine. Les conseils de classe, qui réunissent tous les enseignants et préavisent de l’orientation de l’élève l’année suivante devront se tenir sur un seul jour, le lundi de la dernière semaine. Ici, la conséquence produit ses effets dans le domaine de l’orientation des élèves du CO ; un établissement comporte généralement entre 35 et 40 classes, donc il s’agit de tenir en un jour entre 35 et 40 conseils de classe. On voit aisément que ceux-ci devront être considérablement réduits dans leur durée, qui ne pourra logiquement dépasser une demi-heure. 30 minutes pour considérer chaque devenir pour 14 élèves (11ème CT) dans le meilleur des cas, pour 24 ou 25 (classes de 11ème LS) dans le pire! Comment dès lors traiter valablement une situation individuelle problématique de manière à prendre en compte l’avis des maîtres, du psychologue ou de l’assistant social, des parents ? D’ailleurs le contact préalable avec ceux-ci sera aussi fortement restreint, réduit à la fin de l’avant-dernière semaine ; or, les parents ne sont pas toujours atteignables pendant le week-end et les enseignants n’ont pas l’obligation de travailler sur cette période de repos. Résultat, le traitement de l’orientation des élèves sera réalisé à la va vite, sans réelle concertation, essentiellement basé sur l’obtention ou non des normes requises.

Par le soin apporté au devenir de chaque élève, tributaire du temps qui lui était consacré, Genève pouvait s’enorgueillir d’être un canton modèle face aux autres cantons romands, plus normatifs et exécutifs. Se pose alors une deuxième question, de même type que la précédente : garder les élèves du CO à l’école le plus longtemps possible vaut-il une péjoration de la prise en compte individuelle du futur de chacun d’entre eux ?

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06/09/2016

Un renvoi incompréhensible

Walat, Slava, Hazma et Redur ont entre 18 et 25 ans. Ce sont de jeunes frères et soeurs Kurdes de Syrie qui ont fui la guerre et sont arrivés à Genève le 9 octobre 2015. Ils ont élu Genève comme terre d’accueil car quelques membres de leur famille y résident et étaient prêts à les accueillir. Cependant, le Secrétariat d’Etat aux migrations (SEM) a déclaré ne pas entrer en matière sur leur dossier et a ordonné leur renvoi vers la Croatie, en vertu des accords de Dublin. Or, ils n’ont que passé par la Croatie, quelques heures, juste le temps de recevoir un papier administratif qui atteste leur transit. Ils ne connaissent personne dans ce pays et, bien sûr, ignorent tout de la langue, alors qu’à Genève, ils sont socialement appréciés, bénéficient de leur environnement familial et progressent bien en français. Mais, seul Redur, le cadet de la fratrie, bénéficie d’un permis N, étant mineur au moment du dépôt de la demande d’asile, peut donc rester en Suisse. Ce matin, une opération de police a permis l’arrestation des trois aînés pour exécuter leur renvoi, d’une manière particulièrement choquante, au mépris des déclarations précédentes des autorités de l’OCP.

Les faits sont limpides : les autorités fédérales et genevoises (car elles ont le pouvoir de ne pas exécuter le renvoi) ont séparé une fratrie, laissant le cadet seul, envoyant ses aînés dans un pays totalement inconnu, sans la moindre connaissance linguistique, sans le moindre soutien possible, sans la garantie que leur traitement médical des traumatismes subis dans leur parcours migratoire puisse être poursuivi. Pourquoi ?

Bien sûr, j’entends déjà le qualificatif de Bisounours retentir : mus par nos risibles bons sentiments, nous qui dénonçons ce renvoi travestissons la réalité, la confondant avec nos rêves. Mais enfin, il y a trop de réfugiés chez nous, il faut donner des gages à la population apeurée par la crise migratoire, appliquer la loi strictement pour la rassurer !

Voyons donc la réalité en face : tout d’abord, il est irréaliste de penser régler le problème de la migration isolément, dans chaque pays. Les frontières sont trop poreuses, quoi qu’on fasse, le flux trop important pour éviter les arrivées, clandestines ou non ; une collaboration entre les différentes nations européennes est nécessaire, même si, actuellement, une majorité d’entre elles pense tout haut que, moins il y en a, plus on les renvoie selon les accords Dublin, mieux ça vaut pour soi-même. Or, si l’on prend la peine de penser globalement, ce ne peut être la solution, puisque, chacun se livrant à ce jeu, les migrants deviendront de plus en plus des cas sociaux, jetés d’un pays à l’autre comme des balles de ping-pong, accréditant ainsi la faillite de nos valeurs occidentales et notre faiblesse face à menace djihadiste. Comment la Croatie peut-elle ne pas nourrir de méfiance à l’égard de la Suisse devant l’arrivée de trois jeunes gens dont l’intégration lui posera indiscutablement problème, alors même qu’elle était en bonne voie dans notre pays ?

Ensuite, appeler à une application aveugle de la loi pour rassurer la population est un miroir aux alouettes. En effet, c’est faire passer la situation individuelle, donc l’être humain, en second plan. Le propre même des régimes totalitaires ! Le contraire des batailles menées par nos démocraties ! Dès que le critère de prise en compte de l’être humain n’est plus retenu, dès qu’il devient impossible de nuancer en fonction d’une situation individuelle, le risque est grand de voir le système entier glisser vers une application totalitaire des lois et menacer ainsi sa propre population, composée évidemment … d’êtres humains.

Le radicalisme islamique possède une caractéristique perverse, il entraîne le radicalisme opposé. Le choc des deux est alors en marche, et c’est exactement ce que souhaite le premier ! Même si c’est actuellement tendance, ne tombons pas dans le panneau et remercions les Bisounours de le dénoncer !

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30/08/2016

Mineurs migrants et formation

Le nombre de ces jeunes migrants, voyageant souvent seuls, croît d’année en année, particulièrement dans le postobligatoire qui a vu leur nombre doubler en 4 ans. C’est là une problématique majeure de la crise migratoire actuelle qui interpelle chacun de nous.

Lorsque le jeune est trop âgé pour bénéficier des structures d’accueil de l’école obligatoire, il ne bénéficiera que de deux ans de prise en charge au sein du DIP au maximum. Pour ceux, nombreux, qui ont connu une scolarité lacunaire voire totalement absente, le défi est colossal : il s’agit durant ce laps de temps d’apprendre le français, parfois à lire, à calculer et à écrire, d’acquérir les bases scolaires qui permettent une entrée dans une formation, scolaire ou professionnelle. Autant dire que la tâche est quasi insurmontable pour une bonne partie d’entre eux, malgré l’énorme investissement des enseignants de l’ACPO (accueil du postobligatoire) ! Si une formation n’est pas possible, l’alternative est simple : soit trouver du travail, soit s’inscrire à l’Hospice. Personne ne contestera la valeur intégrative du travail d’une part, ni d’autre part, les dangers que font courir le désœuvrement et l’assistance sociale permanente.

Malgré tous ses efforts, le DIP ne peut outiller suffisamment tous ces jeunes migrants pour leur permettre de s’insérer socio-économiquement. Il doit nécessairement être aidé, tant sur le plan cantonal que national. Je vois deux pistes possibles :

A Genève, les entreprises qui comptent des métiers à faible qualification engagent parmi ces jeunes qui sortent sans autre possibilité de leurs deux ans de DIP et, peut-être avec l’appui de l’OFPC (Office de formation professionnelle et continue), mettent sur pied une formation de base, rapide et concrète, attestée en fin de parcours, dans le travail confié ; j’imagine que dans les domaines de la construction, du tri des déchets, du transport de marchandises ou de la petite réparation par exemple, il est possible de concrétiser cette idée.

La Confédération, en outre, doit, me semble-t-il, apporter sa pierre à l’édifice, disparate suivant les cantons. Des moyens financiers supplémentaires évidemment, mais peut-être aussi des programmes d’activités rémunérées, si possible de formation attestée, dans toute la Suisse, comme des offres de travail dans des exploitations agricoles. Faute de quoi, notre canton va vers une situation intenable pour la formation : cette année, les moyens nécessaires pour former et encadrer les jeunes migrants ont pu être obtenus en bourrant au maximum les classes du CO (économie de 26 postes), mais l’année prochaine, où pourra-t-on aller les chercher sans l’aide fédérale ?

Quant à l’argument, UDC-compatible, qui réclame que les moyens attribués aux jeunes migrants soient prioritairement destinés à la population locale en précarité, je ne lui trouve aucune pertinence. D’abord, sur un plan humain : qu’on le veuille ou non, quoi qu’on fasse, des (jeunes) migrants continueront d’arriver dans notre pays. Ne pas leur donner la possibilité de s’intégrer, ne pas les prendre en charge, c’est les condamner à toutes les dérives et à être exploités : drogue, prostitution, délinquance assurées ! En définitive, c’est aussi œuvrer à l’encontre du bien-être et de la sécurité de notre société ! Ensuite, sur un plan intellectuel, le raisonnement participe de la pensée binaire : soit l’un, soit l’autre, jamais l’un et l’autre. Ce type de pensée est séduisant, parce que simple à appréhender, permettant d’évacuer une donnée par son exclusion ; le plus grand parti de Suisse en a d’ailleurs fait sa marque de fabrique et réitère dans son initiative « contre les juges étrangers ». Pourtant penser la complexité demande de prendre en compte tous les paramètres sans en exclure un. Comment donner du crédit intellectuel à un Trump qui promet de virer tous les musulmans des Etats-Unis ? Comment imaginer une Europe dans laquelle la Suisse isolée n’aurait que des relations occasionnelles et épisodiques ? Comment penser une Genève se détournant des migrants pour ne s’occuper que de ses concitoyens en difficultés ?

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