11/10/2014

Le Rubicon aété franchi!

 

En 49 av. J-C, Jules César traverse le fleuve Rubicon avec ses légions, ce qui sonne le  glas de la république romaine et donne naissance à l’expression bien connue : une ligne rouge est dépassée, quelles qu’en soient les conséquences.

 

Lors de la séance du Grand-Conseil genevois du 10 octobre 2014, le Césarion genevois et ses troupes récrivent l’histoire au niveau local. Les faits sont connus : au prétexte que le président du Grand-Conseil refuse de lire un amendement, pourtant déjà traité amplement et simplement repris par un député MCG, Eric Stauffer s’emporte, vitupère et vocifère sans retenue,  soutenu par le chœur de son parti. Malgré les appels à l’ordre du président, il défie clairement l’autorité de celui-ci, refusant de quitter la salle ; son ultime injonction repoussée après une suspension de séance, le président fait appel à la force publique, comme le prévoit le règlement. Les membres du MCG entourent alors leur guide suprême, faisant un rempart de leurs corps à toute intervention ; insultes, gestes indécents à l’appui, ils commettent clairement un coup de force visant à faire obstruction à une intervention légitime des forces de l’ordre. Il aura fallu 45 minutes et l’implication du président du CE et de M. Poggia pour les amener à accepter la sanction, pourtant minime ; E. Stauffer encadré par 7 policiers, les députés MCG et UDC quittent la salle du législatif.

 

Les faits sont limpides : un parti, mené par son chef, a totalement bafoué les institutions de notre république. Refus d’obéir à une autorité institutionnelle,  obstruction physique caractérisée à l’intervention de la police, tentative d’intimidation du pouvoir législatif, le Rubicon a bel et bien été franchi !

 

Dès lors, il apparaît inconcevable que l’affaire en reste là, qu’un mouvement politique puisse impunément mépriser les institutions démocratiques et  s’opposer physiquement à celles-ci.  Sinon, à quel degré de transgression parviendra-t-il la prochaine fois ?

 

Une comparaison pour éclairer mon propos : un prof (autorité institutionnelle) renvoie un élève, celui-ci refuse de sortir ; comme la procédure le demande, le prof appelle via son portable un doyen. Lorsque celui-ci arrive, un groupe d’élèves entourent le renvoyé et empêchent physiquement son expulsion du cours. Comme directeur d’école, n’allez-vous rien faire, à part enregistrer le renvoi du premier perturbateur ?  Inimaginable, n’est-ce pas !

 

Bref, soit le MCG fait acte publique de contrition et d’allégeance à nos institutions, soit il quitte le Parlement puisqu’il refuse de se plier aux règles de l’institution!

 

Et surtout que personne ne tombe dans le piège qu’il nous tend déjà, tentant de rejeter, dans sa stratégie de communication, toute la responsabilité des incidents sur le président du Grand-Conseil, toujours évidemment affublé de son étiquette politique pour mieux le déconsidérer ! Or, celui-ci a agi conformément à sa fonction, qui en fait le garant de l’institution et le place au-dessus des partis.

 

 

 

13:29 Publié dans Air du temps, Genève, Humeur | Tags : mcg, grand-conseil, institutions | Lien permanent | Commentaires (15) | |  Facebook | | | |

25/09/2014

Le bouc-émissaire

 

En complément du blog de Bertrand Buchs,

 

http://bertrandbuchs.blog.tdg.ch/archive/2014/09/25/la-haine-ordinaire-260105.html,

 

quelques réflexions sur un phénomène psychologique récurrent en histoire que je partageais jadis avec mes élèves, persuadé qu’il s’agit d’une clé pour comprendre les comportements de masse excluant un groupe identifié de la société.

 

Au IIème siècle avant JC, lorsque la peste ravageait un village de la péninsule arabique, un chameau était promené entre toutes les maisons,  chargé de capter la maladie, puis sacrifié pour faire disparaître celle-ci. A la fête du Yom Kippour, c’était un bouc qui, chargé de tous les péchés d’Israël, était sacrifié pour leur rémission. D’ailleurs, l’expression vient de là, le bouc étant, dans les premiers temps, envoyé dans le désert.

 

Le fondement historique du bouc-émissaire est donc bien un sacrifice à commettre pour le bien de la société.

 

Sur le plan psychologique, tout le monde connaît ce phénomène et l’a pratiqué. Lorsqu’on a mal, il est tentant de trouver un coupable, autre que soi-même, et de le rendre ainsi responsable de ses maux ; pensez au petit enfant qui trébuche sur une chaise, tombe, donne un grand coup de pied à la chaise en l’insultant.

 

En ce qui concerne le comportement des masses*, le phénomène est le même ; dans une société en proie à des difficultés psychosociales (chômage, perte d’identité, stress permanent, etc.), le sentiment de mal-être cherche un exutoire, un coupable autre. Il s’agit en effet de trouver un groupe facilement identifiable, différent de la majorité, et sur lequel celle-ci va pouvoir projeter le mal qui la ronge. Ainsi, dire « C’est la faute au FRONTALIER, ou au JUIF, ou à l’ARABE ! » permet à la fois de trouver un responsable  à notre mal et de se sentir mieux, puisque nous sommes différents, nous n’appartenons pas au groupe bouc-émissaire, nous sommes dans le groupe du bien. La suite procède d’une logique aussi simple qu’implacable : il suffit de sacrifier le bouc-émissaire pour éradiquer le mal.

 

La montée de la haine que dénonce Bertrand Buchs s’inscrit parfaitement dans ce cheminement dont l’Histoire nous a donné déjà de nombreux exemples. En politisant le bouc-émissaire « FRONTALIER », le parti genevo-genevois a ouvert la boîte de Pandore et plonge ses suiveurs dans un tourbillon de sentiments négatifs, psychologiquement difficiles à vivre, comme le témoignent les exemples donnés par M. Buchs.

 

Il faut donc clairement et unanimement refuser l’instrumentalisation politique de tout bouc-émissaire, non seulement par égard au groupe exclu, mais aussi par égard à la haine qu’elle apporte aux autres et qui ne pourra jamais être assouvie.

 

 

 

 

 

 

 

*dans l’acception de Chomsky, merci de ne pas y lire le moindre mépris !

 

 

 

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20/09/2014

Quelle sécurité?

 

En 2013, les chiffres de la criminalité sont en baisse, le magistrat en charge du département et le procureur général ont eu le triomphe modeste.

 

En effet, parallèlement, l’analyse du sentiment d’insécurité dans la population a encore crû jusqu’à atteindre le 49% !

 

Première constatation objective : il n’y a pas de corrélation directe entre les résultats de la lutte contre la criminalité et le sentiment d’insécurité éprouvé par les citoyens. En clair, l’efficacité de la police et la politique d’incarcération choisie ne sont pas suffisantes pour rassurer nos concitoyens. Plutôt étonnant, non ?

 

L’explication de ce paradoxe tient à un autre pourcentage. Parmi ceux qui éprouvent un sentiment d’insécurité, seulement 18% sont satisfaits de l’endroit où ils vivent. La qualité de son logement et de son environnement proche, le contexte social de son quartier interviennent donc pour beaucoup dans la perception de la sécurité.

 

M. Maudet, en charge du DES, s’est vertement emporté au Grand Conseil contre le parti de la même couleur, l’accusant de combattre la prison des Dardelles par la même vision idéologique qui avait auparavant mené Genève dans le mur. Les chiffres publiés par son département et cités plus haut devraient pourtant l’amener à nuancer sa propre vision.

 

En effet, des questions fondamentales se posent, de manière objective :

 

Si le sentiment de sécurité est aussi tributaire de la qualité de vie et de lien social des habitants de la cité, pourquoi consacrer autant de ressources budgétaires à la répression et à l’enfermement ?  La lutte contre l’insécurité est le but déclaré de l’action politique de M. Maudet, soit. Dans ce cas, pourquoi ne tient-il pas compte des conclusions  que donnent les indicateurs qu’il a, lui-même, mis en place ? ? Pourquoi le DES obtient-il 5% d’augmentation pour le prochain budget, augmentation qui se situera à 10% les années suivantes, forcément au détriment du DALE ou du DEAS, dont les budgets diminuent fortement, alors que, nous l’avons vu, leurs actions contribuent tout autant à construire un sentiment de sécurité ?

 

Questionner la pertinence d’une nouvelle prison de 450 places, dont le coût impacte grandement le budget de l’Etat, se rajoutant à l’extension de 100 places d’une prison existante (La Brénaz) et à la difficile mise en marche de Curabilis, n’est-ce pas légitime ?  Le reprocher violemment dénote un manque d’ouverture à une réflexion globale sur la sécurité et, peut-être bien, un parti pris … idéologique !

 

16:11 Publié dans Air du temps, Genève, Humeur | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |