17/11/2014

Les directeurs primaires au boulot!

 

La droite majoritaire du Grand-Conseil a voté la motion demandant que les directeurs d’école primaire enseignent à 50%. Hourrah, ils garderont donc un pied dans la réalité de la classe ! Hourrah, ils s’occuperont de tâches dévolues aux enseignants et nous feront réaliser ainsi des économies ! Hourrah, la postmodernité est vaincue et l’école retournera à son glorieux passé, celui de la totale indépendance de l’enseignant et de la totale dépendance de ses élèves ! Hourrah, une grosse scorie des années Beer disparaît !

 

Belle victoire mais sur quoi ? Contrairement à ce que pensent les gens qui ne connaissent pas l’organisation de l’école publique, c’est une victoire sur  un bon fonctionnement systémique de notre école genevoise qu’ils ont obtenue. En effet, la principale fonction d’une direction, qu’elle soit d’école ou d’entreprise, est dans la coordination de tous ses employés dans la réalisation de toutes les tâches qu’elle doit mener pour sortir le meilleur produit possible, qu’il soit un objet ou une prestation. Pas de miracle, demandez-donc aux entrepreneurs s’ils peuvent affaiblir leur échelle hiérarchique en gardant efficience et qualité !

 

L’école primaire genevoise avant l’arrivée des directeurs d’établissement ressemblait à une auberge espagnole! Chaque enseignant  y amenait ce que bon lui semblait en terme d’enseignement et de respect des directives ; certains envoyaient leurs élèves au CO sans avoir fait d’allemand, les orientaient quasi tous en regroupement prégymnasial , ne faisaient qu’effleurer l’histoire ou les sciences naturelles, etc. C’était, pour les élèves, le royaume de l’aléatoire, avec un flagrant manque d’équité entre eux. Les 25 inspecteurs couraient çà et là, éteignant les incendies individuels, mais ne parvenant pas à réaliser la cohérence dans et entre les 163 écoles primaires.

 

Or, je ne pense pas qu’il existe un couple de parents qui se satisfasse de laisser au hasard le futur scolaire de leur enfant ! Le grand bénéfice de la création des directions d’école primaire est d’avoir enfin amené dans notre premier ordre d’enseignement, celui qui assoit les bases de la scolarité, une harmonisation des pratiques enseignantes, de la cohérence dans les cursus scolaires, de l’équité dans le traitement des élèves. La fédération des parents de l’école primaire ne s’y est d’ailleurs pas trompée : le GAPP a envoyé aux députés une lettre expliquant pourquoi il était fermement opposé à cette motion.

 

Son acceptation par le Grand-Conseil affaiblit donc considérablement la fonction systémique primordiale du directeur d’école. C’est d’autant plus navrant qu’elle a été votée par la droite classique (PLR et PDC), la même qui vante le modèle d’entreprise libéral, qui repose justement sur les principes hiérarchiques d’efficience et de contrôle qualité, afin de minimiser au maximum la part de hasard dans la production. Pas très sympa d’enlever ces moyens lorsque l’Etat se les donne… C’est d’autant plus étonnant que, ce faisant, elle a offert un billet retour vers le passé à ces mêmes enseignants dont elle a toujours fustigé l’autonomie !

 

C’est bel et  bien une victoire à la Pyrrhus qu’elle célèbre et nos enfants qui en feront les frais !

 

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12/11/2014

Au député inconnu

 

Toi et moi ne sommes pas du même parti, ni du même bord, politiquement s’entend. Tu as une longue et riche expérience de la chose publique et en a éprouvé une véritable passion, alors que, pour ma part, j’ai débarqué dans ce monde depuis une année et ouvre encore de grands yeux plutôt que je ne m’enthousiasme.

 

Ton esprit est libre, ton intelligence vive et ton ironie, parfois caustique, fait des ravages. Tu parles clair et franc, te refusant à flagorner ou à faire acte d’obédience à qui ou quoi que ce soit, sans toutefois tomber dans la naïveté ou le cynisme. Coups de sang et coups de gueule occasionnels mis à part, tu sais l’art du compromis et de la négociation. Mais tu tiens ferme sur tes convictions.

 

Surtout, tu es resté rebelle dans l’âme, à tout ce qui te paraît comme une injustice, comme un abus de pouvoir, comme une conformité aliénante. Tu aimes la vie malgré les grosses vacheries qu’elle t’a réservées, tu aimes profondément l’être humain.

 

A l’heure où d’aucuns vomissent les politiciens, les dévalorisent pour faire triompher leur populisme et leur fonds de commerce, je tenais à te dire ma reconnaissance et mon estime. Je sais que tu détestes l’hommage, car, contrairement à beaucoup de nos collègues, tu n’éprouves pas de jouissance égotique ; pardonne-moi le stratagème de cette note ! Au même titre que le soldat inconnu symbolise la valeur de défense de la patrie, tu seras mon député inconnu, entretenant la petite flamme d’un  engagement politique de valeur.

 

09:47 Publié dans Air du temps, Genève | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Facebook | | | |

07/11/2014

Genève a mal à sa détention

 

3 constats, irréfutables pour Champ-Dollon :

 

  • Un sureffectif chronique depuis des lustres, avec un taux d’occupation de 240%.

 

  • Une majorité des détenus en exécution de peine dans une prison conçue pour être préventive, conséquence de la grande difficulté à trouver pour eux de la place dans un pénitencier romand soumis au concordat intercantonal.

 

  • L’impossibilité de leur offrir ici les conditions légales de détention,  contrairement aux autres cantons romands.

Bien sûr, la population des détenus n’est pas celle qui suscite la plus grande compassion du public, ni ne procure le plus grand bénéfice, électoral ou politique. Bien sûr, la situation ne date pas d’aujourd’hui et n’a fait que se dégrader inexorablement pendant des décennies. Néanmoins, elle doit être prise maintenant à bras-le-corps, car elle occasionne, pour tous nous, d’importants dommages.

Tout d’abord pour les prisonniers : confinés à longueur de journée et de nuit dans une cellule surpeuplée, sans possibilité pour la grande majorité de travailler en atelier, ni de se former, de prendre des cours ou de pratiquer du sport au-delà d’une fois  par semaine. Comment préparer valablement sa réinsertion dans de telles conditions ? Comment se construire un autre avenir possible que celui de la délinquance ? Pourtant, dans la philosophie de l’emprisonnement, comme dans le droit qui le régit, ce sont là des éléments primordiaux, sans lesquels la prison perd tout son sens et se transforme en simple vengeance punitive de la société, qui suscite plutôt la récidive qu’elle ne la combat.

Ensuite, pour tous les personnels concernés, de la direction aux gardiens, en passant par les autres services (médical, social, office de détention,…).  Travailler en milieu carcéral génère déjà un stress supérieur à la moyenne ; si, en plus, vous devez faire face constamment à un sentiment d’injustice, à l’expression de profondes insatisfactions et incompréhensions,  le niveau de stress ne peut qu’atteindre des sommets, d’autant plus qu’à aucun moment de votre activité professionnelle, il ne va fléchir. En outre, comment pouvoir éprouver une réelle satisfaction dans l’exercice de son métier, lorsqu’on sait pertinemment qu’il n’en réunit pas les conditions ?

Enfin, pour nous tous, les citoyens.  A l’évidence, l’exécution de peine à Champ-Dollon ne peut que fabriquer des récidives. Animé du sentiment d’avoir purgé une double peine, celle du juge et celle d’un emprisonnement pire qu’ailleurs en Suisse, incapable d’envisager un avenir différent puisque sans avoir eu la possibilité de travailler ni de se former,   le détenu libéré aura bien du mal à taire sa rage et à ne pas retomber dans la délinquance. En outre, c’est toute l’image de Genève par rapport aux autres cantons qui en est ternie.

 

Mais alors, que faire ? Devant l’ampleur du problème, le vertige pointe !  Je me garderai bien de prétendre avoir la solution ; je constate seulement qu’il est urgent de séparer la préventive de l’exécution des peines, d’améliorer le sort des détenus dans ce domaine-ci en explorant toutes les pistes possibles. Peut-être que les Assises de la détention à Genève, les 20 et 21 novembre, en découvriront-t-elles de nouvelles ?

 

 

 

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