17/02/2016

Parlons de la sécurité

L’UDC clame haut et fort que l’objectif de son initiative de mise en œuvre consiste à enfin renforcer la sécurité et se préoccuper des victimes. Soit, voyons domaine par domaine ce qu’il en est réellement.

 

Sécurité face aux délinquants : d’abord cette initiative ne concerne que les étrangers avec un titre de séjour ; or, la plupart des délinquants étrangers n’en ont pas (3/4 de la population carcérale de Champ-Dollon par exemple). Facteur de protection : 0 face au tourisme de la délinquance.  En outre, l’expulsion n’est prononcée qu’en cas de récidive : celui qui planifierait un attentat,  un meurtre ou une prise d’otage, qui appartiendrait à un groupe terroriste ne pourrait être expulsé s’il n’a pas d’antécédents pénaux…  Facteur de protection : - 1 face à certains crimes graves, pour lesquels la réforme du Code pénal votée par le Parlement en mars 2015 comprend la mesure d’expulsion.

 

Sécurité sociale : une nouvelle infraction, l’abus en matière d’aide et d’assurances sociales, figure dans le texte de l’initiative sans précision de la nationalité de son auteur, puisqu’il s’agit de « quiconque », sans mention de « l’astuce », ni même de la volonté de tromper (contrairement au nouvel article 148 du Code pénal) ;  le simple fait que les indications soient erronées ou incomplètes suffit à constituer l’infraction.  Facteur de protection : -1 face à des démarches administratives dans lesquelles tout le monde peut se tromper de bonne foi. Va-t-on emprisonner pendant 5 ans la pauvre grand-mère (ou le pauvre grand-père) qui n’a pas rempli correctement les formulaires ? De plus, l’initiative prévoit l’expulsion de tout étranger récidiviste pendant 10 ans pour des infractions mineures, peu importe son statut, deuxième ou troisième génération, qualité de son intégration ;  votre cercle d’amis et de conquêtes risque fort de se rétrécir, spectaculairement suivant la région où vous vivez. Facteur de protection : -1 face à la cohésion sociale de notre pays, dont 41% de la population est issu de l’immigration.

 

Sécurité judiciaire : l’initiative viole le principe de proportionnalité du droit en enlevant aux juges leur pouvoir d’appréciation. Facteur de protection : -1 face à la prise ne compte de la situation individuelle de chaque coupable d’infraction. Qui peut prédire si, par la suite, l’automaticité de la sanction ne s’appliquera pas aussi aux délinquants suisses ?

 

Sécurité politico-économique : l’initiative a été déposée bien avant le délai qu’avait le Parlement pour mettre en application la première initiative; l’UDC n’a, par ailleurs, pas attendu la loi d’application pour lancer contre elle un référendum, comme l’aurait demandé le jeu de la démocratie. Facteur de protection : -1 face au bon fonctionnement de nos institutions qui garantissent celui d’une démocratie que beaucoup nous envient. L’initiative, en outre, viole la CEDH (Convention européenne des droits de l’homme) et nous acoquinera à la Biélorussie comme seuls Etats européens à ne pas reconnaître ce texte fondamental. Facteur de protection : -1 face à la nécessité de sauvegarder des relations interactives avec les autres pays afin d’une part, de conserver notre prospérité et notre stabilité économiques et, d’autre part, de continuer à être présent, crédible et visible sur la scène internationale, ne serait-ce qu’à travers la politique des bons offices qui nous a si bien réussi.

 

En définitive, la principale victime sera le peuple suisse si, d’aventure, le oui l’emporte le 28 février.

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05/02/2016

Appel à mes anciens élèves

Que ce soit au Cycle ou au Collège que nos chemins se sont croisés, souvenez-vous !

Vous veniez d’Italie, d’Espagne, du Portugal, des Balkans, du continent africain, américain ou d’un autre canton suisse, combien y avait-il de nationalités différentes, 10 ? Plus ?

Nous avons lu ensemble des œuvres qui éclairent, des Essais (« Qu'est-ce qu'une vérité que ces montagnes bornent (et) qui est mensonge dans le monde qui est situé au-delà? ») à L’étranger en passant par Le rhinocéros, nous avons parcouru ensemble des périodes historiques riches d’enseignement du déclin de la sorcellerie avec l’avènement de la raison à la folie totalitaire, qu’elle soit nationale-socialiste ou communiste.

Souvenez-vous, y avait-il entre vous une différence issue de votre origine, de votre nationalité, autre que l’apport de votre culture ? Ne vous sentiez-vous pas proches  les uns des autres ? Ne compreniez-vous pas de la même façon les leçons des grands auteurs comme celles de l’Histoire ? Ne formiez-vous pas un groupe uni, soudé parfois pour chahuter quelque remplaçant ou pour rigoler un bon coup ? N’était-ce pas de belles années d’échanges, d’amitiés, d’amours ?

Votre identité s’est formée à cette aune, mélange d’ouverture, de partage d’émotions, de sentiments et d’expériences entre origines et cultures différentes. N’est-elle pas riche et belle ?

Par fidélité à ces souvenirs, je vous demande aujourd’hui de les défendre et de refuser l’Alleingang (même si vous n’étiez pas tous forts en allemand, vous comprendrez ce mot…) dans lequel l’UDC veut nous entraîner. Votez et votez NON à l’initiative dite de mise en œuvre ! Démontrez que vous ne voulez pas d’un pays isolé et replié sur lui-même ! Proclamez qu’un passeport n’a jamais été une mesure de la qualité ou de la dignité d’une personne humaine !

Merci !

 

P.S. Oui, je joue à fond sur la corde sensible et sentimentale. Pourquoi serait-ce l’apanage d’un seul parti ?

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27/01/2016

Le prêt à penser UDC

Ma note précédente sur « le peuple souverain de droit divin ? » m’a valu beaucoup de commentaires hostiles. Ceux-ci sont intéressants car ils démontrent le prêt à penser de l’UDC et ses composantes :

  1. L’âge d’or mythique: il faut revenir à une époque heureuse où la Suisse était indépendante et ne souffrait pas des maux du monde actuel (pollution, migrations, globalisation, chômage, précarisation, …). C’est vrai que du temps de la guerre froide et du rideau de fer, la Weltanschauung était plus simple, facilitée par la division en 2 blocs, les gentils ici, les méchants là-bas, chacun régnant dans sa sphère protégée. Le bouc-émissaire était tout trouvé et le boum économique des Trente Glorieuses laissaient entrevoir à tous un bien-être grandissant et un avenir radieux. Et celui qui critiquait n'avait qu'à déménager de l'autre côté!
  2. Le tabou fondateur : certes, le peuple, souverain, possède le pouvoir suprême directement (initiative, référendum) et indirectement (élection de ses représentants aux trois pouvoirs) ; n’y a-t-il donc rien à redire à ses décisions, quelles qu’elles soient ? A mes yeux, il est légitime de questionner ce pouvoir à l’heure où la surinformation, la désinformation, la manipulation, ainsi que la complexité grandissante des sujets, font la part belle à l’expression des émotions et des sentiments dans les urnes, à la tentation des solutions tranchées et carrées, simplistes parfois ; les exemples actuels de la Hongrie et de la Pologne illustrent bien ce glissement.
  3. La disqualification du discours adverse : qualifié de méprisant, d’arrogant, celui qui ose s’attaquer au tabou ci-dessus est de suite discrédité, qualifié d’ennemi du peuple et de la démocratie. Toute référence à l’Etat de droit ou à l’équilibre entre les trois pouvoirs est d’emblée rejetée comme une hérésie à la religion du peuple souverain. De même, une solution aux problèmes du monde moderne ne peut se trouver dans l'avenir, puisqu'elle réside dans notre passé.

Ainsi le système de pensée est bien verrouillé : une référence à une époque bénie, encore vivante dans les mémoires, surtout du troisième âge qui l’a vécue et en a pleinement profité ; un tabou qui sacralise l’opinion publique des citoyens suisses, l’érige en divinité omnisciente et omnipotente, enlevant toute possibilité de la contester ; une disqualification facile des adversaires, aisément présentés comme utopistes dangereux, ennemis du peuple, idolâtres du droit.

Ce système est habile (car il flatte ceux-là même qu’il instrumentalise), difficile à combattre et diablement efficace. Mais jusqu’où et jusqu’à quand ? Une première réponse le 28 février.

 

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