01/10/2017

J'ai mal à mon Espagne

Comme il fallait le craindre, Rajoy, pris dans sa fuite en avant, fait parler la violence lors de ce référendum, auquel j'aurais voté non. L'escalade continue donc entre un pouvoir central, qui a méprisé le dialogue et tergiversé pendant longtemps, et un séparatisme qui gagne en radicalité en symétrie, pour aboutir à la situation actuelle qui pourrait bien constituer un point de non-retour.

Une partie de ma famille est en Espagne à Madrid et à Barcelone, j'ai passé toutes mes vacances estivales d'enfant et d'adolescent sur la Costa brava catalane du temps de Franco et je me souviens des récits, glanés çà et là, de la guerre civile, de l'animosité entre la capitale franquiste et la Catalogne républicaine : que de deuils et de douleur ! Que de souffrances transmises de bouche à oreille d'une génération à  l'autre !

Ce qui se préparait depuis quelques mois est arrivé aujourd'hui et les autres pays européens n'ont pu le prévenir : un chef de gouvernement, d'un parti profondément corrompu au vu et su de sa population, a soufflé sur les braises d'une guerre civile qui a tellement traumatisé un pays entier et a ravivé les blessures mal cicatrisées.

Comment a-t-on pu en arriver là ? Comment est-ce possible qu'une solution négociée n'ait pas été sérieusement tentée ? Et maintenant quoi ? Comment sortir de cet affrontement et jusqu'où celui-ci va-t-il se poursuivre ? Quelle responsabilité porte Rajoy et quel gâchis pour ce pays !

J'ai l'impression que mon Espagne a fait un bond de 80 ans dans le passé¦ J'ai mal pour ma famille, pour mes souvenirs et pour tous les Espagnols, catalans ou pas !

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29/09/2017

La grande illusion

Combien pèse la gauche à  Genève et en Suisse ?

A la louche, en se basant sur la répartition des parlements et en excluant le MCG (même s'il fait parfois alliance avec elle), un tiers pour celle-là  et un petit 30% pour celle-ci.

A cette aune, quelle personne de gauche peut-elle raisonnablement croire que la future réforme des retraites profitera aux femmes et aux salariés ? Qui peut honnêtement affirmer que l'égalité salariale sera réalisée avant que les femmes ne travaillent jusqu'à  65 ans ? Qui peut prétendre à la population qu'elle a obtenu une grande victoire qui lui sera profitable par la suite ? Comment pouvoir concevoir que le compromis centriste balayé, la prochaine loi ne penchera pas à droite ? Eh bien, au mépris de toute logique, la gauche genevoise, en total décalage avec la position de ses partis nationaux, a célébré en ces termes le résultat de la votation du 24 septembre !

A cette aune, quel membre du Cartel genevois peut-il sérieusement envisager que la primauté des prestations de la CPEG (caisse de retraite du personnel de l'Etat) sera soutenue en votation par une majorité de la population dont la partie active est soumise à 95% à  la primauté des cotisations ? Eh bien, l'assemblée du Cartel a sèchement refusé le plan du Conseil d'Etat qui renflouait pourtant la caisse à hauteur de 4,8 milliards, accrochée à son privilège !

A cette aune enfin, quel socialiste ou vert peut-il affirmer sans rougir que la loi sur les TPG votée à  la dernière séance est favorable au développement de ceux-ci ? Comment oser grever un budget déficitaire de 30 millions supplémentaires tout en verrouillant les nécessaires améliorations futures, en particulier celles qui seront commandées par la mise en route du Léman Express ? Eh bien, une majorité de circonstance (EàG, PS, MCG et Verts) l'a réalisé le 21 septembre au Grand-Conseil !

Une question me taraude depuis mon entrée en politique et au parlement : mes ex-camarades de gauche ne sont pas dénués de logique ni de capacité de réflexion et ont conscience du rapport de force politique ; à quelques exceptions près, ils ne rêvent plus au Grand Soir, ni à l'émergence d'une une politique toute à gauche à Genève, a fortiori en Suisse. Pourquoi donc entretenir cette grande illusion vis-à-vis d'une partie de la population, leur électorat ?

Après 4 ans de pratique, je peux risquer une réponse : par stratégie politique ! En effet, le gâteau des voix n'est pas extensible, le socle des votants à gauche ne va pas varier beaucoup, sauf pour un ou deux coups, comme RIE III ou P 2020, grâce à l'alliance des extrêmes. La concurrence est par conséquent féroce entre les partis, avec comme corolaire la surenchère, pour apparaître comme le champion de la gauche. A ce jeu, Ensemble à Gauche qui lutte pour sa survie a entraîné le PS et les Verts à  se positionner contre leurs partis nationaux et à soutenir, voire à  élaborer, des projets de lois dommageables pour le bien commun, le MCG à  défendre une approche sociale sectorielle qui pourrait lui coûter très cher et l'ensemble du parlement genevois à  tanguer méchamment, incapable de définir une majorité cohérente face à la situation de notre canton qui en aurait pourtant bien besoin.

Personnellement, je me refuse à faire de la politique magique, je ne peux cautionner l'entretien d'une illusion, si belle soit-elle. Le PDC, mon nouveau parti, aussi.

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19/09/2017

Après l'internement, l'interdiction à vie

L'élaboration de la loi d'application de l'initiative dite de la « Marche blanche » arrive à  bout touchant. Contrairement à l'avis du Conseil Fédéral, le 18 mai 2014, le peuple, à  63,5%, et tous les cantons plébiscitent ce texte qui introduit, pour des personnes ayant abusé de mineurs,  l'interdiction à  vie  de travailler, professionnellement ou bénévolement, dans une place qui les met en contact avec cette population. Plus de trois ans plus tard, le Conseil des Etats vient de proposer sa loi d'application, durcie par sa majorité ; elle balaie l'interprétation qui ne concernerait que les pédophiles au sens psychiatrique du terme, l'étend aux adultes vulnérables et renonce au réexamen de l'interdiction professionnelle au bout de 10 ans.  Le Conseil national doit encore se prononcer, mais nul doute que sa majorité rejoindra celle des Etats.

La ressemblance entre cette initiative et celle de 2004 pour l'internement à  vie des délinquants criminels dangereux est frappante. Toutes deux nées d'une compréhensible émotion populaire face à  des actes abjects[1] , ayant rencontré de grosses difficultés pour leur mise en application car incompatibles avec la CEDH (Convention européenne des droits humains) et donc nécessitant un travail parlementaire en profondeur, elles réclament toutes deux une sanction à  vie qui pose problème aux principes mêmes du droit dans une démocratie. Essentiellement par leur caractère automatique et général qui contrevient au critère de proportionnalité et à  l'indépendance de jugement qui doit être garantie dans la tenue de tout procès. La récusation du premier tribunal qui a jugé Fabrice A., à  Genève en octobre 2016, pour manque d'impartialité en fournit une bonne illustration.

Certes, le peuple est souverain dans son pouvoir législatif, mais celui-ci est limité, séparation des pouvoirs oblige, par le judiciaire. Celui-ci garantit un traitement individuel de chaque cas, une appréciation de sa gravité et de sa sanction de la part de juges, impartiaux et indépendants. Contrairement à  ce que pense Thomas Minder, le peuple ne peut pas simplement dire blanc ou noir et en exiger une application aveugle, contrairement à  ce que pense Stefan Engler[2], le risque existera toujours pour la société, celui d'entraîner un dysfonctionnement de notre justice, troisième pilier de notre démocratie.

A lire le projet concocté par la majorité des Etats, on se rend compte que le souci de complaire à  l'émotion populaire a prévalu ; reste maintenant à  observer, lorsque la loi d'application aura été promulguée, comment l'interprétera le Tribunal Fédéral lors des premiers recours. Jusqu'à  présent, il a accepté les 5 recours déposés contre l'internement à  vie.

 

[1] Werner Ferrari avait révolté l'opinion publique : en 1971, il tue un enfant de dix ans dans le canton de Bâle-Campagne. Il est condamné à  quatorze ans de prison, mais libéré pour bonne conduite en 1979. Accusé du meurtre d'une jeune fille de 12 ans commis 6 mois après, il sera finalement acquitté en deuxième instance, mais commettra quand même 3 assassinats d'enfants entre 7 et 12 ans dans les années 80.

[2] Propos rapportés dans l'édition de la TdG du 19 septembre 2017, p. 7.

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