25/06/2016

Du "prochain" au "proche"

Face à la peur de la mort qui frappe tout être humain, les religions ont tenté de rassurer avec des concepts tels que le paradis, la réincarnation, la résurrection etc… A l’appui, elles ont mis en avant des valeurs spirituelles et morales qui imprègnent la culture qu’elles nous ont apportée.

Pour l’Occident chrétien – je ne connais pas assez les autres religions pour établir des parallèles-, la notion de « prochain »[1] en est une, particulièrement importante. Elle commande, en effet, non seulement la charité sociale, mais aussi, et surtout, représente une barrière morale contre la violence en général et la guerre en particulier. Si chacun aime chacun, la paix et la concorde règneront sur terre, idéal qu’on ne peut qu’approuver.

Evidemment, à l’heure de la mondialisation, de la globalisation, du brassage des populations,  le « prochain » que nous allons rencontrer peut-être de n’importe quel pays, de n’importe quelle couleur, comme le chante Lavilliers.

Or, le Brexit, les réactions des partis et mouvements eurosceptiques  confirment un glissement sémantique du « prochain » au « proche » ; que celui-ci soit l’insulaire face au continental, le national face à l’étranger, le Suisse face à l’Européen pour l’UDC, le Genevois face au frontalier pour le MCG,  la préférence est proclamée, la priorité établie, le repli sur les siens revendiqué. L’on se bat pour ses proches contre ceux qui sont plus éloignés.

La valeur universelle initiale visait la paix et la concorde entre les hommes et entre les peuples. La nouvelle valeur du « proche », avec sa fonction de déculpabilisation morale, ne peut entraîner que l’inverse.

Que l’on soit athée ou croyant, il devient urgent de retrouver l’histoire et la culture de l’Europe qui a su, en dépit d’énormes écueils (comme le nazisme par exemple), évoluer vers une terre d’accueil et d’ouverture. En ce sens, l’enseignement de l’histoire, comme celui du fait religieux, prennent une importance primordiale, ici et ailleurs.

 

[1] « Aime ton prochain comme toi-même ! » est encore présent dans bien des esprits européens.

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17/06/2016

Quel budget pour 2017?

Crise des migrants, Europe menacée de fragmentation, attentats islamistes imprévisibles et récurrents, chaos chez notre grand voisin, découverte de l’hooliganisme de l’Est et résurgence de l'anglo-saxon, entre autre, décidément notre environnement  devient de plus en plus anxiogène. Face à la peur, la partie archaïque de notre cerveau dit reptilien[1] réagit de façon binaire, et nous commande soit la fuite, soit l’attaque. Mais la première revient à faire un déni de la réalité, la seconde à enclencher une escalade de la violence, toutes deux ne résolvant rien au final.

A Genève, la droite est obnubilée par la dette et les conséquences financières de RIE III, la gauche effrayée par la politique « d’austérité » que représente toute diminution dans les prestations sociales, comme le démontre le dernier projet de loi socialiste qui veut augmenter les subventions « logement » des personnes à l’aide sociale. Ces peurs politiques s’additionnent à celles qui proviennent du contexte actuel et forment un climat délétère pour la conduite des affaires de l’Etat et celle de notre canton.

Pourtant, nous vivons toujours une situation privilégiée, dans un pays tenu (encore ?) à l’écart des affres économiques et sociales que connaissent la plupart des autres pays européens. La peur qui rôde risque de nous amener à des affrontements stériles droite-gauche, particulièrement négatifs en ce qui concerne la concrétisation des choix politiques de gouvernance que représente le budget 2017.

D’aucuns diront que faire de la politique, c’est défendre ses convictions, sans transiger. Ma conviction personnelle  primordiale, c’est qu’un élu est au service de la population dans son ensemble et se doit de tout mettre en œuvre pour trouver la meilleure, ou la moins pire, c’est selon, des solutions aux problèmes qu’elle rencontre. Deuxième conviction forte : la Vérité n’existe pas, elle ne sort pas nue du puit mais résulte de la recherche d’un consensus (marque de fabrique de l’histoire politique suisse) qui garantit la prise en compte de vérités différentes, certes atténuées du coup, mais représentatives de l’ensemble de la population. Enfin, une évidence : plusieurs cerveaux valent mieux qu’un seul, si performant soit-il. Je vous l’accorde, ma conception est très helvético-suisse et s’éloigne beaucoup de celle des fastes, frasques et alternances du voisin qui nous entoure.

Pour revenir à l’élaboration du budget 2017, je suis convaincu que nous devons sortir de la peur, oser mettre de côté les querelles idéologiques que celle-ci stimule et rechercher avec une forte détermination un budget consensuel.  Comment ? L'élaboration du contre-projet sur la mobilité, adopté largement par la population lors des dernières votations, peut être un modèle à suivre. Serait-il possible que la commission des finances du Grand Conseil crée une sous-commission avec le mandat de partir des éléments qui suscitent l'accord, tout en négociant les désaccords, avec la participation évidemment du grand argentier et de ses services ?

 

[1] Pour ceux que la structure du cerveau intéresse, voir http://tecfa.unige.ch/tecfa/teaching/UVLibre/0001/bin27/c11.htm

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30/04/2016

Les tribuns, comme les histoires d'amour, finissent mal en général

« Danton est une des figures majeure de l'historiographie de la Révolution française, tout comme Mirabeau, avec qui il partage un prodigieux talent oratoire et un tempérament impétueux, avide de jouissances (les ennemis de la Révolution l'appellent « le Mirabeau du ruisseau »), ou comme Robespierre, à qui tout l’oppose, le style, le tempérament et le type de talent. Il incarne la « Patrie en danger » dans les heures tragiques de l’invasion d’août 1792, quand il s'efforce de fédérer contre l'ennemi toutes les énergies de la nation et d'user de tous les expédients : pour vaincre, dit-il, « il nous faut de l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace, et la France sera sauvée ! », et il n'hésite pas, par pragmatisme, à entamer des négociations secrètes avec les monarques coalisés pour négocier une paix rapide. » cit. Wikipédia.

Toute ressemblance avec un tribun genevois actuel n’est pas une coïncidence fortuite. Le MCG doit son existence et sa progression à Stauffer  qui le fonde en 2005, avec Georges Letellier. Avec son style « dantonesque », le tribun local va électriser à la fois une partie de l’électorat et ses troupes. Avec son physique mi-docker, mi-mafieux, ses coups de gueule retentissants et son leadership absolu, mais aussi un flair politique certain, il conduit son parti dans sa fulgurante ascension :

Année

Élections

Pourcentage

Sièges

2005

Grand Conseil

7,7 %

9

2007

Conseil national

2,5 %

0

2009

Grand Conseil

14,74 %

17

2011

Conseil national

9,78 %

1

2013

Grand Conseil

19,23 %

20

Conseil d'État

-

1

A l’évidence, le tribun local joue un rôle politique de bélier, frappant de toutes ses forces les défenses adverses, ce qui profite à d’autres membres, apparaissant forcément moins agressifs et conflictuels, qui sont élus, qui au Conseil d’Etat, qui au Conseil national.

Mais un bélier, c’est fait pour détruire, pas pour construire ! Après une dizaine d’années de succès, le MCG se trouve face aux limites de sa progression solitaire ; il lui faut des alliés (ce sera la nouvelle force avec l’UDC ou certains accords avec le PLR) et gagner une crédibilité de parti gouvernemental.  Or, un tribun populaire, ça ne se recycle pas (c’est d’ailleurs pourquoi les Verts n’en ont pas…) et ça peut devenir dérangeant s’il refuse de s’effacer.

Danton est guillotiné le 5 avril 1794 par les siens, il y a donc 222 ans. En 1799, Bonaparte fait son coup d’état du 18 brumaire pour s’emparer du pouvoir. Que sera le MCG dans 5 ans ?

 

13:22 Publié dans Air du temps, Genève, Humeur | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | | |