28/09/2013

A qui profite le voile?

Sur son blog :

http://pierreweiss.blog.tdg.ch/archive/2013/09/28/les-verts-voilent-un-voile-vert-247732.html

Monsieur Weiss se livre à un étrange distinguo sémantique : il revendique le droit à l’anti-islamisme qui se démarquerait de l’islamophobie. Tiens donc, comment réagirait le vice-président de la LICRA si un révisionniste ou un négativiste revendiquait la même différence entre antisémitisme et sémitophobie ? Expliquerait-il à un Copte qu’il lui faut distinguer  dans les tourments qu’endure cette communauté égyptienne l’antichristianisme de la christianophobie ?  A l’évidence, il s’agit dans tous les cas d’exprimer un sentiment de rejet d’une religion ; soit dit en passant, ce n’est pas le cas de l’antifascisme, que M. Weiss convoque à son bénéfice, qui marque, lui, le rejet d’un régime politique.

 

En outre, à la peine avec les signes, il croit déceler une stratégie verte pour masquer le foulard d’une de nos candidates. Les Verts auraient donc conçu tout leur concept graphique de campagne pour voiler une des 42 candidates au Grand Conseil ? Soyons sérieux ! Les Verts ont défini leur communication en noir et blanc, avec la seule touche verte de couleur des slogans, pour signifier que les personnes importent moins que les idées qu’elles défendent.  Evidemment, je peux comprendre que M. Weiss n’ait pu l’appréhender !

 

Le rejet patent de l’Islam en tant que religion dont fait preuve le député PLR débouche sur sa croisade contre le foulard à l’école, écœurante et dangereuse.

Écœurante parce qu’il prend en otages des jeunes filles dans un âge où tout adolescent doit construire son identité et les place dans un conflit de loyauté inadmissible : ou bien elles se conforment à leur famille et sont interdites de scolarité publique, ou bien elles enlèvent leur foulard pour pouvoir aller à l’école avec leurs amis de quartier et elles trahissent leurs parents.

 

Dangereuse parce que tourner le dos à une attitude genevoise qui a maintenu l’harmonie religieuse entre les élèves (tout en exigeant la laïcité extérieure des enseignants) au long des décennies passées, comporte un gros risque : celui de radicaliser négativement l’image de Genève, jusqu’à présent nuancée et tolérante sur le plan religieux. Or,  il y a beaucoup plus à perdre (conférences de paix ou tranquillité face au terrorisme) qu’à gagner (des voix pour M. Weiss) dans le durcissement réclamé.

20:15 Publié dans Air du temps, Genève | Lien permanent | Commentaires (26) | |  Facebook | | | |

19/09/2013

C’est ça, la politique ?

 

Rétablissons la peine de mort !

Enfermons à vie tous les délinquants sexuels !

Rayons la psychiatrie  de la médecine !

Crucifions Maudet, Unger ou Hodgers !                                                                                  

Infinie vacuité,  incommensurable vanité.

La vie humaine est unique, singulière. Comment oser  la ramener à de tels slogans ? Comment la réduire à une idée programmatique politique ou à une manœuvre électoraliste ?

A mes yeux, seuls celles et ceux qui l’ont connue peuvent exprimer publiquement leur peine parce que ce sont les seuls à l’avoir appréhendée dans sa singularité. Aux autres, il nous reste l’émotion personnelle issue du sentiment de fraternité  humaine, à gérer en soi, chacun pour soi ou avec ses proches.

L’émotion n’a pas d’autre valeur que ce que je ressens. Qui  peut me dire que la mienne vaut davantage que la tienne, ou le contraire ? En jouer politiquement, c’est à la fois orgueilleux et dangereux ; cela fait croire à une forme de gouvernement qui concrétiserait, dans sa législation, les émotions de sa population. Or, la réalité d’un monde complexe ne peut être approchée par ce biais-là ; très vite, elle se rebellera, interdira les solutions simplistes et exigera le recours à la raison, à la concertation, aux nuances, aux compromis. Et alors que diront les émotifs ? « Mais que font-ils ? Ils nous ont trahis ! ». Jusqu’à  la prochaine manipulation de l’émotion ou au discrédit total de la classe politique…

S’il vous plaît, Mesdames et Messieurs qui, comme moi, voulez être au service de la république, contenez-vous !

Laissez aux intimes  l’expression des émotions ! Puis, passé ce moment, essayons ensemble d’en dégager rationnellement les leçons  et, modestement, tentons d’amener  des améliorations !

19:44 Publié dans Air du temps, Genève, Humeur | Lien permanent | Commentaires (8) | |  Facebook | | | |

15/09/2013

L'accueil continu, continu, continu...

Le 28 novembre 2010, la population acceptait avec enthousiasme la loi sur l’accueil continu des élèves : 81,1% de oui  de l’école obligatoire, CO compris. Comment pouvait-il en être autrement  lorsque l’immense majorité des parents doivent ou veulent travailler ? Sa concrétisation est en cours, mais doit affronter beaucoup d’obstacles avant sa réalisation ; lorsque ce sera le cas, une nouvelle mission particulière incombera à l’école, sans rapport direct avec l’enseignement.

Imaginons, de manière un peu caricaturale,  la journée d’école d’un élève de 14 ans que nous appellerons  Abdo.

6 heures : le réveil sonne, rien.

6h 30 : devant la menace paternelle du verre d’eau, Abdo finit par se lever.  Vite, faire son sac ! « Où ai-je pu mettre ce fichu carnet d’élève ? Bof, tant pis ! ». Pas le temps de déjeuner ni évidemment de se brosser les dents,  le convoi maternel part à 6h45 pile.

7h 05 : Abdo rentre dans la salle d’études ; un prof et quelques élèves s’y trouvent déjà, le premier censé surveiller et aider les seconds à faire leurs devoirs. « Tu es en retard ! L’étude commence à 7h ! »  Abdo sort nonchalamment  un cahier, l’ouvre, appuie son visage contre la paume de sa main et, comme les autres, gribouille vaguement quelques réponses, entre une conversation avec sa voisine et un bâillement.

8h : cours de maths, Abdo ressent des gargouillis dans son ventre et peine à se concentrer. 2 heures de maths, c’est long et dur !

9h 30 : ouf, la récréation. Vite un bon petit pain au chocolat, ça va mieux.

9h 45 : tiens, ce n’est pas le prof habituel ? Ah oui, c’est l’éducation routière.  Abdo suit distraitement les explications sur la sécurité.

10h 30 : français. La prof est accaparée par l’élève trisomique, intégré partiellement et très gentil, mais totalement décalé dans les apprentissages. Du coup, l’ambiance devient turbulente, Abdo s’en paie une bonne tranche.

11h 20 : fin des cours et reprise à 13h45.  

Abdo fait partie du premier service à la cafétéria du CO,  aménagée en vitesse et à moindres frais.  Un bruit constant, une assiette labellisée « fourchette verte » dans laquelle Abdo laisse consciencieusement les légumes.

Fin du premier service, il faut se rendre aux activités. Abdo a opté pour le cours d’échecs ; l’animateur, très sympa, tente de montrer un exemple d’ouverture ; la concentration de la dizaine  d’ados présents fluctue selon les matchs de ping-pong qui se déroulent sur les trois tables installées à côté d’eux, dans le hall.

13h45 : cours d’éducation à la santé.  Thème : l’alcool et les drogues ; à la fin, Abdo pense qu’il préfère les cours portant sur l’éducation sexuelle, on rigole davantage avec les copains.

15h 30 : pendant le cours de géographie, le doyen fait irruption dans la classe. «  José, Jean-Michel et Abdo, avec moi dans mon bureau ! ». Abdo n’en mène pas large, il ne savait pas que les parents de Sérafina pouvaient porter plainte pénale contre les moqueries et les insultes envers sa camarade de classe qu’avec ses potes, il écrivait sur Facebook.

16h 20 : les cours sont finis mais pas la journée d’Abdo. A nouveau, cercle d’étude ; faut bien faire ses devoirs et ses parents ont insisté, connaissant la difficulté de les exiger après le repas du soir et pendant la retransmission du match de foot. Bâillements  et gargouillis resurgissent.

17h 30 : basket, chic ! Dans la salle de gym, Abdo peut enfin se défouler physiquement ; quoique, l’entraîneur mandaté par le club de la commune, est très jeune et peine à canaliser ses joueurs, à leur faire respecter les règles. Le jeu est sans cesse arrêté.

18h30 : Abdo grimpe dans la voiture de son père ; comme la plupart de ses copains, il n’a pas pris de douche…

 

Abdo aura passé 11 heures et demi dans son établissement scolaire, reconductibles 3 fois dans la semaine, le mercredi après-midi de congé étant consacré à de nouvelles  activités, mais extrascolaires… Son école aura pris en charge, outre l’enseignement, des pans éducatifs entiers qui  reviennent pourtant aux parents en priorité.  N’y a-t-il pas là un déséquilibre qui s’amplifie ? Où sont les plages de liberté et de repos pour nos ados ? Voulez-vous vraiment inscrire votre fils ou votre fille à l’accueil continu ?

13:45 Publié dans Air du temps, Genève, Humeur | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | | |