19/09/2013

C’est ça, la politique ?

 

Rétablissons la peine de mort !

Enfermons à vie tous les délinquants sexuels !

Rayons la psychiatrie  de la médecine !

Crucifions Maudet, Unger ou Hodgers !                                                                                  

Infinie vacuité,  incommensurable vanité.

La vie humaine est unique, singulière. Comment oser  la ramener à de tels slogans ? Comment la réduire à une idée programmatique politique ou à une manœuvre électoraliste ?

A mes yeux, seuls celles et ceux qui l’ont connue peuvent exprimer publiquement leur peine parce que ce sont les seuls à l’avoir appréhendée dans sa singularité. Aux autres, il nous reste l’émotion personnelle issue du sentiment de fraternité  humaine, à gérer en soi, chacun pour soi ou avec ses proches.

L’émotion n’a pas d’autre valeur que ce que je ressens. Qui  peut me dire que la mienne vaut davantage que la tienne, ou le contraire ? En jouer politiquement, c’est à la fois orgueilleux et dangereux ; cela fait croire à une forme de gouvernement qui concrétiserait, dans sa législation, les émotions de sa population. Or, la réalité d’un monde complexe ne peut être approchée par ce biais-là ; très vite, elle se rebellera, interdira les solutions simplistes et exigera le recours à la raison, à la concertation, aux nuances, aux compromis. Et alors que diront les émotifs ? « Mais que font-ils ? Ils nous ont trahis ! ». Jusqu’à  la prochaine manipulation de l’émotion ou au discrédit total de la classe politique…

S’il vous plaît, Mesdames et Messieurs qui, comme moi, voulez être au service de la république, contenez-vous !

Laissez aux intimes  l’expression des émotions ! Puis, passé ce moment, essayons ensemble d’en dégager rationnellement les leçons  et, modestement, tentons d’amener  des améliorations !

19:44 Publié dans Air du temps, Genève, Humeur | Lien permanent | Commentaires (8) | |  Facebook | | | |

15/09/2013

L'accueil continu, continu, continu...

Le 28 novembre 2010, la population acceptait avec enthousiasme la loi sur l’accueil continu des élèves : 81,1% de oui  de l’école obligatoire, CO compris. Comment pouvait-il en être autrement  lorsque l’immense majorité des parents doivent ou veulent travailler ? Sa concrétisation est en cours, mais doit affronter beaucoup d’obstacles avant sa réalisation ; lorsque ce sera le cas, une nouvelle mission particulière incombera à l’école, sans rapport direct avec l’enseignement.

Imaginons, de manière un peu caricaturale,  la journée d’école d’un élève de 14 ans que nous appellerons  Abdo.

6 heures : le réveil sonne, rien.

6h 30 : devant la menace paternelle du verre d’eau, Abdo finit par se lever.  Vite, faire son sac ! « Où ai-je pu mettre ce fichu carnet d’élève ? Bof, tant pis ! ». Pas le temps de déjeuner ni évidemment de se brosser les dents,  le convoi maternel part à 6h45 pile.

7h 05 : Abdo rentre dans la salle d’études ; un prof et quelques élèves s’y trouvent déjà, le premier censé surveiller et aider les seconds à faire leurs devoirs. « Tu es en retard ! L’étude commence à 7h ! »  Abdo sort nonchalamment  un cahier, l’ouvre, appuie son visage contre la paume de sa main et, comme les autres, gribouille vaguement quelques réponses, entre une conversation avec sa voisine et un bâillement.

8h : cours de maths, Abdo ressent des gargouillis dans son ventre et peine à se concentrer. 2 heures de maths, c’est long et dur !

9h 30 : ouf, la récréation. Vite un bon petit pain au chocolat, ça va mieux.

9h 45 : tiens, ce n’est pas le prof habituel ? Ah oui, c’est l’éducation routière.  Abdo suit distraitement les explications sur la sécurité.

10h 30 : français. La prof est accaparée par l’élève trisomique, intégré partiellement et très gentil, mais totalement décalé dans les apprentissages. Du coup, l’ambiance devient turbulente, Abdo s’en paie une bonne tranche.

11h 20 : fin des cours et reprise à 13h45.  

Abdo fait partie du premier service à la cafétéria du CO,  aménagée en vitesse et à moindres frais.  Un bruit constant, une assiette labellisée « fourchette verte » dans laquelle Abdo laisse consciencieusement les légumes.

Fin du premier service, il faut se rendre aux activités. Abdo a opté pour le cours d’échecs ; l’animateur, très sympa, tente de montrer un exemple d’ouverture ; la concentration de la dizaine  d’ados présents fluctue selon les matchs de ping-pong qui se déroulent sur les trois tables installées à côté d’eux, dans le hall.

13h45 : cours d’éducation à la santé.  Thème : l’alcool et les drogues ; à la fin, Abdo pense qu’il préfère les cours portant sur l’éducation sexuelle, on rigole davantage avec les copains.

15h 30 : pendant le cours de géographie, le doyen fait irruption dans la classe. «  José, Jean-Michel et Abdo, avec moi dans mon bureau ! ». Abdo n’en mène pas large, il ne savait pas que les parents de Sérafina pouvaient porter plainte pénale contre les moqueries et les insultes envers sa camarade de classe qu’avec ses potes, il écrivait sur Facebook.

16h 20 : les cours sont finis mais pas la journée d’Abdo. A nouveau, cercle d’étude ; faut bien faire ses devoirs et ses parents ont insisté, connaissant la difficulté de les exiger après le repas du soir et pendant la retransmission du match de foot. Bâillements  et gargouillis resurgissent.

17h 30 : basket, chic ! Dans la salle de gym, Abdo peut enfin se défouler physiquement ; quoique, l’entraîneur mandaté par le club de la commune, est très jeune et peine à canaliser ses joueurs, à leur faire respecter les règles. Le jeu est sans cesse arrêté.

18h30 : Abdo grimpe dans la voiture de son père ; comme la plupart de ses copains, il n’a pas pris de douche…

 

Abdo aura passé 11 heures et demi dans son établissement scolaire, reconductibles 3 fois dans la semaine, le mercredi après-midi de congé étant consacré à de nouvelles  activités, mais extrascolaires… Son école aura pris en charge, outre l’enseignement, des pans éducatifs entiers qui  reviennent pourtant aux parents en priorité.  N’y a-t-il pas là un déséquilibre qui s’amplifie ? Où sont les plages de liberté et de repos pour nos ados ? Voulez-vous vraiment inscrire votre fils ou votre fille à l’accueil continu ?

13:45 Publié dans Air du temps, Genève, Humeur | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | | |

10/09/2013

La première(?) lettre d'insultes

Il y a quelques mois, la TdG a publié une lettre de lecteur de ma plume sur la sécurité, « Les Yaka sécuritaires », dans laquelle je dénonçais les solutions  simplistes prônées face à un problème complexe.

Deux jours plus tard, je trouvais dans ma boîte une lettre d’insultes, m’intimant grossièrement de me taire, accompagnée d’un flyer délavé titré « Vieillards impotents,  vous pouvez encore être utiles au pays. Dénoncez vos voisins. ».

Au-delà du petit choc ressenti, une interrogation me taraude : comment être à ce point submergé par l’émotion, réagir aussi violemment face à des idées qui n’avaient pourtant rien de bien agressif ?

Certes, le sentiment d’insécurité est très répandu et forcément désagréable à porter, Genève n’est plus la ville d’il y a vingt ans, mais pouvait-il en être autrement ?

Ce type d’irruption émotionnelle me paraît devenir de plus en plus fréquent : si le logiciel SIGNA révèle le faible taux de violence dans les écoles, si seuls 5% des élèves du CO présentent des problèmes de comportement, il y a parmi eux des jeunes qui ne connaissent aucune limite, se laissent submerger par l’émotion et deviennent alors dangereux pour les autres et pour eux-mêmes. Comme pour certains parents, d’ailleurs, voire pour certains politiciens (cf. la note « Crier ou savoir travailler » sur le blog de Magali Origo), leur sentiment tient lieu de vérité. Je ressens, donc je suis !

Daniel Coleman  a dénoncé ce glissement de l’âge de la raison à celui de l’émotion dans un livre traduit en français sous le titre « L’intelligence émotionnelle » au milieu des années 90. Les conséquences nous deviennent de plus en plus perceptibles, alimentées par un battage médiatique intense (émissions de téléréalité, par exemple) qui accréditent la valeur du sentiment, du ressenti personnel, au détriment de celle des idées.

Or, l’exploitation des émotions et des sentiments représente une stratégie politique payante, même dans notre pays et dans notre canton, en témoignent les succès de l’UDC et du MCG.  J’espère que le futur parlement genevois comptera une majorité de députées et de députés qui préféreront le débat d’idées, la confrontation d’arguments rationnels,  au choc des émotions, à l’outrance des sentiments.

18:00 Publié dans Air du temps, Genève, Humeur | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Facebook | | | |