18/10/2013

Contrôle versus humanité

La démission de la directrice de l’Office cantonal de détention, diplômée en finance et controlling, fait écho à d’autres mises sur la touche dans le même secteur, dans un passé plus ou moins récent : la directrice de La Clairière, pasteure de formation, et celle de la directrice de La Pâquerette, que je suppose médecin spécialisé.

Deux profils très différents, le premier axé sur les résultats chiffrés, les procédures et le contrôle, l’autre sur la prise en compte de l’être humain dans sa singularité. Mais le même résultat, désolant pour les 3 personnes, jugées inaptes par le pouvoir politique, malgré les artifices oratoires qu’il utilise, et par le public.

A l’évidence, la gestion d’une population humaine, sensible qui plus est, essentiellement par le biais  de directives et de contrôles renforcés n’est pas la solution. Tout comme l’est celle qui privilégie l’empathie et la confiance au détriment des risques encourus.

Simple bon sens : le tout est de savoir où placer le curseur entre ces deux pôles.

Mais là où l’affaire devient complexe, c’est lorsque s’ajoutent les pressions médiatiques et d’une partie de la population sur le thème de la sécurité, avec leurs inévitables répercussions au niveau de la politique en général et du magistrat en charge du département, en particulier ; l’erreur est interdite, elle devient une faute pour la responsable administrative et s’avère fatale. Bien sûr, les manquements dans l’affaire de la sociothérapeute sont incompréhensibles, peut-être provoqués par un trop plein de directives et procédures ressenties comme déshumanisantes ; en revanche, des évasions d’un centre d’incarcération pour mineurs sont inévitables et font partie intégrante des risques du métier.

Risque, c’est bien là le maître mot : le risque zéro n’existe pas, création intellectuelle abstraite et simplificatrice de l’existence en société. Dès lors, il s’agit d’évaluer le risque et de le gérer, à tous les niveaux, sans que l’un se défausse sur l’autre.

Concrètement, chaque membre de la chaîne devrait d’abord faire une estimation du risque encouru, puis le partager avec son supérieur hiérarchique; en fonction de l’importance de la situation, le partage devrait aboutir au plus haut échelon.

Dès lors, le Conseiller d’Etat serait à même de répondre, en toute connaissance de cause, aux questions des medias et du public, en expliquant clairement la position prise - quitte à ce qu’elle soit impopulaire-,  la partie qui respecte les procédures et celle qui respecte l’humain. Exercice certes délicat et périlleux qui demande une qualité rare, le courage, mais exercice salutaire dans le sens où il indique lisiblement une ligne politique et où il rétablit ce qui fait défaut actuellement dans les rouages de l’Etat, la confiance.

On me rétorquera que les risques apparaissent souvent dans des situations d’urgence, pendant lesquelles il n’est pas possible de contacter son supérieur sur le champ. C’est vrai et cela plaide pour un autre volet, celui de la formation aux risques, qui devrait être donnée à tous les acteurs, qui anticiperait les situations d’urgence et dégagerait des réponses concertées à apporter le moment venu.

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11/10/2013

Handicap et société

 

Vous trouverez ci-dessous le texte de la lettre de lecteur publiée par la TdG aujourd’hui sous le titre « Des signatures éloquentes ».

 

La Fégaph (fédération genevoise d’associations genevoises de personnes handicapées et de leurs proches) a proposé aux candidats du Grand Conseil de soutenir son « Manifeste pour une Genève qui facilite la vie des personnes en situation de handicap et à mobilité réduite ». http://fegaph.ch/manifeste-2013-2018/

 

Les résultats qu’elle vient de publier sont intéressants à considérer selon la logique des trois blocs au prochain législatif :

Alternative (EaG, PS et LV), 32 des 34 députés élus ont signé le manifeste.

 

Entente (PDC et PLR), 17 sur 35.

 

UDC et MCG, 3 sur 31.

Ces chiffres parlent d’eux-mêmes. Qui désire mener une politique sociale ? Qui souhaite une société qui accepte les différences? Qui se préoccupe de ceux qui n’ont pas eu de chance ?

Quel type de société souhaitez-vous ? A chacun de choisir son exécutif le 10 novembre, après ce sera trop tard. 

Jean-Michel Bugnion, député Les Verts

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28/09/2013

A qui profite le voile?

Sur son blog :

http://pierreweiss.blog.tdg.ch/archive/2013/09/28/les-verts-voilent-un-voile-vert-247732.html

Monsieur Weiss se livre à un étrange distinguo sémantique : il revendique le droit à l’anti-islamisme qui se démarquerait de l’islamophobie. Tiens donc, comment réagirait le vice-président de la LICRA si un révisionniste ou un négativiste revendiquait la même différence entre antisémitisme et sémitophobie ? Expliquerait-il à un Copte qu’il lui faut distinguer  dans les tourments qu’endure cette communauté égyptienne l’antichristianisme de la christianophobie ?  A l’évidence, il s’agit dans tous les cas d’exprimer un sentiment de rejet d’une religion ; soit dit en passant, ce n’est pas le cas de l’antifascisme, que M. Weiss convoque à son bénéfice, qui marque, lui, le rejet d’un régime politique.

 

En outre, à la peine avec les signes, il croit déceler une stratégie verte pour masquer le foulard d’une de nos candidates. Les Verts auraient donc conçu tout leur concept graphique de campagne pour voiler une des 42 candidates au Grand Conseil ? Soyons sérieux ! Les Verts ont défini leur communication en noir et blanc, avec la seule touche verte de couleur des slogans, pour signifier que les personnes importent moins que les idées qu’elles défendent.  Evidemment, je peux comprendre que M. Weiss n’ait pu l’appréhender !

 

Le rejet patent de l’Islam en tant que religion dont fait preuve le député PLR débouche sur sa croisade contre le foulard à l’école, écœurante et dangereuse.

Écœurante parce qu’il prend en otages des jeunes filles dans un âge où tout adolescent doit construire son identité et les place dans un conflit de loyauté inadmissible : ou bien elles se conforment à leur famille et sont interdites de scolarité publique, ou bien elles enlèvent leur foulard pour pouvoir aller à l’école avec leurs amis de quartier et elles trahissent leurs parents.

 

Dangereuse parce que tourner le dos à une attitude genevoise qui a maintenu l’harmonie religieuse entre les élèves (tout en exigeant la laïcité extérieure des enseignants) au long des décennies passées, comporte un gros risque : celui de radicaliser négativement l’image de Genève, jusqu’à présent nuancée et tolérante sur le plan religieux. Or,  il y a beaucoup plus à perdre (conférences de paix ou tranquillité face au terrorisme) qu’à gagner (des voix pour M. Weiss) dans le durcissement réclamé.

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