05/04/2014

Questions autour d'une initiative 2

 

La réforme du droit pénal paraît à mes yeux satisfaire l’enjeu de protection renforcée de nos enfants face aux crimes de pédophilie, tout en l’étendant à d’autres catégories comme la traite d’êtres humains (prostitution enfantine et adulte) ou les violences sexuelles contre les femmes (viols, contraintes).  Toutefois la Marche blanche a choisi de ne pas retirer l’initiative en porte à faux avec le droit international.  Est-ce donc que l’émotion légitime doit primer sur la raison ? Est-ce, consciemment ou inconsciemment, appui à la politique isolationniste de l’UDC qui soutient fortement le texte par ailleurs ? Dans quel carcan idéologique les initiants se sont-ils enfermés ?  Celui qui, à l’instar des partisans de la peine de mort, affirme que plus la sanction est forte, plus elle est dissuasive – axiome non démontré et souvent combattu - ? Celui qui ressuscite la loi du talion, couplant l’intensité de la souffrance des victimes avec le châtiment des criminels ? Celui  qui proclame, comme le fait Blocher, que la souveraineté du peuple ne connaît aucune limite, quitte à se retrouver condamné et marginalisé par les autres pays ? Quoi qu’il en soit, c’est à nouveau une situation regrettable où les outils de la démocratie directe sont dévoyés et plongeront la Suisse dans des embarras extrêmes face aux autres nations, comme l’a fait l’initiative UDC du 9 février. D’ailleurs, les femmes du PDC l’ont bien compris, elles qui appellent au rejet contre leur propre parti.

 

Les nouveaux articles du code pénal approuvés par l’Assemblée fédérale paraissent emplis de bon sens et efficaces. Pourquoi donc n’avoir pas fait figurer l’article 1, en particulier son alinéa 6, comme contre-projet direct à l’initiative ? Le peuple aurait alors pu se prononcer en connaissance de cause.

 

Oui mais voilà, si l’initiative l’emporte, que devient le nouvel article du code pénal opposé comme contre-projet ? Ne perd-t-il pas de facto sa validité ?  Y aurait-il volonté stratégique fédérale d’éviter ce choc en direct ?  Je ne pense pas, car, de toute façon, nous allons nous retrouver dans une situation paradoxale si l’initiative est approuvée : le texte de la marche blanche en opposition avec les  nouveaux articles du code pénal ! Toutefois, j’imagine, sans pouvoir l’affirmer car je ne suis pas juriste, que la primauté de la constitution devrait s’exercer sur le code pénal et que les nouveaux articles de celui-ci deviendront caducs.

 

En définitive, le gouvernement n’aurait-il pas dû jouer le jeu de la franche transparence et présenter un contre-projet direct ? Bien sûr, le risque de perdre était grand, dans cette époque de réactions populaires et politiques émotionnelles. A nouveau, l’UDC et les mouvements alliés ont réussi à paralyser le gouvernement et les autres partis ! Bravo, mais pour quel bénéfice ? Celui de rendre moins efficace la protection de nos enfants et de replonger la Suisse dans une nouvelle problématique face au droit international, avec l’énorme dépense d’énergie politique que demandera son éventuelle résolution ! Encore bravo et merci !

 

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26/03/2014

Le droit? La Suisse s'assoit dessus!

 

Deux occurrences parmi d’autres : le National vote l’application de l’initiative UDC pour le renvoi des criminels étrangers et l’initiative de la Marche Blanche interdit définitivement à tout coupable de pédophilie une profession ou un bénévolat en contact avec des enfants.

Dans les deux cas, deux principes fondamentaux du droit sont mis à mal par l’automaticité de la mesure invoquée : celui de proportionnalité qui commande que tout acte délictueux soit jugé, donc apprécié, par un juge de façon à garantir l’adéquation entre la peine prononcée et le délit commis, et celui du droit à déposer un recours face à toute condamnation.

Les articles 5, alinéa 4, et 13 de la Convention européenne des droits de l’homme, ratifiée par la Suisse le 27.11.1974, garantissent l’exercice du droit de recours, la Constitution fédérale dans son article 5, alinéa 5, garantit, elle, le respect du droit international.

Je ne vais pas me lancer – j’en serai bien incompétent – dans les arguties juridiques entre les monistes (partisans du droit interne subordonné au droit international) et les dualistes (coexistence des deux droits).  Je me borne à faire un constat navrant : une bonne partie de notre population, emmenée par le premier parti du pays qui joue sur ses émotions par ailleurs compréhensibles, choisit de se mettre de plus en plus à l’écart de la communauté internationale.  De fil en aiguille, elle jette les bases d’un isolement juridique, politique et économique qui ne peut être que négatif pour chacun de nous.

 Comment concevoir intellectuellement que l’isolement dans un monde globalisé ne peut être que néfaste ? Ignorons-nous que la Cour internationale des droits de l’homme ne pourra que nous condamner dès  le premier recours déposé par un criminel étranger ou un pédophile ? Croyons-nous vraiment une seconde que la Suisse peut être autosuffisante ?! Voulons-nous devenir la petite Corée du Nord de l’Europe ?!

Cette dérive, habilement orchestrée par l’UDC, nous mène droit dans le mur. Ce qui m’inquiète le plus est l’incapacité de réaction des autres partis politiques, tétanisés par la mainmise émotionnelle de l’UDC sur le peuple, plus particulièrement celui qui ressort sociologiquement de la votation contre l’immigration massive : plutôt campagnard ou villageois, parlant volontiers un dialecte suisse-allemand, de niveau de formation relativement peu  élevé et peu en contact avec l’étranger.

Avec tout le respect que je lui dois, je crains que cette Suisse des 50,3% ne souffre d’un déficit d’informations et de formation, ainsi que d’un excès d’émotivité au détriment de la rationalité.

Je souhaiterais vivement un sursaut politique des autres partis que l’UDC : allez à la rencontre de cette Suisse-là, combattez inlassablement sur le terrain les idées isolationnistes, tentez patiemment de ramener à la raison les prisonniers de l’émotion ! Ne s’agit-il pas là de notre responsabilité politique majeure quant à l’avenir de notre pays ?

 

 

 

 

 

 

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30/01/2014

Lettre à un jeune citoyen genevois, de préférence entre 18 et 25 ans

Salut,

 J’espère que tu ne m’en voudras pas de te tutoyer. Même mes ex élèves de maturité, je ne parvenais pas à les vousoyer… N’y vois aucune marque d’irrespect ou de familiarité, juste une marque d’affection. Eh oui, l’avenir de la Suisse me tient à cœur et toi, tu es cet avenir.

 Oui, je sais, tu n’as pas grand-chose à faire de la politique.  Voter, ça ne sert à rien, de toute façon, « ils » sont tous pourris, ou, au mieux, décatis ! Normal, tes idéaux fraîchement construits n’ont pas eu encore le temps de se frotter valablement à la réalité, tu es entier, intransigeant.

 Justement parlons d’un idéal, celui que chacun de nous porte pour son pays ! Parce qu’au fond de toi, tu l’aimes cette Suisse et ce canton  qui constituent une part de ton identité.

 Alors, tu nous vois comment dans le futur ? Repliés sur nous-mêmes, exclus par exemple des programmes d’échanges internationaux pour les étudiants ? Isolés sur la scène internationale, avec une image de profiteurs égoïstes ? Economiquement limités, particulièrement dans tout le secteur des exportations avec les emplois qu’il représente ? Humainement mal à l’aise face à tes proches au passeport différent ?

 Sans exagération aucune, l’avenir de la Suisse, ton futur, va se jouer dans le sort fait à l’initiative UDC « contre l’immigration massive ». Son résultat conditionnera inévitablement de longues années à venir pour notre pays et te touchera directement, que tu le veuilles ou non. Ne le laisse pas aux mains des autres, plus âgés, plus roublards, plus réalistes !

 Vote avant le 9 février (en plus par internet, c’est facile !) et dis à tes copines et tes copains d’en faire autant ! Montrez-nous quelle Suisse vous voulez demain, car celle-ci vous appartient !

 

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