10/08/2014

Vade retro, Satanas !

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Le Temps du 9 août nous apprend que le parlement de la ville de Zürich  avance l’idée d’ériger un mémorial en souvenir des 79 personnes (dont 75 femmes)   condamnées au bûcher pour faits de sorcellerie, entre 1478 et 1701. Une opposition se manifeste toutefois, venant de certains députés UDC qui doutent que « toutes les victimes aient été irréprochables » …

 

Le Matin Dimanche de ce jour révèle lui que d’autres membres du même parti prônent l’idée de préférence religieuse dans l’accueil des réfugiés victimes de l’Etat islamique (EI), demandant que la Suisse accepte en priorités les chrétiens,  « avec qui nous avons des racines et des valeurs communes ».

 

L’histoire de la sorcellerie est passionnante, non seulement parce qu’elle entraîne l’esprit dans un imaginaire fantasmatique riche et torturé, mais surtout parce qu’elle illustre parfaitement un changement radical dans l’histoire de l’humanité. En effet, les procès des sorcières, bien plus rarement des sorciers (et ce n’est pas un hasard, mais une autre histoire !), sont menés par une Europe dite d’Ancien Régime, avec une vision pyramidale de la société qui reflète celle de l’Eglise et celle des cieux.  Ils sont principalement menés par les tribunaux religieux, surtout ceux de l’Inquisition, et se contentent d’obtenir des aveux, évidemment sous la torture, pour pouvoir condamner à mort. Parfois, ils ont recours au «jugement de Dieu »,  censé désigner si la sorcière soupçonnée l’est bel et bien, par exemple en l’expédiant dans l’eau, lestée d’une grosse pierre. Si elle en réchappe grâce à l’aide de Dieu, c’est qu’elle est innocente ; notez toutefois que, dans certains cas, c’est l’interprétation inverse qui prévaut : elle ne coule pas, c’est donc qu’elle bénéficie de l’aide du diable !

 

A l’évidence, notre société qui sortait, tant bien que mal, du Moyen-Age privilégiait encore une approche intuitive et religieuse du monde. Mais, petit à petit, des voix discordantes se sont élevées, d’abord dans les Parlements où siégeaient juristes et avocats : peut-on condamner à mort sur une intuition, une croyance ? Ne faut-il pas chercher la preuve du délit ? Et c’est ainsi que, progressivement, est apparue l’exigence de la raison qui triomphera au siècle des Lumières, nous conduira à la séparation entre Eglise et Etat, croyances et faits attestés,  intuitions et démarche scientifique.

 

La position des UDC qui refusent le mémorial ou qui établissent une hiérarchie religieuse dans l’asile démontre, à l’évidence, les racines de la pensée politique du parti. Au-delà du conservatisme, elle va puiser son inspiration dans une époque aussi lointaine que révolue, retournant vers l’obscurantisme qu’elle est pourtant la première à dénoncer lorsqu’il s’agit de l’étranger !

 

Impossible de ne pas voir le danger qu’une telle pensée fait courir à notre pays, impossible de ne pas fédérer toutes les forces raisonnables et conscientes de l’évolution historique pour la contrer !

 

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21/06/2014

Poker menteur du Conseil fédéral?

 

La TdG titre en première page de ce jour « Bruxelles ne pourra que siffler la Suisse hors-jeu » et Judith Mayencourt intitule son éditorial « Un poker menteur très risqué ».

Bien sûr qu’il faudra dans un avenir assez proche que le peuple se prononce pour ou contre la poursuite des bilatérales ! Evidemment qu’il existe un risque élevé que la majorité les refuse !

Mais vallait-il mieux poursuivre dans la voie politique précédente ? Subir les initiatives de l’UDC, privilégiant l’émotion et les peurs de la population au détriment du droit international et du bon sens ? Laisser ce parti tétaniser les autres partis et les parlementaires sous la menace du couperet populaire toujours brandi, paralyser les institutions en les forçant à d’incroyables contorsions juridico-politiques, au final toujours jugées insatisfaisantes ? Assister, sans réagir, à l’isolement qui grignote petit à petit  notre pays sur la scène internationale ? Entendre aujourd’hui l’UDC oser se plaindre d’une application rigoureuse du texte de l’initiative « contre l’immigration de masse » ?

L’acceptation de celle-ci entraîne au moins un bénéfice essentiel : celui de ne plus pouvoir jouer le même jeu. Soit une majorité suit le premier parti de Suisse dans son Alleingang, ce que nous tous devrons accepter,  soit l’UDC doit prendre acte que cette démarche est minoritaire ; dans ce cas, ses tentatives politiques d’obstructions stratégiques et de paralysie institutionnelle pourront enfin être renvoyées dans les cordes.

Et surtout, la position du CF change radicalement la donne : pour la première fois, à ma connaissance, il renverse la partie,  prend la main et, en misant « Tapis ! », place l’UDC devant le dilemme qui était auparavant le sien : je paie ou je paie pas ?

J’aime bien la nouvelle partie qui commence.   

 

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13/06/2014

Réponse à un coup de griffe

Voici la lettre à M. Décaillet que j'ai envoyée au GHI, ce jour. Si d'aventure, elle était publiée, le lecture de ce blog vous l'économiserait...

 

Cher Monsieur  Décaillet qui me faites l’honneur, hélas sans me nommer, de votre coup de griffe dans le GHI du 11 et 12 juin 2014,

Que vous défendiez avec vigueur la prise en compte de l’opinion publique, je n’ai évidemment rien à redire ; la vie d’un journaliste indépendant ne doit pas être tous les jours facile et je conçois aisément qu’il se batte aux côtés de ceux qui le regardent ou le lisent.

Sur le fond donc, je ne saurais vous reprocher de ne pas partager mon point de vue sur la démocratie d’opinion. Un regret tout de même, celui de vous voir le simplifier. A mes yeux, l’opinion publique est bien sûr parfaitement en droit de s’exprimer et il n’est pas question de la rabaisser. En revanche, je persiste à dénoncer une récupération politique par les députés qui demandaient la commission d’enquête : élus dans le cadre d’une démocratie délibérative, ils  œuvrent ainsi à contre-emploi, court-circuitent  les procédures institutionnelles,  qu’ils devraient pourtant être les premiers à respecter. A chacun son rôle, le citoyen s’émeut, s’indigne, le député est garant d’un traitement conforme aux lois et aux institutions !

Vous m’avez davantage déçu quant à la forme. Saisir une opinion citoyenne sur un blog de même type et la généraliser pour se gausser et  descendre en flammes l’ensemble d’un parti, c’est léger, trop léger ! Pourquoi diable avez-vous occulté mon nom et ma responsabilité d’expression ? Dois-je comprendre que, pour vous, toute intervention politique, quel qu’en soit le contexte, reflète la pensée de l’ensemble du parti dont elle émane ? Ainsi M. Poggia, fustigeant dans sa fonction de conseiller d’Etat les députés qui réclamaient la CEP, ce qui a eu d’ailleurs le don de vous déplaire, révélerait-il ainsi l’opinion véritable du MCG sur ce sujet ?

Allons, M. Décaillet, j’attends de vous à l’avenir des stratégies à la hauteur de la noblesse de la cause que vous défendez avec tant de verve, celle de l’opinion publique.

 

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