16/03/2018

Une belle âme s'est envolée

Monsieur Gabriel Butty s'en est allé paisiblement; pour beaucoup, une grande page vient de se tourner.

Directeur du CO Voirets durant les années 80 – 90, M. Butty définissait sa fonction comme celle d’un animateur, au sens littéral du terme : porteur et diffuseur de l’«anima», l’âme en latin, d’un collège. Effectivement, une bonne école ne peut se réduire à un collectif d’apprentissage scolaire ; elle doit aussi nourrir les élèves par les valeurs qu’elle défend et les élever (c’est le terme approprié !) à une dimension collective et spirituelle (qui n’a pas besoin de religion pour s’exprimer), de façon à élargir leur horizon humain et les préparer petit à petit à l’autonomie, qui ne peut s’acquérir qu’en prenant de la distance vis-à-vis de sa famille. M. Butty, ancien jésuite qui avait quitté le service divin pour l’amour terrestre d’une femme et celui de la famille qui s’en suivit, avait parfaitement intégré cette dimension dans la conduite de son établissement.

Ah les eightys ! Mai 68 n’avait pas que proclamé l’amour libre, il avait aussi initié le mouvement dit tiers-mondiste qui réclamait un traitement plus humain pour les pays en voie de développement et la fin de leur exploitation. Au CO Voirets, un groupe de maîtres a constitué une association, Haïmité-Sud, pour renverser la logique du triangle esclavagiste historique Europe-Afrique-Amérique par un triangle de l’amitié, reliant l’école genevoise à ses partenaire béninoise et haïtienne. Bref, réparer l’exploitation grâce à l’amour ! Certains, à l’heure égocentrée actuelle n’y verront qu’une manifestation « bisounours », mais ceux qui l’ont vécu savent bien ce que ces échanges ont apporté à tous les participants sur le plan humain ! Il faut dire que, sous la houlette soutenante de M. Butty, les profs d’Haïmitié-Sud ont accompli un travail gigantesque et fait preuve d’un engagement magnifique : des voyages ont été organisés, sans subvention du DIP, en Haïti tant que la situation politique le permettait, et au Bénin pour les élèves genevois, lesquels ont accueilli en retour plusieurs fois des camarades haïtiens et béninois ; un journal écrit par des élèves des trois écoles a paru pendant une vingtaine d’années, donnant à lire la découverte de l’autre et les liens qui se tissent à sa suite.

J’étais en charge du CO Voirets quand, lentement pendant la première décennie du XXIème siècle, le mouvement s’est essoufflé : pas assez de renouvellement des profs du groupe, usure compréhensible de ceux qui avaient tant donné pendant une vingtaine d’année, et, surtout, l’époque avait changé, les valeurs aussi, insidieusement. J’ai donc pu mesurer la perte de cet élan et me rendre compte à quel point M. Butty avait su insuffler le respect et l’amour humain dans l’établissement.

Il s’est envolé, lui qui incarnait si bien l’amour du prochain, proche ou lointain, il a, peut-être, rejoint l’amour divin! Avec lui, beaucoup pensent comme moi : une page de l’histoire de l’école genevoise s’est tournée. Pourvu que celle qui s’écrit actuellement ne néglige pas la nécessité d’offrir à nos élèves des établissements scolaires animés par des valeurs et des idéaux !

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Commentaires

Magnifique! Tellement bien décrit; si vrai! Merci à toi, Jean Michel!

Écrit par : Donata | 17/03/2018

Merci pour cette si profonde et riche réalité dont témoigne ce portrait, hommage à cet homme qui fut aussi mon directeur, un être toujours attentif et bienveillant, venant jusque dans ma classe pour me dire qu'il demandait ma nomination, que c'était le moment, qu'il fallait que j'y pense...pour mon bien-être et ma sécurité...ppour ne pas oublier...merci merci...et bon voyage dans l'autre monde!

Écrit par : Violaine Keilfin | 18/03/2018

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