21/01/2018

La fin du camp de ski?

Le récent arrêté du TF instaurant la gratuité totale des sorties scolaires met en grand danger celles-ci, dont le camp de ski et le voyage de fin de scolarité sont les fleurons.

Il y a une quinzaine d’années, directeur d’un CO, je cherchais un nouveau doyen (ou une nouvelle doyenne) et mon choix s’est porté sur celui qui défendait le projet d’organiser un camp de ski pour l’ensemble des élèves de 10èeme année (à l’époque, les 8èmes). En effet, le DIP avait supprimé, pour des raisons d’économie, la subvention de cette activité à tous les cycles ; seules quelques classes partaient goûter aux joies de la neige, la plupart composées d’élèves scolaires, avec des parents capables d’assumer les frais et des profs très motivés. Pour étendre à tout un degré, il nous a fallu trouver des appuis financiers auprès des différentes communes qui envoyaient leurs enfants au CO Voirets. C’est ici l’occasion de les remercier encore de leur générosité, chacune acceptant d’augmenter la subvention communale par élève. Pourtant, même avec cette manne, il nous était totalement impossible de couvrir les frais, très élevés, d’une telle opération. Les parents devaient mettre la main au portemonnaie, à hauteur d’environ 200.-, si je me souviens bien ; le conseiller social cherchait et trouvait des aides pour les élèves dont les parents étaient en difficultés financières.

Mais cela en valait la peine et le retour sur investissement s’est avéré très profitable : apprendre le vivre ensemble avec ses contraintes (partages, respect d’autrui, vaisselle, nettoyage,…), découvrir la neige  pour certains, commencer le ski pour beaucoup (environ 50%), faire l’expérience d’une courte autonomie (5 jours loin de Maman, Papa, c’était la première fois pour une bonne partie), pouvoir se montrer sous un autre éclairage qu’assis à son pupitre et faire preuve de compétences autres que scolaires (ce qui a pu parfois aider un conseil de classe dans son orientation), renforcer l’esprit d’appartenance à l’établissement (référence importante chez les adolescents), la liste est loin d’être exhaustive. Il faut aussi souligner l’investissement consenti par tous les profs qui montaient avec les élèves ; non, ce ne sont pas des vacances de ski, loin de là : debout tôt, couchés tard (chanter une berceuse ne suffit pas pour endormir des ados …), la journée est bien remplie entre l’organisation des activités avant et après le ski, l’accompagnement sur les pistes, le soin des petits bobos et des grandes tristesses, etc… Ils sont d’ailleurs tous sur les rotules lorsqu’ils reviennent !

De nombreux établissements du CO ont donc réintroduit le camp de ski et se trouvent désormais devant un gigantesque obstacle à sa poursuite. Le même que pour le voyage de fin de scolarité qui présente, outre l’expérience du vivre ensemble, l’intérêt d’expérimenter une découverte culturelle, sportive ou environnementale que la plupart des élèves n’auraient pas eu l’occasion de faire.

Désormais la question tombe dans le domaine politique. Face à l’énorme coût de la gratuité (12 millions pour Vaud, combien pour Genève ?), supprimer les sorties scolaires de ski et de fin de scolarité ou allouer les moyens qui les permettent ?

Le débat doit être mené ; pour ma part, je me contenterai de prétendre qu’une école restreinte aux seules activités scolaires aura de la peine à accomplir sa mission fondamentale, intégrer nos enfants dans notre société.

11:26 Publié dans Air du temps, Genève, Humeur | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | | |

Commentaires

Apparemment notre société pouvait offrir plus au commun des mortels lorsqu'elle était moins riche.

Écrit par : Mère-Grand | 22/01/2018

@Mère-Grand

Nom de chien, vous avez tellement raison !

On nous emmerde avec la mondialisation et ses bienfaits. En vérité, on l'a dans l'...

L'évidente confiscation du capital par certains protagonistes est une nuisance au bien commun.

On arrive aux limites du modèle capitaliste et des contraintes insupportables

qu'il impose aux démunis et aux moins nantis.

Résultat : nos gamins ne peuvent plus partir skier une semaine. ( C'est vrai, en même temps, putain, quel exploit ....)

Tristesse.

Écrit par : Kroptokin | 22/01/2018

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