03/12/2017

No Billag, no solidarité

A mes yeux, le principe de solidarité est constitutif du système démocratique ; on ne peut, en effet, affirmer l’égalité des droits politiques sans s’efforcer de réduire les inégalités dans les autres domaines. La Suisse, avec ses trois minorités romande, tessinoise et romanche, en est le parfait exemple : sans le principe de solidarité, la majorité alémanique pourrait imposer ses diktats, générant ainsi un déséquilibre chaotique, nuisible à tous.

Le service public constitue la concrétisation institutionnelle du principe de solidarité. L’école, par exemple, traite chaque élève, quelle que soit sa situation socio-culturelle, de la même façon et met en place des dispositifs pour aider la minorité de ceux qui sont en difficultés.

L’initiative no Billag vise exactement le contraire. Il s’agit de démanteler le service public et d’ouvrir la porte au marché libéral qui, par essence, se nourrit de concurrence et de profit. Comment ne pas voir dès lors que les minorités en seront profondément victimes, puisqu’elles ne représenteront qu’une clientèle réduite, inintéressante en termes de rentabilité pour des entreprises privées ?

Bien sûr, chacune et chacun trouveront une émission de la TSR qu’ils détestent ! Peut-être la TSR peut-elle faire plus avec moins ?  Personnellement, je ne suis pas un grand consommateur de ce média, mais je lui suis reconnaissant de nous offrir, à mes fils et à moi-même, amateurs de foot, ces soirées de la ligue des Champions, avec le récapitulatif de tous les buts, prestation qui n’existe, à ma connaissance, nulle part ailleurs, sur une chaîne privée ou publique.

Toutefois, l’essentiel n’est pas de gloser sur le mérite ou le démérite de la TSR, mais bien plutôt de constater à quel point le mouvement qui suit la pensée blochérienne prend de l’ampleur. Il ne s’agit plus de prendre en compte une minorité, de rassembler par le biais d’un consensus laborieusement élaboré par toutes les parties, comme ça été le cas dans notre pays jusqu’à récemment ; maintenant, il faut affirmer un rapport de force, essentiellement basé sur la libre économie de marché, séparer les personnes (le Suisse de l’étranger, la Suisse de l’étranger),  cliver la société (majorité  contre minorités de langues et de cultures, gagnants contre perdants et tant pis pour ceux-ci) !

L’initiative No Billag, directement issue de cette mouvance, obtient 57% d’intentions de vote dans le sondage rapporté ce matin dans les médias. Elle est clairement anti-solidaire et, comme telle, menace l’esprit de notre démocratie. J’ose espérer un sursaut de conscience face à ce danger, mais vous avoue ma crainte : le vent dominant couvre les appels à la raison !

11:44 Publié dans Air du temps, Humeur | Lien permanent | Commentaires (14) | |  Facebook | | | |

Commentaires

"L’initiative no Billag vise exactement le contraire. Il s’agit de démanteler le service public"
Le problème, c'est que la RTS est d'une partialité invraisemblable. Une vraie officine de propagande pour le Parti socialiste, et c'est là que la chatte a mal aux pieds. La mauvaise humeur vient du fait que nous ne sommes pas tous socialistes dans ce pays, c'est tout.
Cela dit, je suis presque sûr que le dernier sondage est une pure manipulation destinée à faire peur et mobiliser pour voter NON...

Écrit par : Géo | 03/12/2017

@Géo: Je ne suis pas suffisamment les émissions de la TSR pour vous rejoindre, ou pas. Mais je suis convaincu que les chaînes privées ne sont pas un gage de moindre parti pris et qu'il serait dommageable qu'une mauvaise humeur, même si elle pourrait se comprendre, l'emporte sur la solidarité qu'incarne, à mes yeux, le service public.
Un Schtroumpf peut être grognon, il n'en reste pas moins membre de la communauté!
PS. J'aime bien les Schtroumpfs!

Écrit par : Jean-Michel Bugnion | 03/12/2017

Je pense qu'en cas d'acceptation de l'initiative, le CF serait obligé de recréer de nouvelles bases pour une nouvelle RTS, plus objectives et respectueuses des différents opinions que l'on trouve dans ce pays...
A cela s'ajoute les critiques de l'organisation des PME : pourquoi doivent-elles payer de telles sommes pour cette redevance ?

Écrit par : Géo | 03/12/2017

@ Géo: C'est peut-être bien l'occasion d'apporter des modifications dans le sens d'une meilleure adaptation de la redevance. Dans cet esprit, un coup de semonce peut s'avérer bénéfique, mais pas un coup fatal!

Écrit par : Jean-Michel Bugnion | 03/12/2017

Entierement d`accord avec vous, monsieur Bugnon. La furie quasiment haineuse des politiciens "no billag" montre que l`enjeu, pour eux, est bien moins financier qu`idéologique et l`on sait bien quelle est cette idéologie: "(...) démanteler le service public et (d’)ouvrir la porte au marché libéral qui, par essence, se nourrit de concurrence et de profit."

La majorité de ceux qui s`appretent a voter "no billag" n`ont pas idée de ce véritable enjeu mais suivent en bons moutons les ténors politiques de la droite dite radicale qui ont depuis longtemps réussi a tromper leur confiance avec une rhétorique populiste irresponsable anti-européenne, anti-sociale, chauviniste et xénophobe. Ils s`imaginent meme souvent que l`argent ainsi retiré a l`audio-visuel de service public servira a augmenter leurs retraites. Pour cette majorité, une victoire du "no billag" ne changerait en fait qu`une chose dans leur vie: au lieu de l`actuel audiovisuel public de qualité, ils devront se farcir eux-aussi des programmes a la fois clinquants et bon marché servant a faire passer un maximum de publicité et d`idéologie consommatrice mais il sera alors trop tard pour regretter.

Écrit par : JJ | 03/12/2017

JJ, vous le phare de la pusta, le Pic de la Mirandole des Carpates hongroises, z'avez tout à fait raison, cela me réjouit et me fait chaud au coeur de le reconnaître. Vous avez juste oublié l'argument fallacieux qui joue pour beaucoup : le montant de la redevance...Beaucoup des No Billag pensent naïvement qu'ils n'auront rien à payer...Funeste calcul.

Écrit par : Gislebert | 03/12/2017

Gislebert

Écrit par : Patoucha | 04/12/2017

Je rejoins Giselbert sur la véritable cible.
Au delà des sensibilités politiques sur les questions de service public et du contenu des programmes, se cache mal la disruption à tous les étages.
Peu ont pris la mesure du changement en cours. Nous, les taxis, avons presque donné le nom à ce basculement de paradigme. L'ubérisation de la société touche tous les domaines. Elle propose rien moins que la presque gratuité des biens et des services avec l'immédiateté et la satisfaction garantie.
Sous des airs de participer à ce que l'on appelle l'économie de partage, les grands groupes numériques pratiquent une forme d'hyper capitalisme par l'esclavagisme des masses laborieuses pour engraisser les insatiables et volatiles actionnaires.
Je pourrais en parler des heures. Je pense que "no billag" a de bonnes chances de passer parce que nous voulons tout, tout de suite et si possible gratuitement.

Écrit par : Pierre Jenni | 03/12/2017

"Puszta", Gislebert. Bien que partageant ma vie entre Geneve et la Hongrie tout en étant citoyen d`une république dont la devise est "Apres les Tenebres, la Lumiere", j`aurais beaucoup de peine a illuminer une Puszta de plus en plus ténébreuse a mesure ses aborigenes prennent la route de l`émigration. Cela dit, vous avez raison de rappeler le fallacieux de l`argument redevance.

Écrit par : JJ | 03/12/2017

Je suis plus optimiste que vous, Pierre Jenni. Je veux croire que le camp du "no billag" a déja fait son plein de "schtroumpfs grognons" alors que les résultats des estimations donnant une majorité a ceux-ci risque de réveiller pas mal de gens capables d`esprit critique qui ne projetaient pas d`aller voter jusqu`a maintenant. Je vis une bonne partie de l`année dans un pays d`Europe Centrale ou j`ai l`occasion de constater a quel point le démantelement du service public fait la part belle a un audio-visuel pourri de soap-opéras a deux balles et de publicité abrutissante quant ce n`est pas de désinformation ou de lavage de cerveau.

Écrit par : JJ | 03/12/2017

Pierre Jenni : mots-clé : disruption, basculement de paradigme, ubérisation de la société...
"les grands groupes numériques pratiquent une forme d'hyper capitalisme par l'esclavagisme des masses laborieuses pour engraisser les insatiables et volatiles actionnaires." La Brèche faisait très littéraire à côté de ce charabia qui aurait charmé Lauzier.
Ouais, c'est ça : Jenni est un personnage de Lauzier...
http://www.dargaud.com/bd/Auteurs/Lauzier

Écrit par : Géo | 03/12/2017

Un OUI clair et massif à cette initiative. Le concept du client captif, ponctionné au service d’une caste de copains, qui de plus s’épanchent en désinformation et en chantage sentimental, doit absolument cesser. Je me réjouis de voir que l’intimidation ne prend pas, ou pas autant que l’espèrent ceux qui ici désinforment à tour de bras. OUI, c’est le moment d’oser s’exprimer! L’intimidation, le catastrophisme mensongers et éhontés doivent être combattus, poliment mais fermement, et cette initiative acceptée.

Écrit par : Alexandre | 03/12/2017

La RTS n'est pas un "service public".

L'école est un service public: elle est financée par l'impôt.
Les routes sont un service public: elles sont financées par l'impôt et par les utilisateurs.
Les transports publics sont un service public: ils sont financés par l'impôt et par les utilisateurs.

Si la RTS était un service public, elle serait financée comme un service public et non par une taxe obligatoire payée même par ceux qui ne sont pas des utilisateurs.

En outre la télévision est une machine à décerveler, et vous osez appeler ça un "service public"? Honte à vous!

Un service public serait indépendant de la publicité et recevrait de l'argent pour diffuser des événements sportifs, au lieu de payer. Honte à la RTS!

Je ne vois pas ce que la solidarité vient faire là-dedans.

Et posons-nous la question: pourquoi la poste a-t-elle été privatisée et pas la télévision? La poste ne serait pas un service public?

Écrit par : Daniel | 04/12/2017

Daniel,
LA POSTE depuis qu'elle a été privatisée, elle ferme tous ses offices de poste

Écrit par : Noëlle Ribordy | 04/12/2017

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