12/11/2017

Mise au point sur la séduction

Les nombreuses réactions qu’a suscitées ma note sur « Le piège de la séduction » me montrent que je ne suis pas parvenu à m’exprimer de manière intelligible pour tous. Face aux incompréhensions, il m’est nécessaire de préciser certains points.

  1. Je ne parle pas de l’affaire Ramadan, mais le mentionne comme origine de dénonciations concernant plusieurs enseignants. Mon propos se veut d’ordre général face à un problème jusqu’à présent tabou.
  2. Je l’ai dit mais le répète volontiers : l’acte sexuel entre un prof et un élève est injustifiable (mais explicable), punissable selon la loi et l’éthique professionnelle.
  3. La relation d’autorité qui lie le prof à son élève lui confère la responsabilité du délit. Evidemment qu’un enseignant adulte ne peut invoquer la réciprocité de la séduction pour justifier son acte!
  4. C’est vraisemblablement ici où je n’ai pas été assez explicite : je tente de décrire et d’expliquer le PREMIER passage à l’acte. Lorsqu’il y a récidive, il est certain que l’on quitte le domaine de la séduction pour tomber dans celui de la prédation sexuelle. A mes yeux, il existe une gradation entre celui qui se noie UNE FOIS dans le piège de la séduction, même s’il est à condamner je le répète, et le récidiviste qui relève du domaine des pathologies.
  5. A mes yeux, cette distinction est nécessaire pour bien traiter l’entier du problème : si l’on considère tous les cas selon le schéma prédateur/victime, il suffit de renouveler en le renforçant l’interdit qui existe déjà. Toutefois, ce faisant, on occulte la dimension du désir au sens large, intrinsèque à la motivation scolaire, et on s’évite de mettre en place une politique de prévention, autre que coercitive. A mes yeux, l’information et surtout la formation des maîtres doivent comporter un volet qui ose présenter et analyser les risques de dérive que comportent la séduction intellectuelle et/ou pédagogique, caractéristiques d’un bon enseignant.

14:56 Publié dans Air du temps, Genève, Humeur | Lien permanent | Commentaires (17) | |  Facebook | | | |

Commentaires

Vous tirez des règles générales, très bien. Mais en fait, pour avoir vu un prof de 65 ans épouser une élève de 18 ans voire plus jeune, je crois qu'on ne peut que juger qu'au cas par cas ces situations en marge de la "normalité".
1.- A partir du moment où il y a consentement mutuel et que l’élève a sa majorité sexuelle (et qu'elle a peut-être eu de nombreuses expériences sexuelles avec d'autres adultes), existe-t-il une plainte des parents ?
2.- S'il ne s'agit que de rumeurs (cas Ramadan), convient-il d'enquêter et d'aller activement rechercher la vérité ? Mettre le prof et peut-être l'élève aussi en garde à vue jusqu'à ce qu' ils avouent leur péché...
On pourrait aussi réintroduire la question. Ergoter pour savoir si la noyade en baignoire est une torture ou pas...

Allez, en l'honneur de quelques-uns de vos commentateurs :
https://www.youtube.com/watch?v=GwQDzStVFOM

Écrit par : Géo | 12/11/2017

Vingt-sept ans de formation des profs et quarante ans d’enseignement m’ont prouvé que c’est toujours l’adulte qui dérape. La provocation adolescente est sans effet sur un adulte équilibré. Oui, il faut informer du cadre légal, mais aussi offrir un soutien le cas échéant. Reste que les explications de l’auteur sont très embrouillées et dégagent un petit parfum de vécu mal assumé. On le laisse à sa conscience.

Écrit par : Christophe Calame | 12/11/2017

En général on enseigne bien quand on ne tombe pas dans le "piège de la séduction", qu'on reste impartial et dévoué à tous, et à ce qui évolue spirituellement dans les êtres humains qu'on a comme élèves.

Écrit par : Rémi Mogenet | 12/11/2017

(Je dirai même que c'est une règle constante.)

Écrit par : Rémi Mogenet | 12/11/2017

https://www.youtube.com/watch?v=MjWmD9gHBTI

Écrit par : absolom | 12/11/2017

Christophe Calame a écrit:
"La provocation adolescente est sans effet sur un adulte équilibré."

La notion d'adulte équilibré me paraît bien vague et très relative.
Quel adulte oserait se prétendre équilibré? Le pape, Macron, Trump, DSK, Tariq Ramadan, Beethoven, Noé, Moïse - le monde ne se résume-t-il pas à une mosaïque de déséquilibrés?

Devons-nous comprendre, M. Calame, que vous vous considérez vous-même comme un adulte équilibré? Devons-nous comprendre que vous n'avez jamais, au cours de votre vie, perdu un tant soit peu l'équilibre?

Écrit par : Mario Jelmini | 12/11/2017

Mario Jelmini, je n’ai pas l’intention de publier mes confessions pour l’instant. Vous devrez donc attendre, et, en attendant, je ne peux que vous redire qu’un adulte équilibré (c’est un idéal pour moi) peut se voir confier des enfants et des adolescents sans abuser d’eux. Les adultes équilibrés sont ceux qui mènent en silence des missions difficiles, et dont on ne parle jamais dans la caverne des médias, où l’on vient retremper son cynisme facile. Non, le monde n’est pas « une mosaïque de déséquilibrés ». Il est fait de ces innombrables gens qui sont fiers de leur vie et qui peuvent l’être.

Écrit par : Christophe Calame | 12/11/2017

Monsieur Calame,

Vous admettez qu'un adulte équilibré est un idéal pour vous. Existe-t-il seulement une personne sur cette Terre qui puisse prétendre incarner cet idéal au point d'oser affirmer fièrement: "Je suis un adulte équilibré" ? Vous peut-être ?

Quelques lignes plus loin, vous écrivez: "le monde (...) est fait de ces innombrables gens qui sont fiers de leur vie et qui peuvent l’être". Je suis sûr que vous êtes fier de votre vie et que vous pensez pouvoir l'être. Je suis tout aussi sûr que des gens comme Mahomet, Trump, Macron et Tariq Ramadan ont été (pour le premier nommé) ou sont fiers de leur vie et ont pensé ou pensent être en droit de l'être. Affaire de point de vue (quot homines tot sententiæ)...

"L'esprit est bien disposé, mais la chair est faible" (Matthieu 26:41). C'est Jésus lui-même qui a effectué ce constat. Cela dit, pas plus que Jean-Michel Bugnion je n'excuse les abus commis par des enseignants sur des élèves et, tout comme Jean-Michel Bugnion (que vous avez manifestement mal compris) je suis partisan d'une stricte application de la loi pénale lorsque celle-ci est enfreinte.

Je suis impatient, Monsieur Calame, de lire vos confessions, puisque vous nous dites avoir l'intention de les publier. Impatient surtout d'en savoir plus sur ces missions difficiles que vous avez menées en silence et dont on ne parle jamais - sauf que vous, homme équilibré par excellence, vous allez nous en parler, pour l'édification morale des pauvres déséquilibrés que nous sommes, puisqu'au lieu d'être complètement manichéens (la formule est de Géo), nous avons l'audace d'introduire des nuances dans nos jugements.

Écrit par : Mario Jelmini | 13/11/2017

Un adulte équilibré, qui ne traine pas de frustrations dans son vécu, en présence d'une jeune fille, l'assimile automatiquement à sa propre fille, sans effort particulier. Même après 2 gin tonic sur une plage thaïlandaise sans témoins.

Écrit par : ixus | 12/11/2017

Il n'y a pas de "piège" de la séduction, si ce n'est pour excuser ceux qui transgressent la loi pénale. S'il y a "séduction", elle doit servir à faire aimer la branche enseignée et en aucun cas à assouvir les pulsions sexuelles de l'enseignant. Le mot "séduction" prête trop à confusion. Son étymologie nous dit qu'il s'agit de l'"action de prendre à part", de "séparation", de "corruption". Toutes choses qui n'ont pas de place dans une école.

Il est étonnant qu'un enseignant dont la formation lui a appris à s'exprimer clairement, parvenu qui plus est à la direction d'un collège, s'embrouille tellement qu'il a besoin d'une "mise au point".

Christophe Calame parle d'or.

Écrit par : Daniel | 13/11/2017

Le message de Jean-Michel Bugnion était parfaitement clair. Ce sont les commentateurs qui ont tout embrouillé.

"Christophe Calame parle d'or."
Ce que dit Christophe Calame, c'est du plaqué or.

Écrit par : Mario Jelmini | 13/11/2017

Christophe Calame parle d'or ? Vous n'avez pas encore constaté qu'il y a souvent un fossé entre les paroles hyper-vertueuses de ces Père-la-Rigueur et leurs actions ? Combien de ces beaux prêcheurs de grands principes bien rigides les respectent ?
On a justement un magnifique exemple dans l'actualité, même si cela concerne une religion exogène...

Écrit par : Géo | 13/11/2017

Mario Jelmini

"La notion d'adulte équilibré me paraît bien vague et très relative. "

On ne parle jamais que de soi.

Géo

"Vous n'avez pas encore constaté qu'il y a souvent un fossé entre les paroles hyper-vertueuses de ces Père-la-Rigueur et leurs actions ?"

Voulez-vous nous dire que Christophe Calame est concerné par vos propos ici rapportés?

Est-ce à dire que vous, vous n'êtes pas un père la rigueur? Et que vous actions sont en conformité avec votre absence de morale, morale représentée par les "Père-la-Rigueur"?

Écrit par : Daniel | 13/11/2017

Je ne suis pas un Père-la-Rigueur, je suis d'accord avec M.Bugnion qui essaye désespérément de faire passer le même message que notre Grand Timonier : "ferme sur les principes, souple dans leur application". Mao Tsé Toung.
Mes années de gauchiste m'ont aussi servi à qqch, comme vous...
Cela dit, votre dernière phrase montre bien que vous êtes complétement manichéen. Cela ne doit pas être facile tous les jours...

Écrit par : Géo | 13/11/2017

D'habitude si lapidaire, voici le Géo pluraliste, c'est révélateur...

Écrit par : profiler | 13/11/2017

Révélateur de quoi ? Dans ce domaine, je ne me sens pas plus laxiste que n'importe lequel des détracteurs de M.Bugnion...
Qui par ailleurs a été mis en cause ce matin sur les ondes de radio prêchi-prêcha que l'on paie très cher. En cause, c'est toujours le mot "séduction" qui ne passe pas. Je pense qu'il faudrait parler de "charisme". Les profs plats et médiocres enseignent mal, les profs qui ont du charisme arrivent à faire aimer les maths ou l'allemand aux plus réfractaires et je crois avoir compris que c'est l'essentiel du message de M.Bugnion.

Il faudrait aussi clarifier plusieurs points. Sur le plan pénal, hors relation prof - élève, il y a une faiblesse : on est considéré comme enfant jusqu'à 16 ans, alors que par exemple, physiologiquement, les garçons sont au sommet de leurs capacités sexuelles à 15 ans. Et les filles ne sont pas en retard sur eux, au contraire. Il est alors difficile de parler de "pédophilie" (terme qui signifie en fait "sentiment positif envers les enfants et est donc inadapté) pour la relation d'un adulte avec un jeune de 15/16 ans. Il s'agit en fait si ce n'est de jure de détournement de mineur...

Dans la relation entre un prof et une élève de 18 ans, si cette relation est assumée et consentante, il me paraît difficile d'actionner la justice. En tout cas, je peine à en voir la nécessité...

Écrit par : Géo | 14/11/2017

D'habitude si lapidaire, voici le Géo pluraliste, c'est révélateur...
Écrit par : profiler | 13/11/2017
C'est aussi un commentaire révélateur...
Alors on va jouer aussi au profiler. Il y a des gens qui ont un certain charisme et qui ont du succès auprès de la gent féminine. Et il y a les petits gros moches qui n'attirent personne, et qui, pour certains, finissent par devenir aigris et se vengent comme ils peuvent en insinuant des horreurs sur les autres qui réussissent.

Écrit par : Géo | 14/11/2017

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