01/09/2017

Confessions d'une orange bio

Pendant quelques années, je me suis cru pastèque ; il faut dire que la politique a été pour moi une opportunité, davantage qu'une passion. Ma passion, c'était mon travail, d'abord comme enseignant, puis comme directeur de CO ; quelle chance d'avoir le sentiment, sa vie professionnelle durant, d'œuvrer pour le bien des élèves, de nos enfants, de les aider à  se former, de nourrir leur pensée en devenir, d'essayer sans relâche de garantir un bon fonctionnement de l'établissement, indissociable de la qualité de la formation donnée.

Mais voilà, toutes les bonnes choses ont une fin et la retraite est arrivée. Nanti d'une personnalité plutôt active, membre passif des Verts depuis l'affiche UDC du mouton noir (c'est l'origine de la fixette que je fais contre ce parti), j'avais besoin de combler le vide qui s'annonçait et de m'investir dans une nouvelle activité.  C'était en 2013 et les partis ouvraient leurs listes de candidature à  l'élection du Grand-Conseil. Tiens, pourquoi pas ? Fondamentalement, ce peut être l'occasion de continuer à oeuvrer pour le bien commun cette fois.

J'ai la chance d'être retenu par le congrès des Verts sur la liste et, surtout, celle d'être élu, à  la surprise générale, grâce aux voix hors-parti que je récolte. Commence alors mon apprentissage de la politique genevoise, en tant que député. Le bien commun, je ne l'ai que peu rencontré, mais la stratégie politique, ça oui, toujours (en commission comme en pleinière) et partout (de l'extrême gauche à  l'extrême droite). Normal, chaque parti a l'ambition de croître et de marquer des points aux yeux de l'électorat.

En observant le jeu politique, j'ai constaté qu'Ensemble à  Gauche, bien que divisé entre ses composantes, s'active énormément sur le champ des intérêts spécifiques sectoriels (défavorisés sociaux et fonctionnaires), combats nécessaires à  sa survie politique, en ciblant un électorat potentiel. Normal, encore une fois : un petit parti non gouvernemental doit se battre pour exister. Mais, ce faisant, il empiète sur les plates-bandes électorales du PS d'Anne Emery-Torracinta, lequel est entraîné, volens, nolens, à  le rejoindre sur la plupart de ses positions, ne voulant pas être taxé de social-traître. Comme, depuis le départ de son lider maximo, le MCG de Mauro Poggia se découvre une fibre sociale et qu'il vise aussi l'électorat des fonctionnaires, une alliance hétéroclite se forme parfois sur certains objets. A ce moment, les Verts d'Antonio Hodgers jouent un rôle primordial, puisque ce sont eux qui font pencher la balance à  gauche, ou pas, mais de moins en moins.

Voilà comment, sur certains points, les intérêts de minorités l'emportent  sur l'intérêt général ; voilà  comment le parlement genevois s'enferme dans des discours dogmatiques et stériles, rejouant sempiternellement l'affrontement idéologique gauche-droite, avec des arguments surannés qui ne convainquent que les convaincus et ne débouchent pas sur une solution de compromis. Voilà  comment, j'ai compris que je m'étais trompé, que ce n'est pas ce jeu politique que je désire jouer car il ne m'apparaît ni constructif, ni servir le bien commun.

A mes yeux, celui-ci commande la recherche systématique du consensus helvétique, souvent raillé mais, en définitive, clé de voûte d'une politique qui a préservé notre pays depuis fort longtemps, qui lie les instruments de la démocratie directe au nécessaire travail parlementaire. Et le principal danger qui menace cette recherche d'équilibre politique, est l'UDC (retour de ma fixette !) qui est capable d'entraîner l'aile droite du PLR, le reste du parti suivant, dans une politique toute de droite, dans laquelle les défavorisés sociaux et les fonctionnaires seront les premiers à  payer la note !

Le PDC s'imposait dès lors, ce parti parfois taxé de « girouette politique » par ses adversaires, m'a séduit par sa capacité à tenter, encore et encore, de trouver une solution de compromis, à considérer une idée émise pour son contenu, non pour sa provenance, à être un trait-d'union entre les groupes plutôt qu'un parti jusqu'au-boutiste, arcbouté sur ses dogmes.

Bon sang, mais c'est bien sûr, je suis une orange, bien évidemment non traitée !

00:16 Publié dans Air du temps, Genève, Humeur | Lien permanent | Commentaires (15) | |  Facebook | | | |

Commentaires

Bien-sur, il y a beaucoup a critiquer au niveau de la politique partisane mais il n`y a finalement que trois possibilités: une pluralité de partis, un systeme a deux partis (USA) ou un systeme de parti unique (dictatures diverses). S`il y a pluralité de partis, ceux-ci finissent automatiquement par s`aligner selon un axe "gauche-droite" selon l`importance donnée aux pouvoirs publics dans la régulation des mécanismes économiques (salaires, conditions de travail, respect de l`environnement...). Il semble qu`en France E. Macron ait réussi a relativiser cette dichotomie gauche-droite durant sa campagne mais en fait on voit mal comment il pourrait continuer a l`ignorer dans la réalité de la gouvernance meme avec une extreme-droite et une extreme-gauche apparemment hors-jeu.

Écrit par : Jean Jarogh | 01/09/2017

Vous avez raison, du moins jusqu'à présent, car, comme vous le mentionnez, l'expérience Macron est en cours. Toutefois, dans un axe gauche-droite, il existe le centre. Pour moi, celui-ci ne représente pas forcément le ninisme (ni gauche, ni droite), mais pourrait être le point de convergence qui réunit sur la base d'un compromis (et de gauche, et de droite). Je crois vraiment que la politique, pour redonner envie aux citoyens, doit dépasser l'affrontement idéologique (marxisme versus néolibéralisme) pour tenter l'affrontement des idées, de leur contenu, pour que la meilleure gagne. Evidemment, cela supposerait que la stratégie ne soit plus la première préoccupation des partis... OK, je rêve, mais "Aucune carte du monde n'est digne d'un regard si le pays de l'utopie n'y figure pas." Oscar Wilde.

Écrit par : Jean-Michel Bugnion | 01/09/2017

Je ne peux que te soutenir dans cette démarche. À tout bientôt mon ami.

Écrit par : Didier Thomas | 01/09/2017

Rever pour rever, je crois que cet "affrontement idéologique" ne pourra vraiment etre dépassé que lorsque l`économie marchande aura vécu car, d`ici la, il y aura toujours ceux qui -meme s`ils ne le disent pas ouvertement- font tourner l`économie autour de la maximisation du profit au bénéfice surtout des plus habiles et ceux qui pensent que le succes de l`économie doit se mesurer dans son aptitude a réduire les inégalités sociales. Le communisme ne fonctionne pas c`est entendu, mais la science, notamment les technologies de l`intelligence artificielle et de la robotique, finiront par remplacer le travail humain au cours de ce siecle ou du prochain et il faudra bien alors que le fruit du travail des robots soit équitablement réparti entre les foules qui ne pourront plus etre "consommateurs payants" faute de "pouvoir d`achat" lié au travail. En attendant, les positions de la "gauche" et de la "droite" vont peut-etre continuer a se rapprocher un peu plus dans les pays dits développés ou le dogmatisme en général est en perte de popularité.

Écrit par : Jean Jarogh | 01/09/2017

Je vous rejoins, il est indéniable que la révolution numérique en cours va changer de fond en comble les rapports du et au travail. Cette prise de conscience en s'étendant aidera à dépasser les anciens schémas. Reste à savoir si c'est pour le meilleur ou pour le pire?

Écrit par : Jean-Michel Bugnion | 01/09/2017

Je suis d'accord avec vous quand vous écrivez que «les technologies de l`intelligence artificielle et de la robotique finiront par remplacer le travail humain (...) et il faudra bien alors que le fruit du travail des robots soit équitablement réparti entre les foules qui ne pourront plus etre "consommateurs payants" faute de "pouvoir d`achat" lié au travail».

En ces temps pas si lointains, la «Monnaie pleine» aura été instaurée, il existera un «Revenu de base universel» (actuellement testé en Finlande) et nous ne payerons plus d'impôt sur le revenu car ce sont les robots qui seront taxés.
(Taxés par d'autres robots, évidemment).

Ma cousine, qui est fan du HC Ambri-Piotta, me demande si, dans cet avenir qui nous tend les bras, le championnat suisse de hockey sur glace sera disputé par des robots. Que dois-je lui répondre?

Écrit par : Mario Jelmini | 01/09/2017

Je comprends votre dubitation. Autant ne pas peindre le diable sur le mur...

Écrit par : Jean Jarogh | 01/09/2017

@ Mario Jelmini: c'est vrai qu'on peut tout imaginer, y compris qu'Ambri Piotta devienne champion suisse de hockey! Avec tout le respect que je porte à l'équipe de la vallée et les valeurs qu'elle véhicule.

Écrit par : Jean-Michel Bugnion | 01/09/2017

"et il faudra bien alors que le fruit du travail des robots soit équitablement réparti entre les foules" et les actionnaires des sociétés qui auront produit les robots toucheront leurs dividendes. Ce sera donc exactement comme aujourd'hui, à quelques détails près...

Écrit par : Géo | 02/09/2017

Dites a votre cousine qu`elle se rassure, Mario. Les gladiateurs sont comme les cousines: aucun intéret a les remplacer par des tas de ferraille standardisés et interchangeables.

Écrit par : Jean Jarogh | 02/09/2017

Espérons que non, Géo. A terme, si les machines "intelligentes" font le boulot a la place des humains, il n`y aura évidemment plus de "revenu salarial" et comme le "capital" ne signifie rien dans un monde sans argent, il n`y aura plus non plus de bourse et d`actionnaires (de meme que cet autre genre de bourse que sont les casinos). Alors, c`est notre monde actuel basé sur le fric qui paraitra étrange.

Écrit par : Jean Jarogh | 02/09/2017

La question de la propriété des moyens de production restera entière que le travailleur soit fait de chair ou de ferraille, pour parler marxiste ouvertement.
Alors on en revient à l'éternelle question : les communistes vont-ils prendre le pouvoir et dans ce cas, votre hypothèse peut être prise en compte. Ou pas.
Soit dit en passant, jusqu'à aujourd'hui, les révolutions communistes n'ont abouti qu'à un simple changement de bourgeoisie : de capitaliste à étatique. Sans aucun changement pour la classe ouvrière et assimilés...

Écrit par : Géo | 02/09/2017

Avec la machine "intelligente" et, si tout va bien, sans le systeme de l`argent, les concepts comme "propriété", "bourgeoisie" ou "travailleurs" ne seront que des anachronismes. Tout comme l`est aujourd`hui le concept du "droit divin" qui régentait l`ordre féodal. Ni "capitaliste" ni "étatique" mais simplement humain.

Écrit par : Jean Jarogh | 02/09/2017

Et le revenu de base, je le vois comme ça : beaucoup de monde dans l'armée, la police, les milices privées communautaristes. Le processus a déjà commencé, d'ailleurs. Il n'y aura plus de travailleurs mais beaucoup de flics, de militaires et de miliciens...
C'est un peu la face sombre du revenu universel. Et de toute façon, il n'y aura jamais suppression du travail par les robots pour tout le monde. De même que la bourgeoisie capitaliste actuelle ne nous paie pas des aides de ménage, elle ne nous offrira pas les robots nécessaires à notre bonheur, si tant est que la paresse signifie notre bonheur.

De même, il y aura peut-être des gens qui vivront mille ans. Mais ils seront entouré d'une structure énorme coûtant des millions de dollars par jour pour surveiller la venue de la moindre bactérie dans leur environnement...

Écrit par : Géo | 02/09/2017

Je m'interroge.

Les robots deviendront-ils un jour tout-puissants?
Cela nous ramène à cette lancinante question :
«Un robot sera-t-il un jour capable de créer une pierre si lourde qu’il ne puisse la soulever?»

Quelle sera la place de l'homme dans un monde entièrement robotisé? Je crains que son destin ne soit de finir ratiboisé...

Bref, ce serait vraiment génial si Ambri pouvait devenir champion suisse cette saison...

Écrit par : Mario Jelmini | 02/09/2017

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