05/05/2017

quelle démocratie?

L’élection française ne parvient pas à mobiliser mon attention, principalement par le caractère d’outrance qu’elle revêt. Je ne peux m’empêcher de comparer le mode démocratique de nos voisins avec le nôtre et de trouver, en tout chauvinisme, ce dernier largement supérieur. Selon moi, cela tient à la formidable importance accordée au président dans la démocratie française (ou américaine), sans commune mesure avec celle de l’un des 7 sages qui nous gouvernent. Je vois deux principales conséquences négatives à une démocratie « présidentielle ».

Tout d’abord, la personnalisation de la politique. Non seulement elle réduit toute idée en tant que telle à son incarnation physique dans le ou la candidat-e, plaçant ainsi au second plan le contenu programmatique du débat au profit des compétences ou des faiblesses personnelles des candidats, des informations vraies ou fausses sur leur vie, mais elle accrédite l’idée d’un homme (ou d’une femme) providentiel qui sauvera le pays. Or, quel que soit la personne à la tête d’un Etat, quelles que soient ses compétences et sa valeur, elle ne peut gouverner seule et doit compter avec le reste de l’appareil politique et avec la population. Le meilleur exemple est donné par les difficultés rencontrées par Obama, pourtant pétri de qualités, ou Hollande (qui lui n’a pas fait le détour par la boulangerie), à pouvoir réaliser leurs projets politiques. A contrario, avoir 7 dirigeants avec un –e président-e tournant garantit que les décisions importantes sont prises en collège et qu’aucun des 7 ne peut imposer son point de vue. De plus, l’élection par le Parlement du Conseil fédéral est un bijou byzantin et sophistiqué de recherche d’équilibre et de consensualité ; celui qui ne joue pas ce jeu, comme Blocher, est éjecté par le système.

Ensuite l’alternance du pouvoir. Le président déçoit, forcément, inexorablement, car il est impossible d’être providentiel pour tout le monde. L’opposition exploite à fond les déceptions, avive les rancœurs de ceux qui l’avaient élu et qui se sentent frustrés qu’il ne tienne pas ses promesses, et gagne à l’élection suivante. Alors, la nouvelle équipe se dépêche de détricoter ce que la précédente avait tissé et de remplacer l’ancien ordre par le nouveau, évidemment de meilleure qualité à ses yeux. Puis l’histoire se répète, élection après élection. La petite Suisse, elle, ne connaît pas de coups de barre à 180 degrés ; la nave va, certes lentement, mais privilégiant toujours le compromis, qui relativise les frustrations, et la continuité à l’inverse des brusques changements de cap. Il faut ici saluer le travail peu connu et opiniâtre effectué par les parlements, tant fédéraux que cantonaux, afin de décliner le fameux « consensus helvétique » dont on se moque de la mollesse mais qui nous garde de l’alternance destructrice.

Bien sûr, je ne voudrais pas que les Français confient leur pays ce dimanche à une femme providentielle extrémiste, mais, égoïstement, je suis surtout soulagé d’être citoyen suisse !

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Commentaires

Vous avez bien raison et je partage votre avis. Effectivement, lorsque mercredi soir lors du débat TV on a entendu ce qu'on a entendu, et vu ce qu'on a vu d'une personne agressive et d'un comédien respirant le faux, on ne peut être que soulagé d'être Suisse. Pauvre France.

Écrit par : Boccard | 05/05/2017

"Celui qui ne joue pas le jeu est éjecté comme Blocher" On croirait entendre Marine tant le ton de cette phrase pourrait lui être attribué. De votre part ça m'étonne. Quand à
Monsieur Blocher il a perdu une élection, c'est comme ça qu'on dit en Suisse, même si sa défaite fût le résultat de manœuvres politiques qui n'ont rein à envier à celles de nos voisins.

Écrit par : norbert maendly | 06/05/2017

@norbert maendly: détromper-vous, mon ton n'est pas triomphal à l'encontre de Blocher, mais juste factuel. Notre système démocratique éjecte les corps étrangers, c'est-à-dire ceux qui ne jouent pas le jeu du consensus. Or, le tribun et père d l'UDc zürichoise ne peut jouer ce jeu-là. Les autres ministres de son parti n'ont pas été sanctionnés.

Écrit par : Jean-Michel Bugnion | 07/05/2017

Marine le Pen, une fervente ennemie de l'Europe et une raciste va encaissé demain une sérieuse défaite,mais derrière se cache une victoire de son électorat à l'égard du projet européen, lesquels n'ont pas disparu.

Écrit par : Alexandre | 06/05/2017

J'apprécie votre analyse et elle nous change des réactions hargneuses vis-à-vis des candidats.

Moi aussi je suis citoyen suisse mais j'habite en France depuis plus de trente ans. Plus que suffisant pour avoir de ce pays une idée un peu différente de celle que l'on peut en avoir en demeurant en Suisse.

Et quand j'entends les gens dire "pauvre France", je ne suis pas sûr que le ton soit celui de la compassion...

Écrit par : Michel Sommer | 07/05/2017

Entierement d`accord avec votre analyse, Monsieur Bugnion. En politique comme en tout, les outrances sont nuisibles. La modération est donc l`ingrédient principal de la démocratie suisse. Pas de "grand chef" élu par une moitié du peuple contre un autre "grand chef" voulu par l`autre moitié, pas d`attentes irréalistes vis-a-vis du gouvernement en place et donc pas d`hystérie collective genre coupe du monde de football. Mais il y a peut-etre aussi autre chose: la confiance. Puisque, pour exercer le pouvoir exécutif et législatif en Suisse, il n`y a pas lieu de faire surenchere de promesses électorales, nos gouvernements sont a meme de ne pas décevoir les citoyens qui, en contrepartie, sont a meme de garder leur confiance en eux. Cette confiance est aussi renforcée par la sincérité dans la communication des gouvernements suisses avec les citoyens qui, ainsi, n`ont pas l`impression d`etre manipulés. Enfin, l`absence relative de corruption politique est aussi un élément déterminant dans la relation de confiance entre les citoyens et leurs gouvernements. Sans confiance réciproque entre les "dirigeants" et les "dirigés", il est tout aussi illusoire de bien gérer un pays qu`une entreprise.

Écrit par : Jean Jarogh | 07/05/2017

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