14/09/2016

Qui a peur de l'économie verte?

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Cette affiche résume bien toute la propagande des opposants, UDC et PLR en tête, avec l’appui conséquent d’Economiesuisse. En effet, le choix du visuel et des mots démontre clairement le registre choisi pour communiquer, celui de la peur. Une femme, sans visage, est ligotée dans une camisole de force verte, entourée par les termes « privations massives » et « initiative extrême ». Notre liberté de consommer est menacée par des fous extrémistes qui souhaitent nous priver de tous nos plaisirs, voilà le message !

L’exagération et la caricature sont patentes, le propos mensonger pour autant qu’on se donne la peine de lire le texte de l’initiative : il s’agit d’un article de la Constitution, une vision à 34 ans, dont la mise en l’application dépend évidemment du Parlement ; les taxes exorbitantes fantasmées, les privations massives ne peuvent être effectives que si une majorité des représentants du peuple ne les décide. Or, la configuration actuelle de notre législatif garantit qu’une application extrême est à l’évidence impossible ; comme le grand soir qui verrait la majorité parlementaire basculer à gauche n’est ni pour demain, ni pour après-demain, chacun peut dormir sur ses deux oreilles, il pourra toujours manger de la viande et prendre une douche !

Je n’ai pas envie, ici, de me lancer sur des développements argumentaire, bien mieux traités ailleurs. Je désire seulement attirer l’attention sur le recours à une véritable propagande politique, dans le sens où les opposants refusent le débat de la raison et préfèrent miser sur la stimulation de sentiments négatifs, comme les peurs de se restreindre et de perdre ses libertés. Et ça marche, le dernier sondage donne le non pour la première fois en tête. Pas étonnant, l’UDC, experte en manipulation sentimentale, nous a déjà fait le coup le 9 février 2014, avec les conséquences que l’on sait et la situation pour le moins inconfortable que vit notre pays face à son avenir.

Ici, les conséquences concernent un avenir plus lointain, celui de nos enfants et petits-enfants, des générations suivantes. La question est simple : pouvons-nous continuer à privilégier le court-terme et le profit d’une minorité, en hypothéquant le futur de toute la population jeune et à venir ? Pouvons-nous continuer à fermer les yeux, à persister dans des comportements économiques nuisibles à la planète comme à l’être humain ? Plutôt que craindre ces fous verts extrémistes, ne faudrait-il pas plutôt avoir peur d’être mené par une politique du moment présent, sans volonté d’anticiper l’avenir ?

Vous pouvez sereinement voter et faire voter oui à l’initiative sur l’économie durable et circulaire, la peur véritable à éprouver, c’est de ne rien faire pour préserver le futur !

 

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06/09/2016

Un renvoi incompréhensible

Walat, Slava, Hazma et Redur ont entre 18 et 25 ans. Ce sont de jeunes frères et soeurs Kurdes de Syrie qui ont fui la guerre et sont arrivés à Genève le 9 octobre 2015. Ils ont élu Genève comme terre d’accueil car quelques membres de leur famille y résident et étaient prêts à les accueillir. Cependant, le Secrétariat d’Etat aux migrations (SEM) a déclaré ne pas entrer en matière sur leur dossier et a ordonné leur renvoi vers la Croatie, en vertu des accords de Dublin. Or, ils n’ont que passé par la Croatie, quelques heures, juste le temps de recevoir un papier administratif qui atteste leur transit. Ils ne connaissent personne dans ce pays et, bien sûr, ignorent tout de la langue, alors qu’à Genève, ils sont socialement appréciés, bénéficient de leur environnement familial et progressent bien en français. Mais, seul Redur, le cadet de la fratrie, bénéficie d’un permis N, étant mineur au moment du dépôt de la demande d’asile, peut donc rester en Suisse. Ce matin, une opération de police a permis l’arrestation des trois aînés pour exécuter leur renvoi, d’une manière particulièrement choquante, au mépris des déclarations précédentes des autorités de l’OCP.

Les faits sont limpides : les autorités fédérales et genevoises (car elles ont le pouvoir de ne pas exécuter le renvoi) ont séparé une fratrie, laissant le cadet seul, envoyant ses aînés dans un pays totalement inconnu, sans la moindre connaissance linguistique, sans le moindre soutien possible, sans la garantie que leur traitement médical des traumatismes subis dans leur parcours migratoire puisse être poursuivi. Pourquoi ?

Bien sûr, j’entends déjà le qualificatif de Bisounours retentir : mus par nos risibles bons sentiments, nous qui dénonçons ce renvoi travestissons la réalité, la confondant avec nos rêves. Mais enfin, il y a trop de réfugiés chez nous, il faut donner des gages à la population apeurée par la crise migratoire, appliquer la loi strictement pour la rassurer !

Voyons donc la réalité en face : tout d’abord, il est irréaliste de penser régler le problème de la migration isolément, dans chaque pays. Les frontières sont trop poreuses, quoi qu’on fasse, le flux trop important pour éviter les arrivées, clandestines ou non ; une collaboration entre les différentes nations européennes est nécessaire, même si, actuellement, une majorité d’entre elles pense tout haut que, moins il y en a, plus on les renvoie selon les accords Dublin, mieux ça vaut pour soi-même. Or, si l’on prend la peine de penser globalement, ce ne peut être la solution, puisque, chacun se livrant à ce jeu, les migrants deviendront de plus en plus des cas sociaux, jetés d’un pays à l’autre comme des balles de ping-pong, accréditant ainsi la faillite de nos valeurs occidentales et notre faiblesse face à menace djihadiste. Comment la Croatie peut-elle ne pas nourrir de méfiance à l’égard de la Suisse devant l’arrivée de trois jeunes gens dont l’intégration lui posera indiscutablement problème, alors même qu’elle était en bonne voie dans notre pays ?

Ensuite, appeler à une application aveugle de la loi pour rassurer la population est un miroir aux alouettes. En effet, c’est faire passer la situation individuelle, donc l’être humain, en second plan. Le propre même des régimes totalitaires ! Le contraire des batailles menées par nos démocraties ! Dès que le critère de prise en compte de l’être humain n’est plus retenu, dès qu’il devient impossible de nuancer en fonction d’une situation individuelle, le risque est grand de voir le système entier glisser vers une application totalitaire des lois et menacer ainsi sa propre population, composée évidemment … d’êtres humains.

Le radicalisme islamique possède une caractéristique perverse, il entraîne le radicalisme opposé. Le choc des deux est alors en marche, et c’est exactement ce que souhaite le premier ! Même si c’est actuellement tendance, ne tombons pas dans le panneau et remercions les Bisounours de le dénoncer !

13:46 Publié dans Air du temps, Genève, Humeur | Lien permanent | Commentaires (7) | |  Facebook | | | |