30/08/2016

Mineurs migrants et formation

Le nombre de ces jeunes migrants, voyageant souvent seuls, croît d’année en année, particulièrement dans le postobligatoire qui a vu leur nombre doubler en 4 ans. C’est là une problématique majeure de la crise migratoire actuelle qui interpelle chacun de nous.

Lorsque le jeune est trop âgé pour bénéficier des structures d’accueil de l’école obligatoire, il ne bénéficiera que de deux ans de prise en charge au sein du DIP au maximum. Pour ceux, nombreux, qui ont connu une scolarité lacunaire voire totalement absente, le défi est colossal : il s’agit durant ce laps de temps d’apprendre le français, parfois à lire, à calculer et à écrire, d’acquérir les bases scolaires qui permettent une entrée dans une formation, scolaire ou professionnelle. Autant dire que la tâche est quasi insurmontable pour une bonne partie d’entre eux, malgré l’énorme investissement des enseignants de l’ACPO (accueil du postobligatoire) ! Si une formation n’est pas possible, l’alternative est simple : soit trouver du travail, soit s’inscrire à l’Hospice. Personne ne contestera la valeur intégrative du travail d’une part, ni d’autre part, les dangers que font courir le désœuvrement et l’assistance sociale permanente.

Malgré tous ses efforts, le DIP ne peut outiller suffisamment tous ces jeunes migrants pour leur permettre de s’insérer socio-économiquement. Il doit nécessairement être aidé, tant sur le plan cantonal que national. Je vois deux pistes possibles :

A Genève, les entreprises qui comptent des métiers à faible qualification engagent parmi ces jeunes qui sortent sans autre possibilité de leurs deux ans de DIP et, peut-être avec l’appui de l’OFPC (Office de formation professionnelle et continue), mettent sur pied une formation de base, rapide et concrète, attestée en fin de parcours, dans le travail confié ; j’imagine que dans les domaines de la construction, du tri des déchets, du transport de marchandises ou de la petite réparation par exemple, il est possible de concrétiser cette idée.

La Confédération, en outre, doit, me semble-t-il, apporter sa pierre à l’édifice, disparate suivant les cantons. Des moyens financiers supplémentaires évidemment, mais peut-être aussi des programmes d’activités rémunérées, si possible de formation attestée, dans toute la Suisse, comme des offres de travail dans des exploitations agricoles. Faute de quoi, notre canton va vers une situation intenable pour la formation : cette année, les moyens nécessaires pour former et encadrer les jeunes migrants ont pu être obtenus en bourrant au maximum les classes du CO (économie de 26 postes), mais l’année prochaine, où pourra-t-on aller les chercher sans l’aide fédérale ?

Quant à l’argument, UDC-compatible, qui réclame que les moyens attribués aux jeunes migrants soient prioritairement destinés à la population locale en précarité, je ne lui trouve aucune pertinence. D’abord, sur un plan humain : qu’on le veuille ou non, quoi qu’on fasse, des (jeunes) migrants continueront d’arriver dans notre pays. Ne pas leur donner la possibilité de s’intégrer, ne pas les prendre en charge, c’est les condamner à toutes les dérives et à être exploités : drogue, prostitution, délinquance assurées ! En définitive, c’est aussi œuvrer à l’encontre du bien-être et de la sécurité de notre société ! Ensuite, sur un plan intellectuel, le raisonnement participe de la pensée binaire : soit l’un, soit l’autre, jamais l’un et l’autre. Ce type de pensée est séduisant, parce que simple à appréhender, permettant d’évacuer une donnée par son exclusion ; le plus grand parti de Suisse en a d’ailleurs fait sa marque de fabrique et réitère dans son initiative « contre les juges étrangers ». Pourtant penser la complexité demande de prendre en compte tous les paramètres sans en exclure un. Comment donner du crédit intellectuel à un Trump qui promet de virer tous les musulmans des Etats-Unis ? Comment imaginer une Europe dans laquelle la Suisse isolée n’aurait que des relations occasionnelles et épisodiques ? Comment penser une Genève se détournant des migrants pour ne s’occuper que de ses concitoyens en difficultés ?

12:31 Publié dans Air du temps, Genève, Humeur | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Facebook | | | |

Commentaires

La Suisse n'est pas une structure d'accueil. La Suisse est un pays qui fait face aux défis économiques et sociétaux en gérant son immigration. Sa réussite n'est pas le fruit du hasard ni de sa seule volonté de bien faire mais aussi de la modération avec laquelle elle accueille les migrants. Mettre en avant le seul critère humanitaire pour justifier une politique dangereuse qui sans résoudre les problèmes que rencontre nos jeunes va en ajouter d'autres comme ceux que vous mentionnez d'ailleurs vous-même comme la délinquance la prostitution les trafics en tous genres et l'extrémisme religieux n'est pas responsable. A l'inverse une politique lucide et prudente qui a fait ses preuves doit être menée, sans verser dans l'émotionnel ni le mondialisme qui incitent a prendre de mauvaises décisions pour la pays. C.F. Ramu a écrit ."Que chaque maison soit forte et le pays sera fort" En ouvrant toutes grandes les portes de la Maison Suisse et en laissant les clefs aux Barons européens par l'intermédiaires de leurs juges on va détruire les structures de ce bel édifice que nos aïeux ont mis tant de temps et d'énergie à construire.

Écrit par : norbert maendly | 30/08/2016

Si vous lisez attentivement, vous vous rendrez compte qu'il n'y a pas que le critère humanitaire. Pour le reste, je constate votre discours isolationniste et passéiste. Et le présent, l'avenir, qu'en faites-vous?

Écrit par : Jean-Michel Bugnion | 31/08/2016

La grande majorité des migrants adultes provenant de zones de guerr et/ou de sous-développement chronique ne sont pas intégrables dans l`économie privée, comme le montrent les récentes statistiques allemandes. Ergo, la seule solution envisageable est de les intégrer dans une économie publique, c.á.d. au service des collectivités publiques. Cela implique un travail peu qualifié et donc le salaire minimum, mais surtout des fonds publics importants pour financer des emplois (publics) pas nécessairement rentabilisables dans une perspective purement économique. Ces fonds supplémentaires doivent bien-sur etre fournis par les citoyens (a moins de faire surchauffer la planche a billets) et donc au travers d`impots nouveaux. Il n`y a pas de solution miracle.

Écrit par : Jean | 01/09/2016

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