14/04/2016

Quelle laïcité?

Une partie du groupe Ensemble à Gauche a déposé le projet de loi 11766 qui présente la laïcité sous une forme que je qualifierai d’exclusive.  En effet, d’après le texte, les religions, juste tolérées par l’Etat, doivent être cantonnées dans la stricte sphère privée, sans possibilité aucune de manifestation publique ni de signes d’appartenance religieuse dans le domaine public (fonctionnaires, écoles, etc…). Elles n’ont ainsi plus droit de cité, n’ont que le droit au silence.

Pour donner un exemple des conséquences que cette vision portée à l’extrême peut occasionner,  tournons-nous vers la grande référence en la matière, le gouvernement chinois dont le parti aussi unique que communiste a imposé l’athéisme et chassé le religieux. Depuis 1999, d’abord sous la conduite de Jiang Zemin,  il a mené une féroce persécution des membres du Falun Gong  dont la pratique traditionnelle de gymnastique et de méditation spirituelle, inspirée du bouddhisme,  avait conquis des millions de Chinois depuis 1992, début de  l’enseignement de son créateur, Li Hongzi.  Pourtant fondamentalement pacifistes et non violents, ses adeptes ont été jetés dans les camps dits de réhabilitation, beaucoup sont morts,  certains torturés, certains victimes de prélèvement d’organes.[i]  Ici, la religion, ou même comme pour le Falun Gong une aspiration spirituelle, devient un dangereux concurrent contre le matérialisme idéologique, qu’il faut éradiquer, par tous les moyens, y compris par la propagande à l’extérieur du pays. Quelle ne fut pas en effet ma surprise de trouver dans la Tribune de Genève du 4 mars 2016 l’article « Une troupe chinoise suscite le malaise » qui polémique sur le lien entre la troupe Shen Yun et le Falun Gong. Quand bien même le spectacle qui offre une plongée dans 5000 ans de culture chinoise a ou aurait des liens avec les valeurs du mouvement spirituel, n’est-ce pas le cas d’une bonne partie des oeuvres d’art auxquelles nous avons accès ? Souvenons-nous du tollé entraîné par l’interdiction de jouer pour les écoliers  l’opéra de Britten, L’Arche de Noé !

Pour ma part, je préfère la conception de la laïcité que je dirai inclusive. Les religions et leur histoire sont reconnues, elles peuvent s’exprimer publiquement, leur apport social est considéré. Toutefois, elles devraient être soumises à deux conditions essentielles : d’une part, être limitées dans le domaine public par les lois, règlements, us et coutumes locaux qui s’y appliquent. Par exemple, L’Etat étant laïc, aucun fonctionnaire en contact avec le public ne peut porter de signe distinctif religieux, ou bien hors de question de dispenser à l’école publique de cours de natation ou de serrage de mains ! D’autre part, il m’apparaît essentiel que l’école permette aux élèves de les appréhender, non sous l’angle de leurs croyances, mais sous celui de leur connaissance historique et rationnelle. En effet,  l’objectif de la laïcité consiste à garantir la paix confessionnelle. La conception exclusive cherche à y parvenir par l’élimination, la conception inclusive voudra doter chaque citoyen des outils de pensée qui lui permettront de rejeter les a priori et les préjugés qui sont parmi les pires ennemis de la concorde entre les communautés.

Le PL 11764 déposé par le Conseil d’Etat va dans ce sens. Actuellement en étude en commission, je souhaite qu’il parvienne à intégrer ces deux conditions, à mes yeux garantes d’une laïcité inclusive équitable et pacifiée.

 

[i] Voir par exemple l’article de Newsweek du 1er février 2016, China forces its political prisoners to sell body parts, ou le film Human Harvest, diffusé par 3SAT le 18 février en Allemagne, Autriche et Suisse.

17:10 Publié dans Air du temps, Genève | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Facebook | | | |

Commentaires

La Laïcité n'a rien à inclure et en particulier pas l'islam qui n'a rien apporté aux droits de l'homme.

Écrit par : norbert maendly | 14/04/2016

Une laïcité à préserver avec force et conviction, car Hani Ramadan veut la piétiner. Lisez son dernier article sur le voile et Vals. Pourquoi notre Suisse doit subir des "penseurs" à la petite semaine, alors qu'elle a reçu en son sein des philosophes et des écrivains les plus éclairés.

Écrit par : Noëlle Ribordy | 15/04/2016

Je ne suis pas sûr de vous avoir bien compris :Par exemple, L’Etat étant laïc, ...ou bien hors de question de dispenser à l’école publique de cours de natation..." Vous n'êtes pas d'accord que l'on donne des cours de natation à l'école publique ??????

Écrit par : Plouf | 21/04/2016

On ne peut pas du tout avoir l'assurance, voiles à témoin, que l'islam respecte la laïcité.
Raison pour laquelle la laïcité telle que prévue devra être revue, remaniée et rendue encore plus explicite et ferme. A commencer par la situation des musulmans nouveaux citoyens qui s'établissent en Suisse.

N'est-il pas envisageable que la connaissance de la Bible, des évangiles, puis des théologiens les plus marquants du judaïsme comme du christianisme soit concernant les futurs imams comme imams en place incontournable!?

Etant bien entendu que seule la quête de la vérité, chemin et vie... la justice, l'équité (pratiquement le partage des biens) comme l'amour du prochain (fût-ce... une femme!) doit ou finira par devoir l'emporter.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 21/04/2016

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