11/11/2015

Enfants gâtés?

Haro sur la manifestation des fonctionnaires et leur importante mobilisation, tant de la droite que des médias en général ! Comment osent-ils, privilégiés qu’ils sont,  s’opposer à l’effort « raisonnable » d’augmentation de travail de 2 heures hebdomadaires et de réduction linéaire d’effectifs de 5% en 3 ans ?

Premier argument : la fonction publique genevoise ne cesse de croître, 15% depuis 2010, 700 nouveaux postes dans le budget 2016. Est-ce donc la faute aux fonctionnaires ? Se reproduiraient-ils de manière spontanée et anarchique ? Voyons, un peu de sérieux ! L’augmentation des effectifs repose évidemment sur l’augmentation et le vieillissement de la population, Genève étant le centre urbain qui a connu la plus forte croissance démographique en Suisse ; il s’agit donc de faire face pour assurer les prestations en vigueur dans notre canton.

Deuxième argument : le salaire brut médian, 8666.-, rapporté à celui du privé genevois, 7042.-, et suisse, 7750. La différence repose sur le fait que l’Etat, qui n’a pas vocation de faire du profit sur ses employés, rétribue davantage les emplois peu ou moyennement qualifiés (nettoyeur, concierge, personnel administratif au niveau du CFC, etc.). En revanche, comme le démontre le tollé devant la prime payée aux 7 hauts cadres du département des finances, il se montre bien moins généreux que le privé pour les emplois à haute qualification. De plus, il faut remarquer la différence de 700.- entre le salaire médian genevois et le suisse ; elle démontre de manière peu flatteuse  comment le privé traite ses employés à Genève et pourrait donner à ceux-ci des raisons de revendiquer à leur tour… Dans le service public, on gagne donc plus dans certains métiers et moins dans d’autres à fort salaire. Est-ce donc choquant ou cela ne relève-t-il pas de la fonction sociale de l’Etat ?

Reste la caisse de pension, dans laquelle des sommes énormes sont investies, 800 millions déjà payés, 200 provisionnés et 140 annuels pendant 40 ans. Cette obligation de recapitalisation imposée par Berne a déjà produit un changement de prestations, revues à la baisse dans la nouvelle CPEG qui remplace l’ancienne CIA, « Rolls-Roys »  il est vrai des conditions de retraite. Faut-il encore revoir les conditions, reconsidérer la part employeur-employés ? La question est légitime, mais l’aborder exige, pour le moins,  la tenue de négociations avec les associations du personnel.

Or, le Conseil d’Etat, reprenant un projet de loi de l’UDC d’il y a 2 ans, n’a jamais discuté avec les représentant de la fonction publique de l’augmentation du temps de travail, ni d’ailleurs de la réduction linéaire de 5%. Est-ce que l’éditorialiste du Temps aurait également jugé « indécente » une grève des employés d’une entreprise dont la direction aurait abruptement décidé d’augmenter le temps de travail et de licencier 5% des employés ?

A l’évidence, tant le gouvernement que la droite et la plupart des médias ont trouvé à la fois la source des économies à faire et le bouc-émissaire responsable du déficit budgétaire et de la dette : la fonction publique. D’ailleurs les 2 seules petites mesures de ressources proposées par le CE sur la fiscalité  ont été balayées par la droite en commission des finances, confirmant cette volonté de faire passer seuls les fonctionnaires à la caisse. Et tant pis pour certaines catégories d’entre eux qui sont déjà à la limite de leurs possibilités, dans les secteurs de la santé, de la prise en charge sociale ou de l’enseignement !

Mais personne n’ose briser un tabou et poser la vraie question au peuple : voulez-vous maintenir les prestations publiques et donc nécessairement envisager une hausse fiscale proportionnée au revenu et à la fortune, ou, au contraire, renoncer à certaines prestations, et dans ce cas auxquelles ?

10:44 Publié dans Air du temps, Genève, Humeur | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

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