15/12/2014

Notre école en danger (3)

 

L’attaque technocratique : la Cour ces Comptes révèle un fameux potentiel d’économies (12 millions) et dénonce une absence de contrôle ainsi qu’une insuffisance de résultats. Elle a compté juste, elle a bien fait son boulot, selon ses compétences. Rien à redire, quoique…

 

L’économie de 12 millions repose sur une hypothèse que nul gouvernement précédent n’a suivie : le déplacement en masse des élèves de tous les établissements pour maximaliser le taux de remplissage de toutes les classes, ce qui en réduira conséquemment le nombre. Juste, mais comptable ! Sur un plan humain, les dégâts sont renversants ; d’abord pour les élèves, qui doivent quitter leurs copains-copines, leurs frères et sœurs, commencer leur scolarité isolés, ou pire, car il faut aussi déplacer en cours de scolarité au CO, non seulement ceux-ci mais aussi les profs, les doyens, les assistants sociaux et psychologues avec lesquels ils avaient commencé à tisser des liens. Bien des chagrins, mais aussi bien du travail de soutien individuel à reprendre à zéro. Pour les enseignants ensuite, la mesure est amère : toutes les classes bondées, difficulté d’intégrer les déplacés d’ailleurs qui, forcément, manifesteront leur désaccord, surcharge de travail et de stress garantie. Quant à l’impact sur leur motivation et leur disponibilité pour les élèves, il est facile à imaginer.

 

Passons maintenant à l’obligation de résultats, sous forme de davantage de réorientations positives et d’orientations adéquates. Parfait pour une entreprise, qui définit les objectifs de production et de vente pour son produit, totalement illusoire s’il s’agit d’une étoffe humaine ! Pour une raison très simple : contrairement à un produit matériel, qui n’a pas son mot à dire dans le processus de production, l’élève détient une responsabilité incompressible dans les résultats qu’il obtient. Personne d’autre que lui ne peut effectuer l’effort de travail demandé ;  s’il ne le fait pas, les meilleurs enseignants du monde ne pourront l’amener à la réussite. De même, s’il refuse de voir la réalité en face malgré tout ce que lui démontrent les profs ou les conseillers d’orientation, s’il continue de rêver de collège alors qu’il déteste lire et étudier, si, apeuré par le monde professionnel, il refuse toute démarche de choix, la responsabilité ne peut que revenir à lui, voire à sa famille, mais pas à l’école. A nouveau, la Cour des comptes néglige l’aspect humain – il faut toutefois convenir qu’elle n’est pas faite pour ça - et se contente d’une analyse exclusivement chiffrée qui devient non pertinente. La responsabilité de tout élève dans ses choix et sa scolarité ne peut être écartée, l’école détient une obligation de moyens, non de résultats comme une entreprise. Elle doit mettre tout en œuvre pour aider à la réussite, mais elle ne pourra jamais pallier le manque d’investissement personnel.

 

Le troisième reproche porte sur l’absence de pilotage et le manque de contrôle. La réponse découle de ce qui précède : veut-on vraiment d’un management qui occasionne colère et peine chez les élèves, surcharge, stress et démotivation chez les enseignants ? Qui, au mépris des particularités locales (la population scolaire du CO Renard n’a rien à voir avec celle du CO Florence), uniformise tous les cycles d’une main de fer, à coups de directives répétées, tout autant que détournées par la réalité du terrain ? Illusion dangereuse, qui conduit tout droit à une bureaucratisation, à une absence d’initiative des acteurs de terrain, à une méfiance généralisée dans un système où chacun aura comme première préoccupation de se couvrir pour ne pas avoir à répondre de sa responsabilité.

 

La Cour des comptes a fait son audit comptable, demandé par la cheffe de l’Instruction publique, en toute méconnaissance du terrain. Son utilisation politique peut s’avérer catastrophique sur le plan humain. Il serait temps que Mme Emery-Torracinta demande un autre audit, par un organisme mieux outillé et plus adéquat ! Juste pour ne pas servir sur un plateau de nouveaux arguments fallacieux aux démolisseurs d’école !

 

Oui, entre attaques politiques et illusions technocratiques, notre école genevoise est en danger ! Qui saura la défendre ? Elle le mérite assurément, car ses élèves sont aussi nos enfants.

 

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Commentaires

l'absence de contrôle est clé.

à commencer par le contrôle des compétences des enseignants engagés.

entre-temps, les années passent, et les dysfoncitonnements persistent.

on en était a l'embaûche d'enseignants incompétents, en Hautes Ecoles
amenant la démission d'enseignants compétents
pendant qu'on en était à la destruction d'étudiants niveau bachelor/master

qques années ont passé: les étudiants saqués par des enseignants incompétents vivent leurs dépressions
et la décadence des perf & réputations des HES de GE sera bientôt dans les stats.

Écrit par : genevois déshérité | 16/12/2014

La cour des comptes est une entité démocratiquement perverse, extrêmement coûteuse, qui, contrairement à ce qu'elle communique, n'a pas permis d'économiser un centime. Si centimes économisés il y a eus, c'est uniquement au prix d'une baisse de la qualité de ce que notre état peut mettre à disposition de la population.
Bon, heureusement, ils ne s'envoient plus des seaux d'eau à la tête; ou en tout cas, lorsqu'ils le font, ils ne téléphonent plus à la Tribune....


NON.

Écrit par : haylo | 18/12/2014

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