28/10/2014

Le grand fossé

 

 

Ecopop, la nouvelle initiative de l’UDC contre le droit international, le carnotzet des HUG, que d’émotion ! Que la politique peut être palpitante !

C’est sans doute pour cela que M. Décaillet offre, sur son blog, le jeudi 23 octobre, une ode à l’émotion populaire, allant jusqu’à prétendre que «Eh oui, chers élus, il ne suffit d’aller à Berne pour sa carrière, certains d’entre vous en commis-voyageurs de la banque privée, des pharmas ou des Caisses maladie. Non. Il faut se présenter pour servir. Ou mieux : ne pas ne présenter du tout, le débat politique n’appartenant absolument pas aux élus, mais à l’ensemble des citoyennes et citoyens de notre pays. » Bref, une démocratie directe avec une Landsgemeinde  qui prendrait les décisions politiques en phase directe avec le ressenti émotionnel de la population, en toute souveraineté qui plus est (M. Décaillet soutient l’initiative UDC contre le droit international).

Il oublie pourtant, emporté par son lyrisme et sa vision mythique d’une Suisse originelle, deux éléments essentiels.

Tout d’abord, l’émotion porte en soi sa vérité ; elle n’a pas à être prouvée, il suffit qu’elle soit et elle s’impose. Son principal critère est sa satisfaction, non la pertinence ou le réalisme de son expression. A la vérité d’une émotion ne peut s’opposer que la vérité d’une autre émotion. Il est donc nécessaire de médiatiser les émotions du peuple par le biais de débats parlementaires, qui les transformeront en objet de discussion, d’argumentations et d’analyses, seule manière d’insuffler dans ce choc de deux vérités la raison qui permettra de les dépasser et de les concilier.

Ensuite, l’émotion publique est (quasi) toujours non constructive ;  exprimer, avec d’autres, son ras-le-bol de l’immigration, par exemple, permet de se placer comme victime d’un tort auquel vous êtes étranger et dont la responsabilité revient aux autres, à ceux qui ne font rien. Il est nécessaire d’avoir un relais politique qui transforme alors ce ressenti négatif en un objet parlementaire (projet de loi, motion ou résolution) qui lui donnera alors une forme constructive, compatible avec la discussion et l’étude dans un parlement.

Nous avons la chance de disposer d’une démocratie représentative (les élus représentent le peuple) et délibérative : tout objet politique est soumis au crible du débat parlementaire, garantie d’une prise en compte rationnelle, du moins pour une partie, j’en conviens, et responsable.

Disqualifier à qui mieux mieux les députés, cantonaux ou fédéraux, revient à discréditer l’ensemble de nos institutions politiques ; creuser un fossé entre les organes politiques et la population afin qu’elle  s’en méfie toujours plus, c’est attaquer notre modèle de démocratie, qui a pourtant, oh combien, fait ses preuves.

Pour ma part, je me range résolument du côté des « pisse-froid cérébraux » selon l’expression de M. Décaillet,  car je crains, pour mon pays,  les boutefeux démocratiques et les conséquences de leurs actes.

 

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14/10/2014

Lettre ouverte au bureau du Grand-Conseil

 

Mesdames, Messieurs,

 

Avec tout le respect que je vous dois, je me permets de réagir publiquement pour manifester ma totale incompréhension devant l’absence de sanctions pour les fauteurs de troubles, lors de la séance du 10 octobre 2014.

 

Certes, il fallait apaiser l’emballement médiatique, calmer les esprits pour donner une chance au budget 2015, bref considérer ce qu’on appelle la Realpolitik !

 

Mais aucune Realpolitik ne peut piétiner à ce point nos institutions politiques qui sont les garde-fous  de notre démocratie !

 

Comment expliquer aux citoyens, qui ont pu voir ce qui s’est passé, que le comportement et l’attitude d’un chef de groupe et de sa députation n’ont pas de répercussions, que l’insoumission à une autorité institutionnelle n’entraîne aucune sanction, que l’organe qui fait les lois autorise ses membres à mépriser celles qui le régissent ?

 

Comment ne pas comprendre ensuite que le fossé se creuse entre les citoyennes et citoyens et une classe politique qui se décrédibilise elle-même ? Comment ne pas craindre à l’avenir l’escalade des transgressions au sein du parlement ? Comment,  au détriment de la  démocratie représentative, donner un tel encouragement  aux populistes, ceux qui dénoncent les  « élites » politiques « tous pourris », se moquent des institutions pour mieux séduire une partie de la population, qu’ils qualifient de « peuple » ?

 

Le vendredi 10 octobre fut un jour sombre pour notre démocratie ; vous avez, par votre décision de ne pas sanctionner, créé un mardi noir, le 14 octobre.

 

Veuillez croire, Mesdames, Messieurs, à l’expression de ma profonde tristesse démocratique.

 

 

 

Jean-Michel Bugnion, député Vert

 

 

 

 

 

PS. A l’heure où j’écris, je n’ai pas d’explication sur l’absence du membre Vert du bureau lors de la séance. Mais je peux affirmer, sans aucun doute, qu’il se serait prononcé pour une sanction maximale, à l’instar du PS, du PLR et du PDC.

 

14:18 Publié dans Air du temps, Genève, Humeur | Tags : grand-conseil, mcg | Lien permanent | Commentaires (16) | |  Facebook | | | |

13/10/2014

Robin des bois, le retour! Vraiment?

 

 

Suite aux incidents de vendredi passé, le MCG contre-attaque et, comme d’habitude, récrit le scénario de Robin des bois. Stauffer-Robin n’a fait que s’en prendre aux puissants, tous pourris comme le parti le proclame depuis longtemps. Seul contre tous et contre l’institution (que le MCG nomme l’establishment), il a parlé, sans peur et sans reproche au nom du peuple et pour le peuple !  Et c’est bien sûr l’horrible prince Antoine qui piétine les droits de ce dernier et a a fait appel aux soudards pour évacuer le rebelle au grand cœur…

 

Quelle belle fiction qui oublie que l’amendement était connu de tous puisqu’il venait d’être débattu et voté une première fois, que le président du Grand-Conseil a demandé à plusieurs reprises à E. Stauffer de quitter la salle et n’ a appelé la police qu’après refus réitérés du député, que les députés MCG ont fait corps autour de leur chef pour empêcher son évacuation, que c’est l’intervention du président du CE, François Longchamp, et de Mauro Poggia qui a provoqué le départ d’Eric Stauffer, après 30 minutes de bravade !

 

A nouveau, on peut constater à quel point le personnage concentre sur lui tous les regards. Il faut en convenir, il a le verbe haut et le style tribun du peuple, il sait prendre les coups et surtout en donner, il est le parfait paratonnerre pour son parti et l’idéologie de celui-ci.

 

En effet, lorsque les medias ou les adversaires politiques focalisent sur le leader du MCG, ils négligent ce qu’il couvre de sa stature imposante :

 

Un vide de contenu programmatique : celui-ci se résume à 2 slogans : « Genève aux Genevois » et « Y en a marre », sur un fond de stratégie du bouc-émissaire envers les frontaliers.

 

Un opportunisme politique constant, à l’image de la volte-face sur le siège, durant le débat de la « lex Longchamp »sur les PPE, que le parti s’est permis d’exécuter, alors même qu’il présentait le rapport de majorité favorable à la loi.

 

Une absence d’éthique qui  l’autorise à récolter des signatures pour le référendum contre la loi sur la police, en prétendant que celle-ci permettra à des frontaliers de devenir policiers, ce qui est rigoureusement faux, puisque l’interdit figure dans le règlement.

 

Une attitude irrespectueuse récurrente de sa députation durant les séances du Grand-Conseil : huées contre la partie adverse, gestes indécents comme celui d’égorger, invectives,  jusqu’à la tentative d’obstruction physique à l’autorité institutionnelle de vendredi soir.

 

Qu’on ne s’y trompe pas ! Eric Stauffer n’est pas un nouveau Robin des bois, ses compagnons ne sont pas de joyeux drilles mais de tristes sires,  son mouvement ne donne rien au peuple mais utilise celui-ci pour son propre intérêt et sa propre gloire.

 

17:15 Publié dans Air du temps, Genève, Humeur | Tags : mcg, grand-conseil | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Facebook | | | |