25/09/2014

Le bouc-émissaire

 

En complément du blog de Bertrand Buchs,

 

http://bertrandbuchs.blog.tdg.ch/archive/2014/09/25/la-haine-ordinaire-260105.html,

 

quelques réflexions sur un phénomène psychologique récurrent en histoire que je partageais jadis avec mes élèves, persuadé qu’il s’agit d’une clé pour comprendre les comportements de masse excluant un groupe identifié de la société.

 

Au IIème siècle avant JC, lorsque la peste ravageait un village de la péninsule arabique, un chameau était promené entre toutes les maisons,  chargé de capter la maladie, puis sacrifié pour faire disparaître celle-ci. A la fête du Yom Kippour, c’était un bouc qui, chargé de tous les péchés d’Israël, était sacrifié pour leur rémission. D’ailleurs, l’expression vient de là, le bouc étant, dans les premiers temps, envoyé dans le désert.

 

Le fondement historique du bouc-émissaire est donc bien un sacrifice à commettre pour le bien de la société.

 

Sur le plan psychologique, tout le monde connaît ce phénomène et l’a pratiqué. Lorsqu’on a mal, il est tentant de trouver un coupable, autre que soi-même, et de le rendre ainsi responsable de ses maux ; pensez au petit enfant qui trébuche sur une chaise, tombe, donne un grand coup de pied à la chaise en l’insultant.

 

En ce qui concerne le comportement des masses*, le phénomène est le même ; dans une société en proie à des difficultés psychosociales (chômage, perte d’identité, stress permanent, etc.), le sentiment de mal-être cherche un exutoire, un coupable autre. Il s’agit en effet de trouver un groupe facilement identifiable, différent de la majorité, et sur lequel celle-ci va pouvoir projeter le mal qui la ronge. Ainsi, dire « C’est la faute au FRONTALIER, ou au JUIF, ou à l’ARABE ! » permet à la fois de trouver un responsable  à notre mal et de se sentir mieux, puisque nous sommes différents, nous n’appartenons pas au groupe bouc-émissaire, nous sommes dans le groupe du bien. La suite procède d’une logique aussi simple qu’implacable : il suffit de sacrifier le bouc-émissaire pour éradiquer le mal.

 

La montée de la haine que dénonce Bertrand Buchs s’inscrit parfaitement dans ce cheminement dont l’Histoire nous a donné déjà de nombreux exemples. En politisant le bouc-émissaire « FRONTALIER », le parti genevo-genevois a ouvert la boîte de Pandore et plonge ses suiveurs dans un tourbillon de sentiments négatifs, psychologiquement difficiles à vivre, comme le témoignent les exemples donnés par M. Buchs.

 

Il faut donc clairement et unanimement refuser l’instrumentalisation politique de tout bouc-émissaire, non seulement par égard au groupe exclu, mais aussi par égard à la haine qu’elle apporte aux autres et qui ne pourra jamais être assouvie.

 

 

 

 

 

 

 

*dans l’acception de Chomsky, merci de ne pas y lire le moindre mépris !

 

 

 

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20/09/2014

Quelle sécurité?

 

En 2013, les chiffres de la criminalité sont en baisse, le magistrat en charge du département et le procureur général ont eu le triomphe modeste.

 

En effet, parallèlement, l’analyse du sentiment d’insécurité dans la population a encore crû jusqu’à atteindre le 49% !

 

Première constatation objective : il n’y a pas de corrélation directe entre les résultats de la lutte contre la criminalité et le sentiment d’insécurité éprouvé par les citoyens. En clair, l’efficacité de la police et la politique d’incarcération choisie ne sont pas suffisantes pour rassurer nos concitoyens. Plutôt étonnant, non ?

 

L’explication de ce paradoxe tient à un autre pourcentage. Parmi ceux qui éprouvent un sentiment d’insécurité, seulement 18% sont satisfaits de l’endroit où ils vivent. La qualité de son logement et de son environnement proche, le contexte social de son quartier interviennent donc pour beaucoup dans la perception de la sécurité.

 

M. Maudet, en charge du DES, s’est vertement emporté au Grand Conseil contre le parti de la même couleur, l’accusant de combattre la prison des Dardelles par la même vision idéologique qui avait auparavant mené Genève dans le mur. Les chiffres publiés par son département et cités plus haut devraient pourtant l’amener à nuancer sa propre vision.

 

En effet, des questions fondamentales se posent, de manière objective :

 

Si le sentiment de sécurité est aussi tributaire de la qualité de vie et de lien social des habitants de la cité, pourquoi consacrer autant de ressources budgétaires à la répression et à l’enfermement ?  La lutte contre l’insécurité est le but déclaré de l’action politique de M. Maudet, soit. Dans ce cas, pourquoi ne tient-il pas compte des conclusions  que donnent les indicateurs qu’il a, lui-même, mis en place ? ? Pourquoi le DES obtient-il 5% d’augmentation pour le prochain budget, augmentation qui se situera à 10% les années suivantes, forcément au détriment du DALE ou du DEAS, dont les budgets diminuent fortement, alors que, nous l’avons vu, leurs actions contribuent tout autant à construire un sentiment de sécurité ?

 

Questionner la pertinence d’une nouvelle prison de 450 places, dont le coût impacte grandement le budget de l’Etat, se rajoutant à l’extension de 100 places d’une prison existante (La Brénaz) et à la difficile mise en marche de Curabilis, n’est-ce pas légitime ?  Le reprocher violemment dénote un manque d’ouverture à une réflexion globale sur la sécurité et, peut-être bien, un parti pris … idéologique !

 

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14/09/2014

Human Brain Project, un cas d'école

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Bonne nouvelle : la Suisse a été réintégrée, certes provisoirement, comme pays associé au programme général  européen de recherches scientifiques « Horizon 2020 » ; le projet HBP peut se poursuivre, en tout cas jusqu’en 2016.

 

Autre nouvelle : un médiateur scientifique a été désigné par l’UE pour tenter de concilier la direction donnée actuellement par les directeurs du projet, essentiellement axée sur une modélisation informatique, et les critiques émises par plus de 800 scientifiques européens qui dénoncent la part congrue laissée aux sciences cognitives et aux biosciences dans la démarche.

 

D’une part, nul ne peut vraiment contester le potentiel extraordinaire que cette investigation du fonctionnement de notre organe de pensée et d’apprentissage représente pour TOUS les secteurs de l’activité humaine. Que les chercheurs suisses  participent est une plus-value évidente pour l’ensemble du pays. D’autre part, force est de constater la complexité de la démarche et la difficulté de fédérer les nombreuses parties  qu’elle concerne. Beaucoup d’efforts et d’énergie, beaucoup de diplomatie et d’échanges sont nécessaires pour affronter ce défi, sans laisser l’un ou l’autre de ses participants de côté, rempli de frustration.

 

Eh oui, la recherche scientifique est complexe, l’objet d’étude est complexe, le monde est complexe ! Face à cette évidence, une seule alternative : soit on affronte la complexité et on se donne les moyens pour le faire, en termes de ressources, de temps, d’énergie et d’échanges (lire les travaux d’Edgar Morin ou d’Anthony Wilden à ce sujet), soit on opte pour la simplification, la réduction du réel aux seuls éléments que l’on croit maîtriser, renonçant de facto à avoir la moindre action significative face à la "tendre indifférence du monde" (A. Camus).

 

Découragée par la complexité toujours grandissante sur notre planète, une bonne partie de la population suisse se rallie à la posture de simplification extrême que prône l’UDC : fermons les frontières, interdisons l’immigration et dénonçons les bilatérales, quitte à nous retirer des programmes de recherche scientifique ! Simple, n’est-ce pas ? Hélas, ni le monde, ni l’être humain, ni la vie ne peuvent se réduire à cette simplicité-là !

 

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