21/08/2014

Le regard d'un retraité

 

Adolf Ogi, Pascal Couchepin et, à un niveau bien plus modeste, ma petite personne avons tiré la sonnette d’alarme après l’annonce des nouvelles initiatives de l’UDC.  De bords politiques différents, tout trois partageons quand même un trait commun : nous sommes des retraités, avec une carrière derrière nous et un âge respectable.

 

Le réflexe naturel du retraité consiste à se retourner et à contempler le long chemin qu’il a parcouru. Et défilent alors les trente glorieuses, avec l’afflux de capitaux dans les banques et de saisonniers dans les secteurs primaire et secondaire qui ont établi la prospérité de notre pays. En 1989, chute du mur et fin de la guerre froide ; un monde mondialisé commence, un nouvel ordre est à construire. Puis, ce qui fut pour moi un sacré choc, le refus de l’EEE en 1992 ; j’en ai conçu une grande rogne, vouant sur le moment aux gémonies l’égoïsme du peuple suisse. Ensuite, les premières bilatérales signées en 1999, suivies par d’autres au fil du temps, qui relancent notre croissance économique, commerciale et scientifique. L’UDC devient le premier parti de Suisse, mais Blocher n’est pas réélu au CF ; la gauche perd du terrain et la politique fédérale penche de plus en plus à droite. Crise des subprimes, du secret bancaire, de l’échange automatique d’informations et de la fiscalité, le pays résiste toujours et présente une santé économique  et une stabilité sociale qui, naturellement, font des envieux  ailleurs !

 

Qu’est-ce qui, contre vents et marées, a permis à notre petit pays de traverser les soixante dernières années en conservant et en augmentant sa prospérité, alors même qu’il est composé de cantons jaloux du fédéralisme et parlant des langues différentes, avec des cultures différentes ? Qu’est-ce qui l’a tenu protégé des grands soubresauts internationaux ? Je suis à présent convaincu que c’est son système politique. Le fameux consensus helvétique que j’ai tant décrié, jeune ! C’est long et complexe, ça prend beaucoup de temps, c’est souvent mou, ça donne peu de prise aux grands idéaux, mais … ça marche. Une manière originale de faire de la politique, le moins personnalisée possible, contrairement aux autres pays ; une recherche constante de compromis, qui laisse peu de place aux grandes victoires, comme aux cuisantes défaites, même s’il y en a eu quelques-unes. Un savant dosage de libertés cantonales et de nécessités fédérales, un art consommé de la diplomatie, alliant la défense de nos intérêts à l’apport que nous amenons sur la scène internationale, par exemple en offrant nos bons offices entre belligérants ou l’accueil dans notre Genève internationale.

 

Pas très sexy, ni spectaculaire, notre système, mais diablement efficace, il faut le reconnaître ! D’ailleurs, je suis persuadé que le fondement de  l’éviction de Blocher du CF n’est ni une vengeance personnelle, ni un effet d’alliances politiques, plus ou moins secrètes. C’est le système qui l’a exclu, en tant que corps étranger à son fonctionnement, pour assurer sa pérennité.

 

Seulement voilà, Blocher veut se venger de cette humiliation et entraîne son parti dans un règlement de comptes avec notre système politique,  de plus en plus radicalisé, de plus en plus jusqu’au-boutiste.

 

Après s’être retournés et regardant l’avenir, ce que les trois retraités, qui n’ont plus rien à prouver, craignent pour le pays,  c’est la destruction de ce qui fait à la fois sa force, son originalité et sa richesse.

 

16:52 Publié dans Air du temps, Genève, Humeur | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Facebook | | | |

Commentaires

Blocher est un dinosaure - en voie d'extinction.

Écrit par : Déblogueur | 22/08/2014

Certes, mais il a fallu un changement radical de climat pour que les dinosaures disparaissent...

Écrit par : Jean-Michel Bugnion | 22/08/2014

depuis quelques temps le conseil fédéral ne représente plus la volonté du peuple, Christophe Blocher a été élu. On a préféré créer un nouveau parti le PBD pour installer Widmer Schlumpf à sa place. Personne ne doute de l'efficacité avec laquelle celle-ci à offert au USA et à la France des ponts dorés, a détruit notre système bancaire et a libéré Polanski. Je suis opposé à mr Blocher, mais c'est le plus grand parti de Suisse, donc il a droit au minimum à 2 sièges au CF. Le PBD n'atteint pas les 5%. Dans ce cas pourquoi ne pas avoir offert un siège au Parti du Travail présent depuis 70ans et qui a permis la création de l'AVS, les congés payés, l'assurance chômage...

Écrit par : Xavier Lany | 24/08/2014

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