13/08/2014

Pfoui au droit international!

 

J’ai déjà eu l’occasion, dans mes notes précédentes*, de m’interroger sur les fondements de la pensée politique de l’UDC. La dernière Newsletter genevoise de ce parti, No 18, du 12 août 2014, en présente une nouvelle illustration, à ne pas manquer ! Elle reprend d’ailleurs toute l’argumentation de M. Blocher lors de sa conférence de presse du même jour, annonçant une nouvelle initiative UDC.

 

Sous la plume de sa présidente,   et sous le titre éloquent de « Pas de droit supérieur lorsque notre sécurité est en jeu », on peut lire une charge en règle contre de droit international et les juges « étrangers », qui se conclut par un vibrant « Il est donc grand temps que la Suisse fasse à nouveau passer son propre droit avant le droit international. L’enjeu principal est bel et bien la sécurité et le bien-être de la population ».

 

Il apparaît d’abord un paradoxe : le but du droit a été et reste toujours de protéger les hommes. Le droit international régit les rapports entre états et  leurs sujets sur le plan international. Le droit national de chaque pays doit donc intégrer le droit international de façon à être protégé dans ses relations avec l’étranger. Ce dernier n’est pas « supérieur » au droit du pays, mais complète celui-ci dans ses relations avec les autres pays. Comment envisager que les relations internationales soient laissées au bon vouloir de chacun ? N’y a-t-il pas assez de tristes exemples, actuellement, qui démontrent le chaos et les dommages qu’entraîne le non respect du droit entre les pays (Palestine-Israël, Syrie, Irak, Ukraine,…) ? Prétendre que le droit international met en danger la sécurité et le bien-être de la population suisse est  au mieux absurde, au pire fallacieux.  Il serait totalement insensé d’imaginer une Suisse méprisant les autres pays et vivant, isolée, de son marché intérieur et de ses ressources, une sorte de Corée du Nord européenne. Les premières conséquences du 9 février sur les secteurs de la recherche et de l’innovation en sont déjà un rude avant-goût !

 

Ensuite, la conception udcéiste de la souveraineté du peuple suisse questionne. Certes, notre peuple, comme ceux des autres démocraties, est souverain, mais disposerait-il d’un pouvoir absolu ? Peut-il faire ce qu’il veut, comme il veut, quand il veut, au détriment de qui il veut ? N’est-il pas soumis à la constitution fédérale qui stipule dans son article 5, alinéa 4 : « La Confédération et les cantons respectent le droit international. » ? Décidément, la prose de la conseillère nationale genevoise nous projette en plein XIXème siècle, au temps des Etats nations et du nationalisme triomphant ! Sauf qu’entretemps, il y a eu deux guerres mondiales, la constitution de la Société des Nations, puis celle de l’ONU pour tenter de ne plus jamais vivre  cela.

 

Enfin, personne ne me fera croire que les têtes pensantes de ce parti sont assez stupides pour réellement concevoir un Alleingang de notre pays, coupé de ses relations internationales. Ces nouvelles initiatives annoncées contre l’asile et le droit international ne font que poursuivre la stratégie politique de toujours : discréditer les institutions politiques et les personnes qui les servent et capturer l’émotion populaire grâce à ce discrédit afin d’augmenter toujours plus la puissance du parti. Mais, dites-moi, au bénéfice de qui ?

 

Analyser le discours de l’UDC révèle que le premier parti de Suisse est bel et bien nationaliste plus que patriote, isolationniste et opportuniste plus que protecteur, obscurantiste plus que conservateur. Attention, danger !

 

*Vade rétro, Satanas, 10.08.14 et La loi du plus fort, 5.08.14

 

 

 

10:18 Publié dans Air du temps, Genève, Humeur | Lien permanent | Commentaires (15) | |  Facebook | | | |

Commentaires

Il est vrai que ces combats de coqs entre partis sont amusant surtout quand on lit ceci sur l'UDC et que d'autres rêvent d'une décroissance totale et qui amènera tout le monde a vivre comme à l'époque des crocs mitaines et de Cro Magnon
Une certaine Eglise propose un cours pour aider les Suisses à se réorienter c'est pas le peuple le plus en danger et on va finir par croire qu'à force de fêter des Millénaires,centenaires,bi -centenaires plus aucun politicien n'a le courage de relever de nouveaux défis sans pour autant détruire ce qui venait d'être mis en route
Le peuple lui n'est pas désorienté du tout surtout en ce qui concerne Neuchâtel Fribourg et Valais ,ailleurs on n'est plus sûr de rien par les temps qui courent/rire
très belle soirée pour Vous Monsieur Bugnion

Écrit par : lovsmeralda | 13/08/2014

Ce pays est devenu un foutoir, il va falloir reprendre la main ici n'en déplaise à votre sacrosaint Droit international.

Écrit par : JDJ | 13/08/2014

S'il y a, avec mépris, l'"émotion populaire" l'émotion populaire une fois stabilisée PEUT OU "RISQUE"! de laisser place à une réflexion qui n'est pas forcément celle de sots ou niais, simplets voire benêts... c'est-à-dire citoyens ne pensant pas forcément, peu ou prou, comme en haut lieu on souhaiterait que l'on pensât.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 14/08/2014

Je ne pense pas qu'ajouter du chaos au foutoir arrangera les choses! Il s'agit d'agir dans les limites d'un droit national compatible avec le droit
international.

Écrit par : Jean-Michel Bugnion | 14/08/2014

@Myriam Belakovsky: je vous rappelle que le nom suisse allemand (SVP) du parti se traduit par "parti du peuple suisse". C'est bien l'UDC qui revendique son caractère populaire. De plus, je ne vois pas en quoi et pourquoi le qualificatif peut témoigner d'un quelconque mépris!?
Libre à vous, bien sûr, de penser différemment du "haut lieu" et heureusement que c'est le cas de nombreuses personnes. Mais, désolé, sur ce coup, je maintiens qu'isoler la Suisse des autres pays n'a pas de sens et représente un véritable danger pour notre pays.

Écrit par : Jean-Michel Bugnion | 14/08/2014

Donc, selon vous, en bon europhile convaincu, la Suisse devrait adhérer à l'Empire, sous peine de se voir punir comme les europhobes de l'Ukraine de l'est ?

La carotte ou le bâton ...

Écrit par : Victor-Liviu DUMITRESCU | 15/08/2014

@M. Dumitrescu:
Il est évident que l'Europe actuelle n'est pas au point et que l'art de nos diplomates nous a fait bénéficier des bilatérales, qui nous ont enrichis commercialement, économiquement et scientifiquement.
Après le 9 février, cette voie se complique et la mise en application de l'initiative contre l'immigration de masse décidera de la position de l'UE, qui ne pourra accepter des restrictions à la libre circulation, sous peine de voir alors ses propres membres les réclamer.
Avant d'évoquer une adhésion hypothétique, il faudra d'abord voir dans quelle mesure nous pourrons continuer à entretenir avec l'UE satisfaisantes pour les uns comme pour les autres. De toute façon, un regard lucide sur la scène internationale permet de constater que l'afflux d'émigrants du Sud vers le Nord n'est pas près de se tarir, bien au contraire. Et tous les pays sont et seront inexorablement touchés, qu'ils appartiennent ou non à l'UE!

Écrit par : Jean-Michel Bugnion | 15/08/2014

Monsieur Jean-Michel Bugnion: n'avez-vous pas le sentiment que le droit international se confond de plus en plus avec le droit du plus fort?

Écrit par : Charles | 15/08/2014

Je fais plutôt la constatation que les plus forts piétinent allégrement le droit international quand ça les arrange, comme Israël qui bombarde écoles et hôpitaux à Gaza ou la Russie qui annexe la Crimée.

Écrit par : Jean-Michel Bugnion | 15/08/2014

Merci monsieur Bugnion, nous sommes donc d'accord.

"Il est évident que l'Europe actuelle n'est pas au point".

Mais, ne vous en faites pas, vous êtes dans le camp du 75% ...

Écrit par : Victor-Liviu DUMITRESCU | 16/08/2014

Monsieur Jean-Michel Bugnion: c'est intéressant que vous mentionnez la Crimée, mais pas le Kosovo. Auriez-vous déjà oublié ce qui s'est passé en Yougoslavie? Comment allez-vous justifier les bombardements américains sur Belgrade et le dépeçage de la Yougoslavie?

Vous remarquerez ainsi que ceux qui invoquent le droit international sont ceux qui ne le respectent pas. Les exemples sont nombreux: Libye, Côte d'Ivoire, Rwanda, Irak, etc.

Savez-vous que la Crimée est peuplée très majoritairement de Russes? Et pourriez-vous nous dire quel crime contre le droit international a été commis en Crimée?

Écrit par : Charles | 16/08/2014

L'intervention militaire de l'OTAN repose sur la résolution 1244 du Conseil de sécurité des Nations-Unies. Peu importe ici de savoir si on soutient ou pas cette intervention; mais force est de constater qu'elle a une base légale, contrairement à l'annexion de la Crimée qui appartenait à l'Ukraine par la Russie. Bien sûr, la grande majorité des habitants sont russophones mais il n'empêche que le gouvernement ukrainien et l'ONU n'ont rien eu à dire; aucun traité, aucune base légale pour justifier cette annexion, juste la loi du plus fort.
J'ai l'impression que vous mélangez le concept de droit avec l'application qui en est faite. Vous conviendrez peut-être qu'une absence de droit international entraînerait un chaos encore plus terrible sur notre planète, chaque pays interprétant ses relations avec un pays étranger selon ses propres intérêts. Evidemment, cela ne fait pas pour autant un monde angélique, certains pays en certaines circonstances passent outre les règles et les lois internationales. Mais cela signifie-t-il qu'il faut s'attaquer au concept lui-même? La loi interdit de conduire avec plus de 0,05 d'alcool; de nombreuses personnes l'outrepassent, certaines sont sanctionnées, d'autres pas. Faut-il abolir la loi?!

Écrit par : Jean-Michel Bugnion | 16/08/2014

Parlant de la Crimée en ces termes, monsieur Bugnion, c'est rejeter la réalité.
Le referendum ... vous en faites quoi ?

J'aimerais bien que l'on parle des citoyens ukrainiens de l'est comme des europhobes qu'ils sont et non pas des pro-russes.

Écrit par : Victor-Liviu DUMITRESCU | 16/08/2014

Voyons, un referendum ou plutôt un scrutin d'autodétermination qui n'a l'aval ni du pays dans lequel il se déroule, ni de la communauté internationale! Peut-être pensez-vous que la ville de Moutier en étant la seule à voter le rattachement au canton du Jura doit l'être de facto, sans tenir compte de la Confédération? Poussons plus loin, il suffirait que les habitats d'une région ou d'une ville se déclarent majoritairement pour un autre rattachement politique pour que cela se fasse? En outre,
J'ai l'impression que dans le Donbass être europhobe et russophile se conjuguent plus souvent qu'à leur tour!

Écrit par : Jean-Michel Bugnion | 16/08/2014

L'excès de confiance de Céline Amaudruz mène l'UDC Genève à sa perte.

http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/amnesty-international-descend-celine-amaudruz/story/11467524

Écrit par : Victor-Liviu DUMITRESCU | 17/08/2014

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