05/08/2014

La loi du plus fort

 

Dans les nombreux conflits armés qui sévissent actuellement dans le monde, on ne peut pas dire que les négociations et recherches de compromis, voire de paix, tiennent une large place ! Tout se déroule comme si la seule solution était  qu’une partie écrase l’autre et lui impose sa loi, celle du plus fort.

 

Et la haine ordinaire, hideuse, se banalise : oyez les slogans des manifestations, lisez les interventions sur les réseaux sociaux, voyez la rage déformer les visages !

 

Aux oubliettes les leçons de l’Histoire ! La peste, brune mais aussi d’autres couleurs, se propage à nouveau, l’intolérance religieuse redevient la norme.

 

Hélas, n’en déplaise aux isolationnistes helvétiques, notre pays n’échappe pas à cette tendance. Au plan national, l’UDC concocte une nouvelle initiative anti immigration, rendant celle-ci impossible pour ceux qui auraient le plus besoin d’un asile, la réservant aux rares qui ont les moyens de prendre l’avion et d’obtenir des papiers officiels. La victoire du 9 février lui permet d’imaginer qu’elle possède la puissance nécessaire pour entraîner le pays dans son mépris affiché du genre humain, à l’image de celui que nourrit son patriarche monomaniaque en politique, mais moins regardant en économie, lorsque son entreprise va recruter en Allemagne ! Au plan local, le MCG n’est pas en reste.  Fort du refus des P+R en France voisine et des huées anti-frontalières du Paléo,  son tribun, chef incontesté et incontestable, bande déjà ses muscles :  alors que tous les professionnels auditionnés par la commission des visiteurs avaient expliqué en quoi et pourquoi le projet de loi du Conseil d’Etat de lever le secret médical en milieu pénitencier était néfaste, seul, avant même que le projet de loi ne passe devant le Grand Conseil, il annonçait déjà le dépôt d’une initiative au cas où il serait refusé.

 

Personnellement, étudier l’Histoire, mais aussi vivre en Suisse et voyager, m’ont appris à me méfier de 4 éléments qui, s’ils se réunissent, confectionnent une bombe dangereuse pour quelque pays que ce soit.  La Vérité, l’émotion, l’individualisme triomphant et le culte de la personnalité.

 

A la fin du millénaire passé, Ilya Prigogyne, brillant scientifique, prix Nobel de chimie, faisait paraître La fin des certitudes, démontrant que même les sciences dites dures ne pouvaient se targuer de détenir une vérité universelle. Comment un homme ou un groupe d’êtres humains, d’essence subjective, pourrait-il aller plus loin ?

 

L’émotion tire sa source de la partie primitive du cerveau, dit « le reptilien ». Pour l’émotion la plus fréquente, la peur, le reptilien commande le choix entre deux mouvements instantanés : l’agression ou la fuite.  Si l’être humain ne prend pas le temps et la peine de faire transiter son ressenti par son cerveau cortical, bref celui de réfléchir, il se laissera entraîner par la réaction majoritaire autour de lui, rejoignant les fameux mouvements de foule, qui ont provoqué déjà tant de dégâts dans l’Histoire.

 

Evidemment, lorsque l’individu devient la valeur essentielle d’une société, qu’on chante les louanges de son physique ou celles de sa réussite économique et financière, la collectivité et les besoins de sa majorité passent à l’arrière-plan.  Or, la réussite d’un tout ne se mesure pas uniquement en additionnant le nombre des parties qui y parviennent, elle doit aussi intégrer celles qui échouent et le traitement qui leur est réservé.

 

Enfin, le culte de la personnalité réunit les trois précédents éléments : un individu émerge du groupe ; détenteur de la Vérité, ce qui lui confère la qualité d’un Übermensch nietzschéen, il galvanise émotionnellement les foules et les entraîne à la faire triompher.

 

L’UDC nationale de M. Blocher et le MCG genevois de M. Stauffer présentent, peu ou prou, ces 4 caractéristiques. A mes yeux, ils sont porteurs de véritables dangers, soit pour le pays, soit pour le canton. J’espère que les partis de centre-droit, PLR en tête, ne tomberont pas dans le piège d’une alliance qui ferait alors triompher la loi du plus fort, celle de la jungle !

 

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Commentaires

Il faut qu'on mange ensemble un de ces soirs. J'admire ton énergie et ta façon de parler d'une communauté inavouable à la lumière de l'individualisme terrible.

Écrit par : Juan garcia | 05/08/2014

Merci Jean-Michel pour cette analyse pertinente et humaniste. Dénoncer les dérives actuelles c'est faire preuve de courage qualité importante en politique.
Certains devraient en prendre de la graine.

Écrit par : Descombes isabelle | 06/08/2014

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