13/06/2014

Réponse à un coup de griffe

Voici la lettre à M. Décaillet que j'ai envoyée au GHI, ce jour. Si d'aventure, elle était publiée, le lecture de ce blog vous l'économiserait...

 

Cher Monsieur  Décaillet qui me faites l’honneur, hélas sans me nommer, de votre coup de griffe dans le GHI du 11 et 12 juin 2014,

Que vous défendiez avec vigueur la prise en compte de l’opinion publique, je n’ai évidemment rien à redire ; la vie d’un journaliste indépendant ne doit pas être tous les jours facile et je conçois aisément qu’il se batte aux côtés de ceux qui le regardent ou le lisent.

Sur le fond donc, je ne saurais vous reprocher de ne pas partager mon point de vue sur la démocratie d’opinion. Un regret tout de même, celui de vous voir le simplifier. A mes yeux, l’opinion publique est bien sûr parfaitement en droit de s’exprimer et il n’est pas question de la rabaisser. En revanche, je persiste à dénoncer une récupération politique par les députés qui demandaient la commission d’enquête : élus dans le cadre d’une démocratie délibérative, ils  œuvrent ainsi à contre-emploi, court-circuitent  les procédures institutionnelles,  qu’ils devraient pourtant être les premiers à respecter. A chacun son rôle, le citoyen s’émeut, s’indigne, le député est garant d’un traitement conforme aux lois et aux institutions !

Vous m’avez davantage déçu quant à la forme. Saisir une opinion citoyenne sur un blog de même type et la généraliser pour se gausser et  descendre en flammes l’ensemble d’un parti, c’est léger, trop léger ! Pourquoi diable avez-vous occulté mon nom et ma responsabilité d’expression ? Dois-je comprendre que, pour vous, toute intervention politique, quel qu’en soit le contexte, reflète la pensée de l’ensemble du parti dont elle émane ? Ainsi M. Poggia, fustigeant dans sa fonction de conseiller d’Etat les députés qui réclamaient la CEP, ce qui a eu d’ailleurs le don de vous déplaire, révélerait-il ainsi l’opinion véritable du MCG sur ce sujet ?

Allons, M. Décaillet, j’attends de vous à l’avenir des stratégies à la hauteur de la noblesse de la cause que vous défendez avec tant de verve, celle de l’opinion publique.

 

12:45 Publié dans Air du temps, Genève, Humeur | Lien permanent | Commentaires (12) | |  Facebook | | | |

Commentaires

La "démocratie d'opinion" est une expression méprisante. Il y a la démocratie. Point. Le souverain est le peuple. Voulez-vous nous dire que ses représentants une fois élus n'ont pas de comptes à rendre et qu'ils peuvent tout décider seuls selon leur fantaisie? Ou selon des accords politiciens derrière la scène pour protéger certaines personnes? La mission du parlement est de contrôler l'exécutif. Vous avez failli à votre mission et PD est parfaitement justifié à vous le reprocher. Comme des bons élèves vous avez obéi à un conseiller d'Etat comme s'il était votre maître. Ou comment bafouer le principe de la séparation des pouvoirs.

Écrit par : Johann | 13/06/2014

Le peuple est certes souverain, mais il est aussi tenu de respecter la Constitution et les institutions, qui fondent notre système démocratique et sans lesquelles de démocratie, il n'y en a simplement point! Les députés doivent exercer leur mandat dans le respect de celles-ci. Dans le cas qui nous occupe, vous avouerez, j'espère, que l'affaire eût été classée et personne n'en aurait parlé si la directrice de la Pâquerette avait été licenciée. Maintenant, que vous le vouliez ou non, il existe des procédures institutionnelles qui sont garantes des droits de chaque citoyenne ou citoyen. Et celles qui concernent l'affaire qui nous a tous émus sont encore en cours, puisqu'un troisième rapport, sur la responsabilité du Sapem, doit encore être déposé. Décréter, suite à l'indignation publique sur la sanction prise à l'encontre d'une personne, qu'une commission d'enquête s'impose, alors même que la démarche institutionnelle n'est pas achevée, n'entre pas dans ma conception du terme "démocratie", dans laquelle tous les citoyens sont égaux et jouissent des mêmes libertés et des mêmes droits, garantis par les institutions.. Et contrairement à vos dires, il n'y a aucun mépris pour l'opinion publique, juste un grand respect pour notre système démocratique!

Écrit par : Jean-Michel Bugnion | 13/06/2014

Il y a un truc que je ne comprends pas dans la position de Decaillet. Il attends d'une CEP qu'elle fasse la lumière, ce qui revient à remettre entre les députés la science infuse, mais conteste que ces mêmes, dans leur majorité, considèrent que cela n'amènera rien de plus.

Y aurait-il ainsi de bons députés et de mauvais, comme il en est des chasseurs dans un sketch des inconnus?

Écrit par : Olivier | 13/06/2014

@ Olivier : Votre question est très pertinente et met le doigt sur la conséquence de la rupture, que d'aucuns entretiennent à loisir, entre la société politique et la société civile. Les "bons" députés sont ceux qui prennent les désirs du peuple souverain pour des ordres, les "mauvais" ceux qui revendiquent le temps de la réflexion et le respect des institutions. Pensez-vous que, dans le cas d'espèce, les députés de la CEP auraient résisté à la volonté de l'opinion indignée de trouver un coupable et de lui couper la tête?

Écrit par : Jean-Michel Bugnion | 14/06/2014

La démocratie d'opinion porte un nom, cela s'appelle le pragmatisme, les américains détenteurs du brevet sont passés maitre dans sa pratique de gouvernance.
Les outils qui font le bonheur de pas mal d'officines de sondage ,sont la statistique moderne , la fameuse enquête sur la ménagère de plus de 50ans, en France Sarko s'est avéré complètement addict de ce type d'enquête, jusque à mettre à mal ses comptes de campagnes.
écartant tout dogme idéologique , cette "praxis" vise à cerner le réel quand bien même les acteurs de ce jeu de scène manipulent les données afin de satisfaire le client qu'est le gouvernant angoissé de coller à la fameuse réalité
Plus inquiétant , la positon de certains polémistes ou agents électoral "free lance" de l'extrême droite suisse, qui sous couvert d'étendre les droits démocratiques , visent en fait à paralyser les institutions parlementaires afin d'assoir un totalitarisme d'un type nouveau , qui à force d'initiatives inapplicables , déconstruiraient les institutions au profit d'un état national, dont les contours ressembleraient furieusement à un Ballenberg post moderne.

Écrit par : briand | 13/06/2014

Désolé, mais c'est vous qui ne respectez pas la constitution et son article 94. Ayez la décence de ne pas invoquer ce que vous bafouer. Et non, je ne me satisfais pas du licenciement de la directrice qui m'importe peu. Comme c'est facile de tout ramener à la directrice. Le problème va au-delà de cette personne. Je veux savoir qui l'a nommée, sur quelles bases, avec quelles compétences, dans quelles conditions. Il n'y a pas de démarche "institutionnelle" et pas de garantie quand l'exécutif enquête sur lui-même.

Écrit par : Johann | 13/06/2014

@ Johann: Article 94, dites-vous?
"Art. 94 Principes de l'ordre économique
1 La Confédération et les cantons respectent le principe de la liberté économique.
2 Ils veillent à sauvegarder les intérêts de l'économie nationale et contribuent, avec le secteur de l'économie privée, à la prospérité et à la sécurité économique de la population.
3 Dans les limites de leurs compétences respectives, ils veillent à créer un environnement favorable au secteur de l'économie privée."
Vous m'accusez donc de violer le devoir de protéger la prospérité et la sécurité économique de la population, en refusant la commission d'enquête sur l'affaire de La Pâquerette?! C'est trop fort pour moi, je n'arrive plus à vous suivre.

Écrit par : Jean-Michel Bugnion | 14/06/2014

Ô misère! Vous êtes député du GC genevois et vous ignorez la Constitution qui vous régit? Et je ne vous accuse pas, je constate. Si c'est trop fort pour vous, je vous suggère de démissionner.

Écrit par : Johann | 14/06/2014

@ Johann: Lorsqu'on invoque la constitution sans plus de précision, c'est de la fédérale, la faîtière, celle qui régit le pays, dont on parle, et non de l'une des cantonales, subordonnées.
Passons, vous m'accusez donc d'avoir violé l'article 94 de la constitution genevoise qui confère au Grand-Conseil la mission de haute surveillance sur l'exécutif et ses services. Or, d'une part, le processus n'est pas terminé puisqu'un troisième rapport est attendu et d'autre part, il existe comme organe de contrôle institutionnel, la commission de gestion. Plutôt que de se précipiter sur une CEP (qui est une mesure exceptionnelle), je préfère attendre la fin des enquêtes puis mandater au besoin la commission de gestion. Navré, je ne démissionnerai pas!

Écrit par : Jean-Michel Bugnion | 14/06/2014

Non, Monsieur, quand il est question uniquement comme ici du fonctionnement des institutions GENEVOISES, on se réfère à la constitution de notre canton. Et je n'ai pas écrit que vous l'aviez "violée", mais que vous ne l'avez pas respectée. Le troisième rapport ne respecte pas plus que les deux premiers le principe de la séparation des pouvoirs. A événement extra-ordinaire, commission d'enquête parlementaire extra-ordinaire. Nous ne sommes plus dans le contrôle d'une gestion, mais dans une affaire qui implique l'Etat jusqu'au sommet. C'est ce que vous refusez de comprendre en préférant dévaluer ceux qui ne pensent pas comme vous en les dénonçant pour "émotion". Vous vous dressez une statue d'un Monsieur qui se donne le temps de la réflexion et du respect des institutions. Sauf que ça ne marche pas comme ça. Ce crime ne date pas d'hier, ni d'avant hier, et il y a un intérêt prépondérant à ce que cette affaire ne traîne pas encore des années (plus ça traîne plus les responsables pourront échapper à leur responsabilité, c'est évident). Pour les "institutions", nous savons déjà à quoi nous en tenir. Et il vous faudra revoir également votre notion d'égalité des droits de tous les citoyens, quand l'Institution n'a pas su protéger le droit fondamental à la vie d'une de ses citoyennes-employées, ni celui à la vérité et à la réparation de ses parents. Finalement votre défense très émotionnelle elle aussi de la directrice blâmée devient suspecte. Faut-il y voir du corporatisme? Je vous rappellerai qu'un professeur a été licencié pour beaucoup moins que cela.

Et comme vous voulez toujours avoir raison je vous laisse le dernier mot.

Écrit par : Johann | 14/06/2014

@Johann: votre interprétation étroite de l'article 94 n'est pas convaincante. Le principe de haute surveillance que vous évoquez se mélange avec la vindicte populaire. Il paraît inconcevable pour vous et un certain nombre de personnes qu'une tête qui saute soit la seule conclusion (ce qui n'est pas le cas, mais c'est la seule chose que vous retenez parmi les conséquences). Dès lors, à quoi bon mener des enquêtes. Demandez la tête du gouvernement et point final.

Le principe de haute surveillance tel qu'inscrit dans la nouvelle constitution visait à remettre chaque pouvoir dans des prérogatives bien délimitées. Et c'est le cas dans cette malheureuse affaire que l'Etat essaie d'éclaircir. Vous le nier, sur la seule base de la théorie universelle du complot.

En l'occurrence, ne pas créer de CEP maintenant ne m'apparaît pas aussi scandaleux que vous ne l'évoquez, sinon à appliquer la vindicte ci-dessus mentionnée et qui n'est pas plus pertinente. On peut ne pas partager les conclusions des expertises et ne pas partager non plus les conséquences administratives qu'en tire le gouvernement. On peut enfin ne pas partager la manière dont le parlement exerce sa haute surveillance. De là à hurler au non-respect constitutionnel, il y a un pas que je vous laisser franchir tout seul.

Écrit par : Olivier | 18/06/2014

Bonsoir...et oui, pour finir la boucle, le peuple élit son gouvernement.

Total, tout le monde s'y colle et basta !

Erreur de jugement générale :-)

Écrit par : absolom | 21/06/2014

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