07/05/2014

Ecole et économies

 

Comme je l’écrivais dans ma précédente note est arrivée l’heure des choix.

Le DIP voit son budget prévisionnel raboté d’une bonne centaine de postes pour la prochaine rentrée et doit en consacrer 120 nouveaux à l’introduction du mercredi matin. De plus, les accords signés par le précédent magistrat en charge du département avec la FEG (fédération des enseignants genevois) demandent une réduction des réserves de carrière ; pour ce faire, ce sont encore quelques postes qui seront attribués à la réduction des gros bonus de carrière de certains maîtres.

Pas de chance : en parallèle, il doit accueillir des centaines d’élèves supplémentaires entre l’école primaire, le CO et le postobligatoire.

Disons, à la louche, que ce département devrait faire face à la rentrée 2014 avec un différentiel d’une trentaine de millions par rapport à la rentrée 2013.

Si ce scénario budgétaire se confirme, si le crédit supplémentaire que compte demander Mme Emery-Torracinta est refusé par le Grand Conseil, les conséquences seront importantes pour notre système d’enseignement, atteignant cette fois clairement la qualité de nos prestations.

Deux exemples à l’appui, l’un concernant l’emploi et la formation, l’autre les élèves du CO.

Réduire le budget de l’enseignement revient à fermer des classes. Pour l’instant, la seule hypothèse connue est celle d’une trentaine au CO, l’équivalent d’une cinquantaine de postes.

Concrètement, cela signifie en tout cas qu’il n’y  pas d’engagements nouveaux (sauf dans les branches en pénurie), pas d’augmentation du poste occupé (difficile de vivre avec un 50%, ses études terminées, à Genève, surtout si l’on a une famille), beaucoup de voltiges et de transferts (perte du sang frais et vieillissement du corps enseignant de certains établissements), pas de places pour les stagiaires de l’IUFE (interruption technique de leur formation, au mieux repoussée d’une année, au pire aux calendes grecques). En fermant le robinet du renouvellement, en maintenant des personnes et leurs familles dans une situation financière proche du salaire minimum à voter le 18 mai, en brassant le personnel des différentes écoles, on s’attaque à la qualité de l’ambiance de travail, déterminante sur la qualité de l’enseignement, et aussi à la pyramide des âges des enseignants en activité. Un trou artificiellement créé dans celle-ci pour ses premiers degrés n’est pas de bon augure pour l’évolution de la profession à l’avenir.

Fermer des classes, c’est aussi optimiser celles qui s’ouvrent en les remplissant au maximum. Ainsi, il faudrait prévoir en tout cas le double de changements d’affectation que d’habitude pour les élèves du CO (environ 500). Or, nous savons bien que l’adolescence est l’âge par excellence où le groupe de pairs, les copains/copines, revêt la plus grande importance. En être privé, c’est se sentir puni, de manière d’autant plus injuste qu’il s’agit d’une décision organisationnelle. Ce sera très dur pour ceux qui vont entrer au CO, mais bien pire pour ceux qui y sont déjà et devront quitter non seulement leurs copains mais aussi l’établissement qu’ils ont investi.  Pour les élèves fragiles et souvent problématiques, c’est le summum ; ils seront totalement déstabilisés, coupés des relations souvent positives qu’ils entretenaient avec l’assistant social, la psychologue ou l’infirmière de leur cycle d’origine. Habités par un sentiment de rejet totalement incompréhensible pour eux, ils ne pourront que se faire remarquer défavorablement dès leur arrivée dans leur nouvel établissement imposé. La gestion disciplinaire au CO est une tâche délicate qu’il faut manier  avec de la fermeté et de la bienveillance, afin d’éviter le sentiment d’exclusion très rapide à cet âge. Déplacer les élèves mal structurés, c’est augmenter considérablement la lourdeur de la gestion des cycles, fomenter des sentiments de révolte négatifs chez ceux qui n’aiment déjà pas l’école. Pour un canton qui place la sécurité comme une valeur primordiale, n’y a-t-il pas là un risque supplémentaire induit par les décisions politiques ?

Il faut donc choisir : on économise sur les maîtres et les élèves, ou bien on va chercher des sous ailleurs ? A cet égard, j’ai lu ce matin que le ministère public a été désavoué pour avoir condamné à 2 mois de prison un couple de sans papier, qui n’avait commis aucune autre infraction que celle de contrevenir à la Loi sur les étrangers et qui n’était pas frappé d’un avis d’expulsion du territoire. Et chaque jour d’emprisonnement revient cher à la collectivité…

 

 

 

 

 

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02/05/2014

Vous êtes plutôt école ou plutôt prison?

 

La liste publique des bâtiments scolaires en mauvais état comporte désormais une ligne de plus, celle du collège Rousseau. 

 

Par ailleurs l’enquête effectuée par l’Union, association professionnelle des enseignants du secondaire II, recense  bon nombre de problèmes d’entretien dans plusieurs établissements scolaires différents, comme aussi des bâtiments en sureffectifs.

 

A l’évidence, toutes ces constructions érigées dans les années 70 ont pris de l’âge et la massification de la formation secondaire une ampleur considérable depuis ce temps-là.

 

Il n’en demeure pas moins que le monde politique genevois a clairement fauté par défaut d’anticipation. Alors que les professionnels de l’immobilier vous diront qu’il s’agit de consacrer au moins le 2 % du budget à l’entretien des biens immobiliers, celui des bâtiments scolaires est resté largement en-dessous, voire égal à zéro dans certains cas, les mauvaises années. De même, on peut légitimement s’étonner que les besoins de locaux n’aient pas été, dans le passé, pris en compte, par exemple en construisant une nouvelle ECG ; pourtant les prévisions du SRED ne laissaient planer aucun doute sur cette nécessité.

 

Et nous voilà maintenant bien empruntés (fine allusion à la dette…) quand la brise est venue !

 

Le plus gênant, en ce qui concerne l’enseignement, est l’énorme différence qui sépare les anciens établissements et les récents : ce ne sont clairement pas les mêmes conditions de travail pour les maîtres, les mêmes conditions d’apprentissage pour les élèves. Vous avez dit « égalité des chances » ?

 

Allez, je parie qu’une majorité de la population serait d’accord de dire que la mise en conformité de tous les lieux d’enseignement est une priorité budgétaire !

 

Mais voilà, une majorité de la population est aussi favorable à  renforcer la politique sécuritaire, elle aussi victime par le passé d’un manque d’anticipation politique. Et donc on plébiscite l’engagement de nouvelles forces dans ce domaine, la construction de nouvelles prisons, le taux d’incarcération le plus élevé du pays (la moyenne suisse se situe à 82 détenus pour 100'000 habitants, Genève en a plus du double).

 

Je pourrais aussi mentionner ceux qui soutiennent, à juste titre, le développement nécessaire des transports publics dans une agglomération qui étouffera bientôt, victime de son pouvoir d’attraction.

 

Et les patrons, voire les employés de nos PME qui attendent impatiemment la réforme, coûteuse autant qu’incontournable, du taux d’imposition fiscale des sociétés…

 

Même si parfois l’esprit de Genève en donne le sentiment, impossible de tout avoir (le beurre, l’agent du beurre, etc… !) ! Il faudra faire des choix, tout en tentant de ménager la chèvre et le chou, ce qui promet de jolies passes d’armes politico-médiatiques !

 

L’essentiel, pourtant, est ailleurs ; c’est le type de société désiré, plutôt ouvert ou plutôt fermé, qui commandera la logique des choix à venir.

 

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