26/03/2014

Le droit? La Suisse s'assoit dessus!

 

Deux occurrences parmi d’autres : le National vote l’application de l’initiative UDC pour le renvoi des criminels étrangers et l’initiative de la Marche Blanche interdit définitivement à tout coupable de pédophilie une profession ou un bénévolat en contact avec des enfants.

Dans les deux cas, deux principes fondamentaux du droit sont mis à mal par l’automaticité de la mesure invoquée : celui de proportionnalité qui commande que tout acte délictueux soit jugé, donc apprécié, par un juge de façon à garantir l’adéquation entre la peine prononcée et le délit commis, et celui du droit à déposer un recours face à toute condamnation.

Les articles 5, alinéa 4, et 13 de la Convention européenne des droits de l’homme, ratifiée par la Suisse le 27.11.1974, garantissent l’exercice du droit de recours, la Constitution fédérale dans son article 5, alinéa 5, garantit, elle, le respect du droit international.

Je ne vais pas me lancer – j’en serai bien incompétent – dans les arguties juridiques entre les monistes (partisans du droit interne subordonné au droit international) et les dualistes (coexistence des deux droits).  Je me borne à faire un constat navrant : une bonne partie de notre population, emmenée par le premier parti du pays qui joue sur ses émotions par ailleurs compréhensibles, choisit de se mettre de plus en plus à l’écart de la communauté internationale.  De fil en aiguille, elle jette les bases d’un isolement juridique, politique et économique qui ne peut être que négatif pour chacun de nous.

 Comment concevoir intellectuellement que l’isolement dans un monde globalisé ne peut être que néfaste ? Ignorons-nous que la Cour internationale des droits de l’homme ne pourra que nous condamner dès  le premier recours déposé par un criminel étranger ou un pédophile ? Croyons-nous vraiment une seconde que la Suisse peut être autosuffisante ?! Voulons-nous devenir la petite Corée du Nord de l’Europe ?!

Cette dérive, habilement orchestrée par l’UDC, nous mène droit dans le mur. Ce qui m’inquiète le plus est l’incapacité de réaction des autres partis politiques, tétanisés par la mainmise émotionnelle de l’UDC sur le peuple, plus particulièrement celui qui ressort sociologiquement de la votation contre l’immigration massive : plutôt campagnard ou villageois, parlant volontiers un dialecte suisse-allemand, de niveau de formation relativement peu  élevé et peu en contact avec l’étranger.

Avec tout le respect que je lui dois, je crains que cette Suisse des 50,3% ne souffre d’un déficit d’informations et de formation, ainsi que d’un excès d’émotivité au détriment de la rationalité.

Je souhaiterais vivement un sursaut politique des autres partis que l’UDC : allez à la rencontre de cette Suisse-là, combattez inlassablement sur le terrain les idées isolationnistes, tentez patiemment de ramener à la raison les prisonniers de l’émotion ! Ne s’agit-il pas là de notre responsabilité politique majeure quant à l’avenir de notre pays ?

 

 

 

 

 

 

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17/03/2014

La Restauration

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Après la Révolution française, le consul Bonaparte puis l’empereur Napoléon mettent l’Europe sens dessus dessous. Lorsqu’enfin ce dernier est vaincu, le congrès de Vienne marque en 1815 la période historique appelée « la Restauration ». Après les coups de butoir d’une bourgeoisie enrichie par le commerce et l’industrie qui revendiquait le  pouvoir politique, c’était-là un retour bienvenu à l’ordre ancien,  à la monarchie, c’était le rétablissement de la société pyramidale de l’Ancien Régime dans laquelle chacun se devait de garder la place qui lui était assignée et Dieu veillait sur tous.

Le vote du 9 février consacre une nouvelle Restauration : face aux forces historiques de la mondialisation, la Suisse revient à l’Etat-nation, souverain à l’intérieur de ses frontières, protégé par sa neutralité (justement reconnue par le congrès de Vienne en 1815),  farouchement indépendant.

Cependant, il est à craindre que nous n’ayons pas les moyens de nos ambitions, considérant la puissance des forces historiques qui nous traversent.

Voyez la finance avec les procès qui s’abattent sur nos grandes banques, la fiscalité et notre position de faiblesse dans cette compétition sans morale qui se déchaîne, voyez la concurrence féroce entre les géants économiques de la planète (USA, Chine, Russie, Inde)  dans laquelle l’UE tente de défendre sa place ! Constatez la lutte des influences politiques dont l’Ukraine est le terrain de prédilection actuel, le dépit de toute la communauté scientifique suisse  mise à l’écart du développement des innovations !

En 1848 éclatent dans toute l’Europe des révolutions menées par la bourgeoisie et les nationalistes. La monarchie doit céder sa place à la république. Genève, cette fois, a pris de l’avance : James Fazy renverse le gouvernement  en 1846 et une année plus tard fait adopter la constitution de 1847 qui consacre la victoire de la classe bourgeoise.

Combien de temps durera la restauration helvétique de 2014 ? Jusqu’à quand résisterons-nous aux forces de l’évolution historique ? Je me garderai bien d’émettre un pronostic, préférant une certitude : plutôt que de s’arque bouter  contre le cours de l’Histoire, il vaut mieux essayer d’en faire partie et d’accompagner son évolution.

Image : représentation du congrès de Vienne par Jean Godefroy

 

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