19/01/2014

Prise de conscience salutaire?

 

 

Il faut concéder à l’initiative contre l’immigration massive un bienfait , celui de placer tous les citoyens face à un problème bien réel, qui ne sera pas réglé par un simple non.

Dans "Le Matin dimanche" d’aujourd’hui, le président des Verts tessinois explique son soutien à l’initiative : dumping salarial éhonté, favorisé par la proximité de la frontière, et fort chômage des jeunes, dans un marché de l’emploi terriblement concurrentiel. Ces phénomènes touchent particulièrement les cantons-frontières avec une économie dynamique, en croissance forte, comme l’est aussi Genève.

Si nous voulons apporter une autre réponse que les contingents de travailleurs, la crise économico-diplomatique avec l’UE et la baisse de nos exportations qui s’en suivront, il devient impératif de lever les yeux au-delà du portemonnaie.

Les organes politiques, tant le législatif que l’exécutif, doivent se montrer beaucoup plus entreprenants dans le domaine de la surveillance du marché du travail : il est urgent de mettre la priorité politique dans la lutte pour un contrôle efficace des entreprises et une forte incitation à créer des conventions de travail collectives là où elles font défaut ; il nous faut davantage d’inspecteurs du travail, davantage d’intervention étatique pour amener patronat et syndicats à la table de négociations, davantage d’ouverture chez les uns et les autres pour trouver le juste équilibre entre profits de l’entreprise et conditions de travail satisfaisantes.

Mais la responsabilité n’est pas que politique, elle est aussi citoyenne et appartient à chacun de nous.

Tout d’abord, que certains entrepreneurs et autres patrons daignent considérer qu’il n’y a pas que le pognon dans la vie et que, membres du tissu genevois et nourris de celui-ci, ils ont le devoir moral de s’en montrer solidaires : à compétences égales, engager en priorité des habitants de notre agglomération, dans le respect de conditions correctes. L’objectif de toute entreprise est certes de faire du bénéfice, mais pas forcément un bénéfice maximum au mépris de son environnement ! Si l’économie est amorale en soi, les personnes qu’elle implique ne le sont pas.

Ensuite que l’effort entrepris à Genève (j’ignore si c’est le cas au Tessin) pour diversifier les formations de nos jeunes  et promouvoir les secteurs professionnels soit intensifié ! Que  les milieux professionnels, l’école et l’office d’orientation scolaire et professionnelle poursuivent leur rapprochement et la recherche d’une meilleure adéquation entre les places offertes et les cursus choisis !

Enfin, que chacune et chacun s’engage, à son niveau professionnel, associatif ou politique, dans une démarche de résolution plutôt que d’obstruction. A mes yeux, c’est une évidence : la croissance débridée nous conduit dans le mur, il nous faut apprendre, ensemble, à la maîtriser.

 

12:19 Publié dans Air du temps, Genève | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Facebook | | | |

Commentaires

Cher Monsieur Bugnion,

Je suis d'accord avec votre analyse sur la majorité des points développes. Une chose me froisse cependant: la formation professionnelle à Genève, pour ce qui est des formations duales en tout cas, sont déjà passablement orientées en faveur des entreprises qui utilisent bien souvent les jeunes comme personnel à bas coût et sans avoir forcément de plan de formation, tout cela sous les yeux de l'OOFPC.

Écrit par : Vincent | 19/01/2014

Cher Vincent,
Lorsque c'est le cas, cela rejoint directement deux points que j'ai soulevés: d'une part, la nécessité de renforcer les contrôles sur les entreprises, y compris dans le secteur de la formation où les apprentis devraient pouvoir compter à 100% sur leur commissaire d'apprentissage, et d'autre part, l'appel à la responsabilité éthique de l'entreprise dans son engagement citoyen qui devrait être clairement reconnu par les associations patronales.

Écrit par : Jean-Michel Bugnion | 19/01/2014

Cher Monsieur,

Dans ce cas, je vous approuve totalement. Il est en effet nécessaire que les commissaires d'apprentissage puissent effectuer un vrai contrôle, sans avoir peur de réprimander les formateurs en entreprise. Ce n'est pas tout de se réjouir du nombre de contrats d'apprentissage signés chaque année, il faut aussi garantir la qualité de la formation professionnelle et, à fortiori, la valeur des diplômes que Genève délivre. C'est l'avenir de nos écoles qui est en jeu!

Écrit par : Vincent Barbey | 22/01/2014

En 1ere lecture je retiens de votre article que si tous le monde était un peu plus éthique et citoyen, le monde serait meilleurs. Ok c'est pas faux.

Mais en y regardant a deux fois je m’aperçois avec surprise que ce que vous considéreriez comme de haute valeur éthique au niveau de l'action individuelle d'un patron, deviens de la xénophobie dictée par la peur quand on applique les mêmes principes au niveau des conditions cadres fixées par l'état pour l'ensemble des patrons... (cf votre article précédent).

Parce qu'a la fin même si il existe quelques "bons types" parmis les patrons, ce qui va s'appliquer a la vaste majorité d'entre nous relèvera directement des conditions cadres étatiques. Et si ce cadre permet de virer ses anciens employés pour puiser dans l'immense réservoir de chômeurs européens a moitié prix (comme cet entrepreneur tessinois l'a très bien expliqué) et bien c'est ce qui va se passer.

Cette conclusion ne relève pas de la morale, ni d'un parti pris politique ou de xénophobie. C'est simplement mécanique comme le principe des vases communicants.

Écrit par : Eastwood | 19/01/2014

Je ne crois pas avoir appelé précédemment à une dérégulation des conditions-cadre, vous le sous-entendez de mon désir de poursuivre des relations non conflictuelles avec l'UE. Mais vous avez raison: ma pensée évolue au fil des interactions sur le sujet; comme je l'ai écrit dans ma dernière note, il me paraît insuffisant de rejeter simplement l'initiative et de penser que tout est réglé. Je m'aperçois qu'il faut clairement entreprendre une régulation étatique interne pour juguler l'ultralibéralisme de certaines entreprises et, de manière plus générale, maîtriser notre croissance.

Écrit par : Jean-Michel Bugnion | 19/01/2014

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