05/11/2013

La toute première fois

 

J-2 avant ma première séance au Grand-Conseil, précédée comme il se doit de la prestation de serment. Impressionné, je l’avoue !

 

Et le bébé est en pleine forme : 2.5 kg pour 14 cm, c’est les mensurations de l’ensemble des documents (projets de loi, motions, pétitions ou rapports) qui me sont arrivés pour préparer la séance. Heureusement, j’ai l’habitude professionnelle de lire beaucoup et vite ; en outre, je dispose de passablement de temps libre, frais retraité que je suis. Mais, même dans ces conditions idoines, il m’a fallu de nombreuses heures de lecture pour prendre connaissance de l’ensemble de l’œuvre ! Comment font donc les député-e-s qui exercent une profession à 100% ou qui se partagent entre travail et famille ? Peuvent-ils vraiment trouver le temps nécessaire à cette somme de lecture ? Je suppose que la réponse est non, que la plupart doivent se concentrer sur les sujets qui leur tiennent à cœur et font confiance à leurs camarades de parti pour bénéficier d’une synthèse, pendant la réunion du groupe parlementaire – le caucus -, précédent la séance. Logique et normal me direz-vous ; certes, mais j’ai quand même un petit regret : l’effet d’uniformisation de l’opinion qui se crée ainsi dans chaque parti et, du coup, la diminution des chances de voir sortir, ici ou là, une idée originale.

 

Deuxième grande chance que j’ai : l’habitude de prendre la parole en public, bien que je craigne toujours de bafouiller, de fourcher sur un terme ou de me « payer la honte » comme disent nos ados. Dans ce domaine aussi, j’imagine que d’autres, moins bien lotis que moi, doivent vivre des affres préalables bien plus fortes ; à l’évidence, il y a une relation entre la parole, la manière de l’exercer et le pouvoir de convaincre et de séduire. Toutefois, j’espère que celles et ceux qui n’ont pas encore la pratique et l’entraînement nécessaires sauront dépasser cet obstacle et que l’ensemble de l’assemblée privilégiera le fond du contenu à la forme du langage.

 

Avec cependant, une grande restriction : les dérapages verbaux, les insultes entre politiciens, dont le journal Le Matin fait aujourd’hui sa manchette et classe Genève en No 1.  Faut-il le rappeler ? Nous sommes des élus du peuple (pour moi, 4,3% des votants, ça rend humble…) et nous le représentons ; s’insulter, c’est l’insulter, c’est donner du pouvoir législatif une image de grossièreté irrespectueuse ! J’admets que l’art rhétorique commande quelques piques, quelques estocades, mais toujours à fleurets mouchetés, pas au sabre d’abordage, sous peine de voir la classe politique perdre toute crédibilité et toute considération. De plus, il y a ici un grand risque, celui de la banalisation, voire de la popularisation de ce type de comportement ; allez ensuite doctement expliquer aux élèves ou à votre fiston qu’il ne faut pas dire « Casse-toi, pauvre con ! » pour ne citer que le plus célèbre des dérapages…

 

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