25/10/2013

La bureaucratisation de l'école

 

Le syndicat des enseignants romands par communiqué de presse le 21 octobre « tire la sonnette d'alarme face à une inflation de directives, instructions réglementaires et autres injonctions auxquelles doivent faire face les enseignantes et enseignants et qui portent de plus en plus préjudice à leur enseignement. »

Ce faisant, il met en cause le type de management qu’applique le DIP genevois, qui n’est peut-être pas le seul département, du seul canton, à fonctionner ainsi. En effet, ses objectifs prioritaires sont la conformité et le contrôle, de manière à réduire au maximum les risques de dysfonctionnement normatif et d’exposition médiatique, d’où une multiplication des directives  « top down » en cascade depuis le faîte et une superposition des niveaux de contrôle.

Mais le prix à payer est très, voire trop cher ! D’abord une énorme bureaucratisation de la gestion avec des forces de travail dévolues essentiellement à la rédaction, à la vérification ou à la correction de la forme, au détriment de l’essentiel, le fond.  A ce propos, lire l’ouvrage de Béatrice Hibou, La Bureaucratisation néolibérale, La Découverte, 2013.

Ensuite, l’instauration entre les rouages de l’Etat d’un climat général de méfiance, chacun étant d’abord préoccupé de s’assurer de sa conformité et de se couvrir pour ne pas être pris en faute.

Les conséquences dans un milieu scolaire sont particulièrement fâcheuses : des enseignants standardisés sur le même moule vont diffuser un enseignement de même type à des élèves qui en deviendront de plus en plus formatés ou révoltés. A la créativité et à la  motivation du maître succèderont  son souci d’exécution conforme et sa crainte de prendre des initiatives. Fin du dynamisme local, fin des rencontres de personnalités différentes, fin des projets, attribut pourtant primordial de la personne qui désire projeter ses élèves vers l’avenir ! Magistral ennui des uns et des autres…

Pourtant, il existe une alternative : oser l’autonomie des établissements - comme en Finlande, premier ex-aequo à la fameuse enquête PISA -, promouvoir la confiance raisonnable et raisonnée !

Pourquoi ne pas donner la responsabilité de porter ces deux éléments à la personne qui dirige l’école, conformément d’ailleurs au sens de son titre ? A condition bien sûr qu’en contrepartie, une évaluation et un rendre compte réguliers soient mis en place.

Charge à la directrice ou au directeur d’école d’établir en concertation avec les enseignants les modalités qui  garantissent le bon fonctionnement de l’établissement, de l’enseignement et des apprentissages scolaires, dans le cadre donné par la Loi sur l’Instruction publique et le Règlement général de chaque ordre d’enseignement.

Charge à l’Etat, parallèlement, de s’assurer que ces objectifs soient atteints ou d’intervenir pour qu’ils le deviennent.

 

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22/10/2013

Leonarda et l'école

 

Si cette jeune fille n’avait pas été interceptée pendant une excursion de sa classe, pas une seule ligne n’aurait paru dans les journaux. C’est évidemment l’interpellation dans le cadre scolaire qui a généré la vague émotionnelle totalement hors propos, qui déferle encore maintenant, car elle  met abruptement en question le statut de l’école et des élèves. Sanctuaire ou auberge espagnole ? Protégés de l’extérieur ou livrés à la moindre demande d’un pouvoir externe ?

 

Le principe de base doit être la protection sociale et politique des enfants et des adolescents, tout simplement parce que ce sont des êtres mineurs, en devenir, parfois en proie à des difficultés qui les dépassent. Ils doivent donc bénéficier du soutien et de l’aide des adultes, cas échéant, et ne peuvent être considérés comme partie prenante des combats politiques et idéologiques de ceux-ci. Faute de quoi, Leonorda en est un parfait exemple, ils deviennent des instruments au service d’une cause, se retrouvent obligés de jouer un rôle de citoyen-ne averti-e et de prendre position, alors qu’ils n’y sont pas du tout préparés et sont loin d’avoir la maturité requise.  Je me demande d’ailleurs quelles peuvent être les conséquences sur la construction personnelle et identitaire de l’ado aux prises avec une telle situation. Préserver nos enfants de toute récupération politique me paraît relever de l’exigence éthique.

 

Toutefois, il faut se garder de sanctuariser totalement l’école, comme le demandent certains en France. Lorsque la responsabilité individuelle de l’élève est engagée, par exemple s’il a commis un acte illégal, le devoir de protection cède la priorité au devoir d’éducation. Au siècle passé, l’intrusion de la police dans un établissement scolaire genevois était pour le moins mal vue ; aujourd’hui, la collaboration entre école et police, formalisée par un protocole, permet de signifier aux élèves qu’il est des limites à ne pas dépasser et des responsabilités individuelles à assumer.

 

Voilà pourquoi, à mes yeux, si le débat général est compréhensible, il ne faut surtout pas légiférer sur le voile à l’école de façon spécifique. La polémique est ici d’opportunisme politique, il faut donc en protéger tous les élèves, de toutes les confessions, qui ne pourront qu’être atteints par une mesure qui viserait l’exclusion de certaines d’entre eux. De plus, si une loi venait à passer, imaginez-vous l’impact socioculturel induit par une intervention policière à l’école pour la faire respecter !?

 

 

 

 

 

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18/10/2013

Contrôle versus humanité

La démission de la directrice de l’Office cantonal de détention, diplômée en finance et controlling, fait écho à d’autres mises sur la touche dans le même secteur, dans un passé plus ou moins récent : la directrice de La Clairière, pasteure de formation, et celle de la directrice de La Pâquerette, que je suppose médecin spécialisé.

Deux profils très différents, le premier axé sur les résultats chiffrés, les procédures et le contrôle, l’autre sur la prise en compte de l’être humain dans sa singularité. Mais le même résultat, désolant pour les 3 personnes, jugées inaptes par le pouvoir politique, malgré les artifices oratoires qu’il utilise, et par le public.

A l’évidence, la gestion d’une population humaine, sensible qui plus est, essentiellement par le biais  de directives et de contrôles renforcés n’est pas la solution. Tout comme l’est celle qui privilégie l’empathie et la confiance au détriment des risques encourus.

Simple bon sens : le tout est de savoir où placer le curseur entre ces deux pôles.

Mais là où l’affaire devient complexe, c’est lorsque s’ajoutent les pressions médiatiques et d’une partie de la population sur le thème de la sécurité, avec leurs inévitables répercussions au niveau de la politique en général et du magistrat en charge du département, en particulier ; l’erreur est interdite, elle devient une faute pour la responsable administrative et s’avère fatale. Bien sûr, les manquements dans l’affaire de la sociothérapeute sont incompréhensibles, peut-être provoqués par un trop plein de directives et procédures ressenties comme déshumanisantes ; en revanche, des évasions d’un centre d’incarcération pour mineurs sont inévitables et font partie intégrante des risques du métier.

Risque, c’est bien là le maître mot : le risque zéro n’existe pas, création intellectuelle abstraite et simplificatrice de l’existence en société. Dès lors, il s’agit d’évaluer le risque et de le gérer, à tous les niveaux, sans que l’un se défausse sur l’autre.

Concrètement, chaque membre de la chaîne devrait d’abord faire une estimation du risque encouru, puis le partager avec son supérieur hiérarchique; en fonction de l’importance de la situation, le partage devrait aboutir au plus haut échelon.

Dès lors, le Conseiller d’Etat serait à même de répondre, en toute connaissance de cause, aux questions des medias et du public, en expliquant clairement la position prise - quitte à ce qu’elle soit impopulaire-,  la partie qui respecte les procédures et celle qui respecte l’humain. Exercice certes délicat et périlleux qui demande une qualité rare, le courage, mais exercice salutaire dans le sens où il indique lisiblement une ligne politique et où il rétablit ce qui fait défaut actuellement dans les rouages de l’Etat, la confiance.

On me rétorquera que les risques apparaissent souvent dans des situations d’urgence, pendant lesquelles il n’est pas possible de contacter son supérieur sur le champ. C’est vrai et cela plaide pour un autre volet, celui de la formation aux risques, qui devrait être donnée à tous les acteurs, qui anticiperait les situations d’urgence et dégagerait des réponses concertées à apporter le moment venu.

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