22/10/2013

Leonarda et l'école

 

Si cette jeune fille n’avait pas été interceptée pendant une excursion de sa classe, pas une seule ligne n’aurait paru dans les journaux. C’est évidemment l’interpellation dans le cadre scolaire qui a généré la vague émotionnelle totalement hors propos, qui déferle encore maintenant, car elle  met abruptement en question le statut de l’école et des élèves. Sanctuaire ou auberge espagnole ? Protégés de l’extérieur ou livrés à la moindre demande d’un pouvoir externe ?

 

Le principe de base doit être la protection sociale et politique des enfants et des adolescents, tout simplement parce que ce sont des êtres mineurs, en devenir, parfois en proie à des difficultés qui les dépassent. Ils doivent donc bénéficier du soutien et de l’aide des adultes, cas échéant, et ne peuvent être considérés comme partie prenante des combats politiques et idéologiques de ceux-ci. Faute de quoi, Leonorda en est un parfait exemple, ils deviennent des instruments au service d’une cause, se retrouvent obligés de jouer un rôle de citoyen-ne averti-e et de prendre position, alors qu’ils n’y sont pas du tout préparés et sont loin d’avoir la maturité requise.  Je me demande d’ailleurs quelles peuvent être les conséquences sur la construction personnelle et identitaire de l’ado aux prises avec une telle situation. Préserver nos enfants de toute récupération politique me paraît relever de l’exigence éthique.

 

Toutefois, il faut se garder de sanctuariser totalement l’école, comme le demandent certains en France. Lorsque la responsabilité individuelle de l’élève est engagée, par exemple s’il a commis un acte illégal, le devoir de protection cède la priorité au devoir d’éducation. Au siècle passé, l’intrusion de la police dans un établissement scolaire genevois était pour le moins mal vue ; aujourd’hui, la collaboration entre école et police, formalisée par un protocole, permet de signifier aux élèves qu’il est des limites à ne pas dépasser et des responsabilités individuelles à assumer.

 

Voilà pourquoi, à mes yeux, si le débat général est compréhensible, il ne faut surtout pas légiférer sur le voile à l’école de façon spécifique. La polémique est ici d’opportunisme politique, il faut donc en protéger tous les élèves, de toutes les confessions, qui ne pourront qu’être atteints par une mesure qui viserait l’exclusion de certaines d’entre eux. De plus, si une loi venait à passer, imaginez-vous l’impact socioculturel induit par une intervention policière à l’école pour la faire respecter !?

 

 

 

 

 

11:50 Publié dans Air du temps, Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

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