10/09/2013

La première(?) lettre d'insultes

Il y a quelques mois, la TdG a publié une lettre de lecteur de ma plume sur la sécurité, « Les Yaka sécuritaires », dans laquelle je dénonçais les solutions  simplistes prônées face à un problème complexe.

Deux jours plus tard, je trouvais dans ma boîte une lettre d’insultes, m’intimant grossièrement de me taire, accompagnée d’un flyer délavé titré « Vieillards impotents,  vous pouvez encore être utiles au pays. Dénoncez vos voisins. ».

Au-delà du petit choc ressenti, une interrogation me taraude : comment être à ce point submergé par l’émotion, réagir aussi violemment face à des idées qui n’avaient pourtant rien de bien agressif ?

Certes, le sentiment d’insécurité est très répandu et forcément désagréable à porter, Genève n’est plus la ville d’il y a vingt ans, mais pouvait-il en être autrement ?

Ce type d’irruption émotionnelle me paraît devenir de plus en plus fréquent : si le logiciel SIGNA révèle le faible taux de violence dans les écoles, si seuls 5% des élèves du CO présentent des problèmes de comportement, il y a parmi eux des jeunes qui ne connaissent aucune limite, se laissent submerger par l’émotion et deviennent alors dangereux pour les autres et pour eux-mêmes. Comme pour certains parents, d’ailleurs, voire pour certains politiciens (cf. la note « Crier ou savoir travailler » sur le blog de Magali Origo), leur sentiment tient lieu de vérité. Je ressens, donc je suis !

Daniel Coleman  a dénoncé ce glissement de l’âge de la raison à celui de l’émotion dans un livre traduit en français sous le titre « L’intelligence émotionnelle » au milieu des années 90. Les conséquences nous deviennent de plus en plus perceptibles, alimentées par un battage médiatique intense (émissions de téléréalité, par exemple) qui accréditent la valeur du sentiment, du ressenti personnel, au détriment de celle des idées.

Or, l’exploitation des émotions et des sentiments représente une stratégie politique payante, même dans notre pays et dans notre canton, en témoignent les succès de l’UDC et du MCG.  J’espère que le futur parlement genevois comptera une majorité de députées et de députés qui préféreront le débat d’idées, la confrontation d’arguments rationnels,  au choc des émotions, à l’outrance des sentiments.

18:00 Publié dans Air du temps, Genève, Humeur | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Facebook | | | |

Commentaires

Je ne connais pas le contenu de votre lettre de lecteur, vous auriez pu mettre un lien dessus.

Mais je peux vous assurer que le simple fait d'employer encore le très éculé terme de "sentiment d’insécurité" vous vaudra automatiquement une certaine agressivité de la part des personnes de plus en plus nombreuses qui se sont faites tabasser pour un téléphone portable ou quelques francs par un "sentiment subjectif". Pour eux, comme pour leurs proches et amis, cette phraséologie est du pur mépris. D'ailleurs même le psychorigide PS a fini par le comprendre et ne le prononce plus.

Par ailleurs vous continuer dans le classique éculé avec votre titre insinuant que vous risquez de recevoir encore beaucoup d'insultes. Le publique aime les victime, et lancez a tout hasard un "laissez moi parlez je ne vous ai pas interrompu" ne peut pas faire de mal quand on est candidat...

Écrit par : Eastwood | 10/09/2013

Excusez-moi, mais les mots ont d'abord un sens dénoté. Lorsque je ressens de l'insécurité, qu'elle ait eu une origine concrète ou non, j'éprouve un sentiment d'insécurité et je ne peux m'exprimer autrement si je veux être compris . Ensuite, libre à chacun de jouer sur les connotations comme vous le faites de manière particulièrement orientée. Quant à la stratégie de victimisation que vous me prêtez, elle résulte d'une interprétation stratosphérique de ma ponctuation; je voulais juste signifier qu'elle risquait de ne pas être la dernière en illustrant ce que je développe sous le titre.

Écrit par : Jean-Michel Bugnion | 10/09/2013

"« Crier ou savoir travailler » sur le blog de Magali Origo"

OrigA

Et généralement quand on cite, on fournit le lien :

http://magalioriga.blog.tdg.ch/archive/2013/09/01/crier-ou-savoir-travailler-246367.html

Écrit par : Johann | 10/09/2013

Je vous remercie de votre correction de ma distraction ainsi que de votre soutien technique pour la référence; j'ai effectivement à faire des progrès en la matière. Parallèlement, je présente mes excuses à Mme OrigA pour avoir estropié son nom.

Écrit par : Jean-Michel Bugnion | 10/09/2013

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