31/08/2013

La récolte de signatures

Pour faire de la politique, faut militer, et c’est bien normal !

Première expérience de récolte de signatures pour un référendum. Arrêt du tram à Balexert, 3 petits stands alignés côte à côte au long des rails : le PS, le MCG dont je remarque à la fois la jeunesse et le côté unisexe des militants, et les Verts.

J’ai quelques papillons qui me tournicotent dans l’estomac ; faut vous avouer que j’ai été marqué par mon expérience de vente porte à porte, durant mes études. Ding, dong, la porte s’ouvre et vous vous retrouvez à bredouiller votre blabla devant une personne qui a tendance à vous regarder de haut en bas, en se demandant quelle incongruité se trouve sur son paillasson… Je n’ai pas persévéré dans cette voie, ne possédant pas le « fighting spirit » nécessaire à ce type de vente où il faut passer en force, mais j’en ai gardé le souvenir peu agréable d’avoir profondément ennuyé – les commentaires et la rédaction de ce blog sont modérés…- des personnes qui n’en pouvaient mais et n’en voulaient pas !

Trêve de pusillanimité ! Je choisis d’aborder les gens, pressés pour la plupart, par un « Vous m’accordez une minute ? » qui ne me paraît  pas trop intrusif. Surprise, une grande majorité s’arrête, écoute ne serait-ce que quelques secondes,  échange souvent deux ou trois phrases et parfois signe.  Le contact est intéressant, débouche quelquefois sur une véritable discussion, comme avec cette dame, très remontée contre les Verts en général et notre ministre en charge des TPG en particulier, qui finit toutefois par signer ma feuille de référendum pour la petite enfance ; deux précisions à amener : j’avais pris soin de distribuer quelques caresses au brave chien qui l’accompagnait et Michèle Kunzler, présente au stand, a pris langue avec cette dame pour entendre ses récriminations et lui présenter son point de vue.

Un autre aspect m’a profondément interpellé: la quantité de personnes qui marquaient un intérêt mais devaient presque s’excuser de ne pouvoir signer, parce qu’elles étaient étrangères.

 Il doit avoir une soixantaine d’années, visage et corps burinés par les travaux pénibles en plein air ; avec son accent du Sud, il me précise qu’il est venu à Genève 37 ans auparavant, que ses enfants et petits-enfants sont parfaitement  intégrés, qui professionnellement, qui scolairement, qu’il a mis un point d’honneur à toujours payer ses impôts et dans les délais.  Et il ne comprend pas pourquoi il ne peut voter au niveau cantonal, moi non plus !

Je n’arrive pas effectivement à admettre qu’une part importante de la population genevoise, pourtant totalement partie prenante de nos infrastructures comme de notre vie quotidienne, ne puisse avoir accès à l’expression dans la politique cantonale ; je le ressens comme une profonde injustice envers des personnes qui ont grandement contribué à l’essor de notre cité et qui nous sont aussi proches que les autres, à passeport rouge.

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25/08/2013

La rentrée

Bon, lundi, c'est la rentrée et, traditionnellement, je vais accueillir (pour la dernière fois, snif) la volée des "petits" 9ème, tout frais émoulus (attention à l'erreur d'orthographe...) de l'école primaire. Si vous saviez comme ils sont mignons, tout sages et un peu intimidés, assis les 232 sur les bancs de l'aula.

 

Et à la fin de chaque année, 3 ans plus tard, je voyais, tout aussi traditionnellement, la volée des 11ème pour marquer leur départ de l'école obligatoire.
Si vous saviez comme ils ont changé durant ces 3 ans, et dans le corps, et dans la tête…

 

Or, qui a accompagné cette formidable transformation, outre leurs parents? Qui a, quotidiennement, amené ces cerveaux adolescents - pourtant dans leur phase de vie (13-15 ans) durant laquelle ils sont le moins réceptifs aux apprentissages scolaires- à se pencher sur leurs bouquins et rester à leur place, bon gré mal gré?

Faire apprendre et transmettre est certes nécessaire, mais pas suffisant, notoirement à cet âge-là ; il faut encore réunir les conditions adéquates pour que l’enseignement et l’apprentissage se déroulent de manière idoine, pour tous les élèves ; il faut à la fois gérer le collectif et être attentif à l’individualité de chacun, être à la fois ferme quant au cadre à respecter et bienveillant pour chaque élève.

C’est ici que réside l’essentiel, non dans les structures de l’enseignement ; c’est le travail, jour par jour, de tous les adultes qui œuvrent au CO qui constitue le ciment de la construction de pensée et d’attitudes de tout ado genevois.

Volontiers décrié par certains, partisans d’une école de l’excellence sélective au détriment des élèves en difficultés qui n’en peuvent mais, pointé du doigt médiatiquement au moindre soubresaut alors que la fameuse violence dite des jeunes est d’une part en diminution1 dans l’espace scolaire et d’autre part constitue le reflet inévitable de celle de la société, le CO genevois se porte en réalité plutôt bien : dans chaque établissement, nous reconnaissons que 95% des élèves ne posent pas de réels problèmes comportementaux.

Nos enfants, lorsqu’ils fréquentent le Cycle d’Orientation ne sont pas pires ou meilleurs que ceux d’avant ou ceux d’ailleurs ; ils sont juste des ados qu’il convient d’encadrer et de soutenir.

A la veille du coup de pistolet marquant le départ d’une nouvelle année scolaire, une pensée sincère et reconnaissante à tous ceux qui s’en chargent : profs, personnel administratif et technique, équipe médico-psycho-sociale et membres du conseil de direction de l’établissement.

 

1 Voir à ce propos : Actes de violence dans les établissements publics genevois d’enseignement recensés dans SIGNA Année 2012-2013, SRED et Evaluation des comportements violents chez les jeunes ces 20 dernières années, Denis Ribeaud, 2013, sous www.jeunesetviolences.ch

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19/08/2013

Ringard, le tronc commun en 9ème du CO?

D’aucuns diront que l’idée est dépassée, obsolète, que l’hétérogénéité a été balayée par le peuple le 4 mars 2001 et que la nouvelle structure du CO a été acceptée massivement par 75% le 17 mai 2009.

Et pourtant, cela ne devrait pas nous empêcher d’ouvrir les yeux, de prendre en compte la réalité du terrain,  d’en dénoncer les éventuels dysfonctionnements et de proposer des améliorations. L’enjeu est de taille, la formation de nos enfants et leur future intégration dans notre société.

Alors que voit-on dans les classes des écoles primaires et du CO ? Tout d’abord, un fort stress,  induit par des normes de passage considérablement relevées et  qui touche deux années, la dernière de l’école primaire puis la première du CO.

En 8 P, les parents s’inquiètent évidemment : va-t-il ou elle parvenir à réaliser les performances requises, surtout pour atteindre le regroupement 3 avec au minimum 2 fois 4.5 et une fois 5, pour un total de 14, alors qu’avant 12 suffisait pour aller en regroupement A ? Les élèves qui n’ont pas de très bonnes notes sont donc soumis à une pression familiale, autant que scolaire, à une forme d’exigence de performances à laquelle ils ne sont pas préparés.

En outre, l’enseignant primaire, un généraliste, voit son évaluation revêtir une importance pronostique primordiale, alors qu’il ne connaît pas les programmes des différentes branches du CO, ni leurs niveaux d’exigence. Ainsi, attribuer une note de 4 au lieu d’un 4.5 ou un 4.5 au lieu d’un 5 peut déclencher dans les familles et chez les élèves des réactions angoissées, voire un psychodrame en fin d’année ; or, tout professionnel  le sait, l’évaluation scolaire n’est pas une science exacte. Ensuite, la pression refait surface en première année du CO : vas-y, fais- toi remarquer par de bons résultats au plus vite, de façon à te voir proposer une passerelle qui te permettra de sauter dans le regroupement supérieur après un trimestre ! Ou, si tu rates ce coche, continue de bosser dur pour atteindre les normes  (4.8 de moyenne générale 1 seule note en-dessous de 4.0 à part français et maths) qui t’ouvriront les portes de la section supérieure en début d’année suivante.

Ce stress, trop important, est excessif et non productif.

Les élèves de 8ème  et 9ème sont des enfants et des préadolescents, ce ne sont pas des adultes miniatures qui ont atteint leur stade de maturité. Etres en devenir, ils ont droit aux erreurs, aux hésitations, au temps libre, aux derniers zestes de l’insouciance enfantine. Leur signaler une exigence de performances, pour certains inatteignables, ne va pas les faire mûrir plus vite ; au contraire, cela va les diviser en 2 catégories : les méritants d’un côté, ceux qui atteignent la barre et sont qualifiés (dans l'acceptation polysémique du terme) et les déméritants de l’autre, les disqualifiés. Pour ceux-ci, bonjour les dégâts sur l’image de soi, sur la confiance en eux-mêmes, avec les conséquences prévisibles sur des comportements déviants. A ce propos, je recommande le visionnement de l’émission « Spécimen » de la RTS du 19 juin 2013, intitulée « L’ado, ce drôle de zozo » ; entre d’autres éléments très intéressant, on y découvre les fâcheuses conséquences du stress excessif sur un cerveau adolescent, particulièrement sur le plan de la socialisation (http://www.rts.ch/video/emissions/specimen/5000684-la-construction-du-cerveau.html)

L’école obligatoire doit combattre le clivage de sa population et refuser d’en laisser, ne serait-ce qu'une petite partie, au bord du chemin.  Instaurer un tronc commun pour la première année du CO présente trois gros avantages :

1.       Permettre aux élèves, à nos enfants, de négocier le passage de l’école primaire de l’enfance au CO de l’adolescence, sans rajouter du stress à celui que le saut procure déjà.

2.       Enlever la dimension pronostique à l’évaluation du seul généraliste primaire pour la conférer à un collège d’enseignants  qui la réalisera en temps réel et en connaissance des programmes et exigences. L’orientation de chaque élève devrait s’avérer alors plus fluide.

3.       A coûts constants, plus vite et mieux aider les élèves en difficultés. En effet, à l’heure actuelle, les transferts promotionnels d’élèves se font très majoritairement lors de la première année. Le tronc commun rendrait les importants moyens financiers attribués aux passerelles disponibles pour des appuis ciblés sur les élèves en difficultés dès le début de l’année ; plus vite on intervient, moins le fossé ne se creuse et plus le pronostic est favorable, comme le prouve l’école hétérogène finlandaise et ses excellents résultats à PISA. Quant à l’effectif des classes, il tournerait entre 19 et 20 élèves, ce qui représente le même nombre de classes qu’actuellement.

Tentons de dépasser les querelles d’essence idéologique sur un système scolaire ou un autre ! Les motifs invoqués ci-dessus ne méritent-ils pas, pour le bien de nos élèves et de nos enfants, au moins la réouverture du débat ?

20:19 Publié dans Genève | Tags : tronc commun, co, stress | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |