04/03/2017

Nationalisme, le retour?

La position de Benoît Genequand contre la libre circulation des personnes participe évidemment du courant nationaliste qui a le vent en poupe et traverse une bonne partie des pays à l’heure actuelle : la vague bleu Marine, les 5 étoiles, le trumpisme ou les partis d’extrême droite scandinaves partagent avec l’UDC suisse le slogan  « les nôtres d’abord ! » et la détestation de l’économie libérale ainsi que des élites, sourdes aux préoccupations du peuple.

La critique est partiellement fondée et doit être entendue, d’ailleurs elle l’est amplement ! Mais la posture qui la soutient pose à mes yeux problème. Le nationalisme, à ne pas confondre avec le patriotisme qui incarne l’amour de sa patrie, est une théorie politique qui affirme la prédominance de l’intérêt national par rapport aux intérêts des classes et des groupes qui constituent la nation ou par rapport aux autres nations de la communauté internationale. Un bel exemple est donné par l’initiative « Le droit suisse au lieu des juges étrangers », sur laquelle nous serons appelés à voter, dont l’application entraînerait la dénonciation des traités internationaux en cas de conflit d’obligations entre le droit suisse et le droit international. Par exemple, un traité économique ou scientifique pourrait être dénoncé au détriment des entreprises d’exportation helvétiques ou de la communauté scientifique, comme des autres pays signataires.

On le voit, l’exercice de la théorie nationaliste présuppose deux éléments : d’un côté, la non prise en compte d’intérêts sectoriels soumis à l’intérêt national et de l’autre, une constante mise en concurrence des différents pays. Or, la Suisse, formée de 4 populations différentes avec 4 langues et cultures différentes, est forcément non compatible avec le sentiment nationaliste, celui de former une communauté nationale en fonction des liens (langue, culture) qui unissent ses citoyens ; en effet, c’est la nécessité de prendre en compte l’ensemble des intérêts différents, voire divergents, de nos 4 régions et la recherche constante d’un compromis entre raison d’Etat et raisons particulières qui nous a permis de traverser l’histoire, sans que n’éclate notre Confédération. En revanche, le nationalisme, apparu à la fin du XVIIIème siècle, a jeté les Etats-nations européens en une compétition féroce, d’abord colonisatrice, agrandissant ainsi leur force et leur puissance, ensuite guerrière au travers de deux guerres mondiales, la seconde résultant de la frustration nationaliste allemande.

Le discours de Benoît Genequand, comme celui de l’UDC, véhicule donc un risque majeur, celui de chanter une époque où chaque pays devait s’imposer, intérieurement comme extérieurement, gonfler au maximum ses muscles pour servir l’idéal de Nation, avec le corollaire inévitable de conflits internes et internationaux. Dans une telle compétition, la petite Suisse, avec son absence de matières premières, son économie d’exportation (un franc sur deux vient de l’étranger), la petitesse de son marché intérieur et le vieillissement de sa population qui ne peut être atténué que par une immigration conséquente, serait, ma foi, fort mal placée…

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22/01/2017

L'ère de la post vérité

De très nombreuses voix fustigent, à juste titre, le style « post truth » du nouveau président des USA. Les partis suisses, à l’exception de l’UDC évidemment, condamnent l’instrumentalisation de l’image d’une femme en burqa dans la campagne pour la naturalisation facilitée de la troisième génération. C’est effectivement, à mes yeux, une manière détestable de faire de la politique: affirmer des mensonges et nier la vérité, démentir sans arguments ni preuves, jouer sur les émotions, les sentiments de peur ou de rejet, voilà qui m’apparaît à l’opposé du fondement de la démocratie occidentale, née à l’ère de la raison et de la connaissance critique des faits, enjeux et réalités.

Or, dans la campagne actuelle sur RIE III, force est de constater que, à droite comme à gauche, on n’hésite pas à flirter avec la post vérité : près de 200'000 emplois menacés, détournement de déclarations politiques et de photos à droite, à quoi répondent à gauche le coût de 1000.- par citoyen, le bénéfice seulement pour les actionnaires. Au mieux des exagérations, au pire des mensonges! Tout se passe comme si chaque camp avait décidé de s’adresser aux tripes des citoyens, à leur cerveau limbique, plutôt qu’à leur tête, à leur cerveau cortical. C’est s’aligner sur la recette qui marche actuellement : indignez-vous et laissez-vous porter par cette indignation! C’est une façon d’infantiliser les votants, de simplifier la problématique à outrance en leur disant : « Si tu es gentil et votes pour moi, tu auras un cadeau. Si tu es méchant et votes pour l’autre camp, tu seras puni ! ». Je regrette infiniment cette réduction générale de la politique à un degré 0.

Dans cette optique, je me dis qu’à Genève, contrairement au canton de Vaud, nous avons manqué une belle occasion de relever le niveau de la politique, lorsque des partis, dont le mien, ont refusé de signer la convention sur RIE III cantonale, avant le vote du 12 février. En effet, il me semble que le signal donné par un accord multipartite aurait permis de signifier qu’ici, dans notre canton, nous sommes capables de sortir de l’émotion, de construire après de patientes négociations un compromis qui rassure les habitants et les aide à dépasser le stade des « Salauds de capitalistes » ou « Crétins de gauchistes » ! Et qu’on ne vienne pas me dire que nous pourrons toujours signer la convention après le 12 février ! Si la réforme l’emporte, vous croyez que la droite va maintenir les concessions faites ? Si RIE III est refusée, qu’aura gagné la gauche ? Quelques années de sursis pour une situation fiscale éthiquement inacceptable qui profite aux multinationales au détriment des entreprises suisses ?

Désolé, à mes yeux, l’affrontement droite-gauche est dépassé, la vraie bataille se déroule entre les partisans d’une fermeture nationaliste, d’un repli sur soi et ses semblables d’un côté, et, de l’autre, ceux qui combattent pour une démocratie ouverte, éclairée par la raison, capable de concevoir la complexité et les différences, de proposer un avenir positif pour l’ensemble des habitants de la planète, comme pour celle-ci d’ailleurs !

 

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18/01/2017

Entre le marteau et l'enclume...

Le directeur de l’école obligatoire, nous apprend la TdG de ce jour, a été écarté et commis à un autre poste. Au-delà de la personnalité et des valeurs humanistes de la personne, dont je peux témoigner pour avoir collaboré quelques années avec lui, pointe ici la problématique du rapport entre le terrain quotidien dans lequel s’exercent les prestations publiques et la conduite politique des départements, avec en corollaire la délicate situation des cadres supérieurs, pris entre le marteau de leur chef(fe) et l’enclume de leur base.

Pour ce qui est du CO, une bonne illustration est donnée par la motion de Jean Romain qui a conduit le DIP à exiger le maintien des cours jusqu’à la fin de l’avant-dernière semaine. Côté cour, la satisfaction de certains parents (et néanmoins électeurs) qui profitent ainsi de quelques jours supplémentaires de prise en charge étatique de leur progéniture adolescente, souvent turbulente en juin ; côté jardin, un déficit de temps pour l’orientation scolaire et pour le contact école-famille, en fin d’année lorsque les deux prestations sont très importantes (voir la note du 27.11.2016). On le voit bien, la logique de la planète politique peut quelquefois s’entrechoquer avec celle du terrain et, si vous êtes en responsabilité de celui-ci, vous devrez faire preuve d’une géniale créativité pour concilier la chèvre et le chou.

D’accord, me direz-vous, mais la personne a choisi en connaissance de cause et assume ensuite son choix. Tout cadre supérieur doit fidélité à son/sa magistrat(e) et est tenu d’appliquer la politique que celui-ci ou celle-ci commande. Sauf que, si son rôle se limite à cela, il va la mettre en application de manière directive, sans prendre le risque d’encourir le courroux politique, et ainsi, totalement ignorer les signaux négatifs qui viennent d’en-bas, du terrain quotidien. Et voilà comment une politique dommageable peut se perpétrer durablement!

La situation d’un cadre sup à l’Etat est inconfortable, car il doit parfois prendre le risque de déplaire lorsque la réalité contrecarre les objectifs et désirs du politique. Celle d’un-e chef-fe de département ne l’est pas moins, car il ou elle doit parfois aussi prendre le risque de déplaire aux électeurs et aux parlementaires pour éviter de prendre un mauvais chemin !

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