19/09/2017

Après l'internement, l'interdiction à vie

L'élaboration de la loi d'application de l'initiative dite de la « Marche blanche » arrive à  bout touchant. Contrairement à l'avis du Conseil Fédéral, le 18 mai 2014, le peuple, à  63,5%, et tous les cantons plébiscitent ce texte qui introduit, pour des personnes ayant abusé de mineurs,  l'interdiction à  vie  de travailler, professionnellement ou bénévolement, dans une place qui les met en contact avec cette population. Plus de trois ans plus tard, le Conseil des Etats vient de proposer sa loi d'application, durcie par sa majorité ; elle balaie l'interprétation qui ne concernerait que les pédophiles au sens psychiatrique du terme, l'étend aux adultes vulnérables et renonce au réexamen de l'interdiction professionnelle au bout de 10 ans.  Le Conseil national doit encore se prononcer, mais nul doute que sa majorité rejoindra celle des Etats.

La ressemblance entre cette initiative et celle de 2004 pour l'internement à  vie des délinquants criminels dangereux est frappante. Toutes deux nées d'une compréhensible émotion populaire face à  des actes abjects[1] , ayant rencontré de grosses difficultés pour leur mise en application car incompatibles avec la CEDH (Convention européenne des droits humains) et donc nécessitant un travail parlementaire en profondeur, elles réclament toutes deux une sanction à  vie qui pose problème aux principes mêmes du droit dans une démocratie. Essentiellement par leur caractère automatique et général qui contrevient au critère de proportionnalité et à  l'indépendance de jugement qui doit être garantie dans la tenue de tout procès. La récusation du premier tribunal qui a jugé Fabrice A., à  Genève en octobre 2016, pour manque d'impartialité en fournit une bonne illustration.

Certes, le peuple est souverain dans son pouvoir législatif, mais celui-ci est limité, séparation des pouvoirs oblige, par le judiciaire. Celui-ci garantit un traitement individuel de chaque cas, une appréciation de sa gravité et de sa sanction de la part de juges, impartiaux et indépendants. Contrairement à  ce que pense Thomas Minder, le peuple ne peut pas simplement dire blanc ou noir et en exiger une application aveugle, contrairement à  ce que pense Stefan Engler[2], le risque existera toujours pour la société, celui d'entraîner un dysfonctionnement de notre justice, troisième pilier de notre démocratie.

A lire le projet concocté par la majorité des Etats, on se rend compte que le souci de complaire à  l'émotion populaire a prévalu ; reste maintenant à  observer, lorsque la loi d'application aura été promulguée, comment l'interprétera le Tribunal Fédéral lors des premiers recours. Jusqu'à  présent, il a accepté les 5 recours déposés contre l'internement à  vie.

 

[1] Werner Ferrari avait révolté l'opinion publique : en 1971, il tue un enfant de dix ans dans le canton de Bâle-Campagne. Il est condamné à  quatorze ans de prison, mais libéré pour bonne conduite en 1979. Accusé du meurtre d'une jeune fille de 12 ans commis 6 mois après, il sera finalement acquitté en deuxième instance, mais commettra quand même 3 assassinats d'enfants entre 7 et 12 ans dans les années 80.

[2] Propos rapportés dans l'édition de la TdG du 19 septembre 2017, p. 7.

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01/09/2017

Confessions d'une orange bio

Pendant quelques années, je me suis cru pastèque ; il faut dire que la politique a été pour moi une opportunité, davantage qu'une passion. Ma passion, c'était mon travail, d'abord comme enseignant, puis comme directeur de CO ; quelle chance d'avoir le sentiment, sa vie professionnelle durant, d'œuvrer pour le bien des élèves, de nos enfants, de les aider à  se former, de nourrir leur pensée en devenir, d'essayer sans relâche de garantir un bon fonctionnement de l'établissement, indissociable de la qualité de la formation donnée.

Mais voilà, toutes les bonnes choses ont une fin et la retraite est arrivée. Nanti d'une personnalité plutôt active, membre passif des Verts depuis l'affiche UDC du mouton noir (c'est l'origine de la fixette que je fais contre ce parti), j'avais besoin de combler le vide qui s'annonçait et de m'investir dans une nouvelle activité.  C'était en 2013 et les partis ouvraient leurs listes de candidature à  l'élection du Grand-Conseil. Tiens, pourquoi pas ? Fondamentalement, ce peut être l'occasion de continuer à oeuvrer pour le bien commun cette fois.

J'ai la chance d'être retenu par le congrès des Verts sur la liste et, surtout, celle d'être élu, à  la surprise générale, grâce aux voix hors-parti que je récolte. Commence alors mon apprentissage de la politique genevoise, en tant que député. Le bien commun, je ne l'ai que peu rencontré, mais la stratégie politique, ça oui, toujours (en commission comme en pleinière) et partout (de l'extrême gauche à  l'extrême droite). Normal, chaque parti a l'ambition de croître et de marquer des points aux yeux de l'électorat.

En observant le jeu politique, j'ai constaté qu'Ensemble à  Gauche, bien que divisé entre ses composantes, s'active énormément sur le champ des intérêts spécifiques sectoriels (défavorisés sociaux et fonctionnaires), combats nécessaires à  sa survie politique, en ciblant un électorat potentiel. Normal, encore une fois : un petit parti non gouvernemental doit se battre pour exister. Mais, ce faisant, il empiète sur les plates-bandes électorales du PS d'Anne Emery-Torracinta, lequel est entraîné, volens, nolens, à  le rejoindre sur la plupart de ses positions, ne voulant pas être taxé de social-traître. Comme, depuis le départ de son lider maximo, le MCG de Mauro Poggia se découvre une fibre sociale et qu'il vise aussi l'électorat des fonctionnaires, une alliance hétéroclite se forme parfois sur certains objets. A ce moment, les Verts d'Antonio Hodgers jouent un rôle primordial, puisque ce sont eux qui font pencher la balance à  gauche, ou pas, mais de moins en moins.

Voilà comment, sur certains points, les intérêts de minorités l'emportent  sur l'intérêt général ; voilà  comment le parlement genevois s'enferme dans des discours dogmatiques et stériles, rejouant sempiternellement l'affrontement idéologique gauche-droite, avec des arguments surannés qui ne convainquent que les convaincus et ne débouchent pas sur une solution de compromis. Voilà  comment, j'ai compris que je m'étais trompé, que ce n'est pas ce jeu politique que je désire jouer car il ne m'apparaît ni constructif, ni servir le bien commun.

A mes yeux, celui-ci commande la recherche systématique du consensus helvétique, souvent raillé mais, en définitive, clé de voûte d'une politique qui a préservé notre pays depuis fort longtemps, qui lie les instruments de la démocratie directe au nécessaire travail parlementaire. Et le principal danger qui menace cette recherche d'équilibre politique, est l'UDC (retour de ma fixette !) qui est capable d'entraîner l'aile droite du PLR, le reste du parti suivant, dans une politique toute de droite, dans laquelle les défavorisés sociaux et les fonctionnaires seront les premiers à  payer la note !

Le PDC s'imposait dès lors, ce parti parfois taxé de « girouette politique » par ses adversaires, m'a séduit par sa capacité à tenter, encore et encore, de trouver une solution de compromis, à considérer une idée émise pour son contenu, non pour sa provenance, à être un trait-d'union entre les groupes plutôt qu'un parti jusqu'au-boutiste, arcbouté sur ses dogmes.

Bon sang, mais c'est bien sûr, je suis une orange, bien évidemment non traitée !

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20/08/2017

Prévoyance 2020: idéologie ou pragmatisme?

Evidemment, l'inégalité salariale entre hommes et femmes est inacceptable et doit être combattue ! De nombreuses femmes et hommes de gauche avancent que l'égalité salariale doit précéder l'augmentation de l'âge de la retraite des femmes et refusent donc Prévoyance 2020.

La question qui se pose dès lors est la suivante : en quoi l'échec de Prévoyance 2020 aidera-t-il à obtenir l'égalité salariale ? Et la réponse est immédiate : en rien, bien au contraire !

Tout d'abord, cela favorisera le maintien de la discrimination, au prétexte que les femmes travailleront toujours un an de moins, en tout cas durant la période que prendra l'élaboration de la nouvelle loi qui imposera sans nul doute la même élévation, si ce n'est davantage.

Ensuite, cela renforcera la position conservatrice de l'UDC pour laquelle le modèle féminin se décline encore selon les 3 K, Kinder, Kirche, Küche et qui, par ailleurs, ne souhaite économiquement pas un quelconque changement dans la rétribution du travail.

Enfin, cela favorisera le plan B du PLR qui reprend quasi toutes les mesures de Prévoyance 2020 (augmentation à 65 ans pour les femmes, hausse de la TVA de 6%, flexibilité dans la retraite entre 62 et 70 ans, baisse de taux de conversion de 6,8 à  6%), mais rejette les 70.- de plus pour les futures rentes AVS et prétend compenser en agissant sur le deuxième pilier. Je n'ai pas encore trouvé la description précise de ces mesures sur le 2ème pilier, mais doute qu'elles soient à l'avantage de l'employé.

Faut-il donc s'arcbouter sur une position pure et dure, sur un credo, au risque de se tirer une balle dans le pied ou n'est-il pas préférable, pour une femme ou  un homme de gauche, de se montrer pragmatique et d'accepter qu'un tiens vaut mieux que deux tu l'auras ?

 

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