17/10/2017

La responsabilité

Jeune prof, je m’étais engagé avec enthousiasme au comité de l’association des maîtres du CO où j’enseignais. Au cours de ma première année de mandat est arrivé le dossier d’une enseignante visée par un entretien de service pour raison de défaillances professionnelles à répétition. Objectivement, le cas était limpide : cette personne n’avait pas une posture professionnelle et s’avérait nocive pour ses élèves. Pourtant, contre mon avis, le comité a décidé de la défendre, parce qu’elle était membre de l’association et que tel était la priorité de celle-ci. A l’époque (déjà), choqué par cette position, j’ai démissionné du comité et pris de la distance avec l’association. On m’objectera que la première raison d’être d’un syndicat, c’est la défense de ses membres ; ok, mais celle-ci doit-elle être inconditionnelle, jusqu’au-boutiste et verrouillée ? N’est-ce pas perdre en crédibilité, donc en efficacité ?

40 ans plus tard, j’ai l’impression de revivre ce moment sur un plan général quand je vois comment le Cartel réagit dans les dossiers de la CPEG et de Score ; tantôt maniant l’hyperbole – Score est une « déclaration de guerre » -, tantôt le déni de réalité – le PL de Batou en injectant 800 millions permettra de gagner du temps pour réfléchir-, il adopte la même attitude inconditionnelle, jusqu’au-boutiste et fermée que celle que j’avais rencontrée 40 ans auparavant. Admettons quand même que ce corporatisme fonctionnaire, car c’en est clairement un, réponde aux aspirations de la majorité de ses membres de préserver le statut quo. Quoique, j’ai un petit doute, mais bon…

En revanche, en quoi répond-t-il aux aspirations de l’ensemble des citoyens ? La fonction publique genevoise, abondamment dotée en comparaison inter-cantonale, doit être modernisée dans son organisation et sa gestion, comme elle l’a déjà été dans d’autres cantons romands, et plusieurs professions en son sein doivent être réévaluées, conséquences inéluctables de l’évolution de notre société. Des mesures rapides pour une recapitalisation efficace de la caisse de retraite doivent être prises, comme un passage de la primauté de prestations à celle des cotisations, conséquences incontournables du droit fédéral et de l'équité envers les employés du privé.

Avoir la chance d’être élu au parlement cantonal m’a appris ce qu’est la responsabilité politique ; même si vous n’en portez qu’un centième, vous êtes tout de même en charge, en collaboration avec le CE, du fonctionnement d’un canton, en particulier avec l’établissement de son budget ! Cela me paraît incompatible avec des prises de position corporatistes, qui favoriseraient un groupe au détriment de l’ensemble de la population.

En vue du budget 2018, j’espère que chaque caucus du Grand-Conseil sera à la hauteur de la responsabilité qui lui incombe et que, dans cette période difficile, il pourra éviter la tentation corporatiste et électoraliste…

 P.S. Parfaitement conscient de la déception que j’inflige à mes anciens camarades et des éventuelles conséquences électorales, je préfère dire que me taire, car je porte aussi une autre responsabilité, la même que le prof devant ses élèves ou le directeur face à ses enseignants, celle du parler vrai.

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10/10/2017

Les étoiles politiques

                

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La commune de Grand-Saconnex a vite réagi : devant l’intervention du MCG, puis de la CICAD, elle a enlevé la petite étoile de shérif (à gauche) du « permis piéton » remis aux enfants des crèches qui ont suivi un cours d’éducation routière. Motif, d’après le parti politique, appuyé par la Coordination contre l’antisémitisme et la diffamation : « Il n’est pas tolérable qu’un symbole tellement chargé au niveau historique soit offert comme récompense (…) qu’une commune genevoise fasse l’apologie de cette période sombre de notre histoire ».(1)

Diable ! La chose paraît d’importance, mais peut-être pas dans le sens entendu par le MCG. Voyons pourquoi !

En premier lieu, la comparaison graphique ne convainc personne : l’étoile juive possède 6 branches et est formée par deux triangles équilatéraux tête-bêche, l’étoile du Grand-Saconnex présente 7 branches (un seul autre exemple similaire, si vous allez voir sur Google les images « étoile shérif ») et n’a aucune structure géométrique comparable ; seul point commun, la couleur.

Ensuite, les deux contextes se situent aux antipodes l’un de l’autre : comment faire le moindre lien entre la Shoah et une intervention de prévention routière dans les crèches d’une commune genevoise ? L’Histoire n’a de sens que si sa double dimension du temps et du lieu est respectée ; sinon, tout est dans tout et réciproquement, Napoléon, Hitler, Mao et Trump, même combat…

Dès lors, j’aurais envie de poser quelques questions aux trois protagonistes de cette « affaire » :

Au MCG, je demanderais : Avez-vous vérifié la ressemblance avec l’étoile juive avant de la dénoncer ? Est-ce que les shérifs américains actuels qui arborent leur étoile font aussi l’apologie d’une période sombre ? Ne serait-ce pas par opportunisme électoraliste que vous avez relayé une comparaison pour le moins oiseuse de quelques habitants, peu au fait de l’histoire ?

A la CICAD : Savez-vous qu’une bonne partie des étoiles de shérif comptent 6 branches et ont la même structure géométrique que l’étoile juive ? Faudrait-il dès lors recommander aux Etats-Unis de réfléchir « à utiliser un symbole moins connoté » ? Ne craignez-vous pas de perdre en crédibilité si vous réagissez à la moindre dénonciation, si farfelue soit-elle ?

Aux autorités communales : N’était-ce pas possible d’expliquer sereinement à vos deux interlocuteurs que l’étoile des petits shérifs de la route n’avait RIEN à voir avec celle que portaient les Juifs pendant le nazisme ? Est-ce par gain de paix et/ou par réaction aux pressions que vous avez décidé de la supprimer ? Allez-vous récupérer les 25 étoiles déjà distribuées et mettre en place un suivi psychologiques des 25 bambins déjà stigmatisés ?

L’extermination massive des Juifs pendant la deuxième guerre mondiale est objectivement un des événements historiques les plus dramatiques qu’a connu l’humanité. Symbolisé par l’étoile de David, il fait partie incontournable de notre devoir de mémoire. Alors, justement, respectons sa véritable dimension en ne l’accommodant pas à toutes les sauces et en montrant un minimum de rigueur intellectuelle et historique !

(1) Les citations sont tirées de l'article de la TDG de ce jour, 10 octobre 2017, p.19

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01/10/2017

J'ai mal à mon Espagne

Comme il fallait le craindre, Rajoy, pris dans sa fuite en avant, fait parler la violence lors de ce référendum, auquel j'aurais voté non. L'escalade continue donc entre un pouvoir central, qui a méprisé le dialogue et tergiversé pendant longtemps, et un séparatisme qui gagne en radicalité en symétrie, pour aboutir à la situation actuelle qui pourrait bien constituer un point de non-retour.

Une partie de ma famille est en Espagne à Madrid et à Barcelone, j'ai passé toutes mes vacances estivales d'enfant et d'adolescent sur la Costa brava catalane du temps de Franco et je me souviens des récits, glanés çà et là, de la guerre civile, de l'animosité entre la capitale franquiste et la Catalogne républicaine : que de deuils et de douleur ! Que de souffrances transmises de bouche à oreille d'une génération à  l'autre !

Ce qui se préparait depuis quelques mois est arrivé aujourd'hui et les autres pays européens n'ont pu le prévenir : un chef de gouvernement, d'un parti profondément corrompu au vu et su de sa population, a soufflé sur les braises d'une guerre civile qui a tellement traumatisé un pays entier et a ravivé les blessures mal cicatrisées.

Comment a-t-on pu en arriver là ? Comment est-ce possible qu'une solution négociée n'ait pas été sérieusement tentée ? Et maintenant quoi ? Comment sortir de cet affrontement et jusqu'où celui-ci va-t-il se poursuivre ? Quelle responsabilité porte Rajoy et quel gâchis pour ce pays !

J'ai l'impression que mon Espagne a fait un bond de 80 ans dans le passé¦ J'ai mal pour ma famille, pour mes souvenirs et pour tous les Espagnols, catalans ou pas !

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