08/08/2017

Bi, et alors?

Quand on s’engage dans la course au CF, évidemment faut-il s’attendre à prendre des coups, pas tous au-dessus de la ceinture. Mais quand même, le reproche fait par Céline Amaudruz à la candidature de Maudet me paraît mériter la palme du surréalisme dadaiste.

Outre les 90000 Genevois de plus de 15 ans et les 873046 Suisses binationaux, chiffres rapportés dans la Tribune d’aujourd’hui, il faut aussi prendre en compte le 61% de la population genevoise issue de la migration (Ocstat, TdG du 18 avril 2017) et le tiers de la population suisse de plus de 15 ans (OFS, RTS info 22.01.2015 pour la situation en 2013, pourcentage qui a dû depuis augmenter))

Que cela plaise ou non à la vice-présidente genevoise de l’UDC, le peuple suisse en général et celui de Genève en particulier résulte d’un brassage international constant de ses membres, comme c’est d’ailleurs la tendance générale en Europe. Dès lors, deux hypothèses viennent à l’esprit devant la suspicion publique affichée par Mme Amaudruz :

L’UDC revendiquerait-elle la pureté de passeport, comme d’autres ont revendiqué celle du sang ? En quoi, avoir une origine étrangère diminue-t-il la loyauté envers son pays ? La traîtrise se transmettrait-elle par des gènes forcément étrangers ? Allons donc, l’argument, lui aussi, ne tient pas la route et j’ose croire que le principal parti de Suisse ne pousse pas si loin le délire.

Reste donc une autre question : à qui profite cette faribole ? Flinguer le jeune PLR ne peut que bénéficier à l’autre du même sexe : Ignazio Cassis, bien plus UDC compatible, bien moins indépendant des lobbys actifs et rémunérateurs du Palais fédéral !

Qu’on l’aime ou pas, il faut reconnaître à Pierre Maudet au moins une qualité, celle du courage d’agir en politique. Qualité très rare dans le milieu, comme on peut le constater ci-dessus.

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24/06/2017

Darwin mis au ban turc

Un petit entrefilet dans la TdG de ce matin et un grand choc pour moi : les élèves turcs n’étudieront plus la théorie de l’évolution de Darwin, jugée « controversée et trop difficile à comprendre » !

Par conséquent, les petits Turcs n’apprendront désormais que le créationnisme, croyance (et non science) qui professe que la toute-puissance divine a créé ex nihilo le monde tel que nous le connaissons ; totale absurdité scientifique, cette théorie est, par exemple, soutenue à coups de millions par l’Eglise de scientologie américaine et défendue par les milieux chrétiens fondamentalistes de ce pays, comme par la plupart des Républicains de l’aile droite.

Le parallèle est frappant, car il illustre bien le nouvel axiome politique au niveau mondial : la lutte des classes marxiste, le néolibéralisme, les affrontements idéologiques gauche-droite sont dépassés, voire rendus obsolescents par l’opposition entre les défenseurs de la pensée rationnelle, scientifique, héritée des Lumières, et les tenants d’une pensée intuitive, inspirée par la religion, telle que l’Europe l’a connue au Moyen-Age, à l’époque des jugements de Dieu. L’illustration la plus frappante actuellement est, bien sûr, la lutte contre le terrorisme, mais elle ne saurait occulter les nombreux mouvements qui discréditent l’approche rationnelle et scientifique : le suprémacisme américain dont le vice-président est un adepte, mais aussi les ultra-catholiques polonais, hongrois et même français, pour ne citer qu’eux.

Il n’est pas besoin d’insister sur le danger que cette pensée religieuse et intuitive comporte dans son essence : l’Histoire nous en offre de multiples exemples, des Croisades jusqu’au génocide des peuples amérindiens, en passant par l’arbitraire des tribunaux de l’Inquisition.  On peut d’ailleurs noter au passage que la pensée issue d’une idéologie conquérante fonctionne sur le même schéma (culte d’un chef tout-puissant, obédience et obéissance aveugle, élimination de l’adversité).

Pour revenir aux élèves turcs, ils n’auront plus désormais la possibilité de faire un apprentissage fondamental, celui de la distinction entre croyance et science. Toute croyance est à respecter mais ressort exclusivement du domaine privé individuel, car aucune ne peut démontrer sa supériorité sur les autres (si ce n’est de manière dogmatique). En revanche, l’approche scientifique requiert l’expérience, la démonstration et la preuve, ce qui, de facto, sépare le vrai du faux. La pensée scientifique, fondée sur la raison, est bien celle qui a permis l’évolution des mentalités, auparavant assujetties aux préceptes religieux, l’apparition de l’esprit critique et celle des démocraties.

Quant à la Turquie, grande puissance clé dans cette région instable du globe, trait d’union entre l’Europe et le monde musulman, elle prend le chemin terriblement inquiétant d’une autocratie théocratique. Erdogan, renforcé par son référendum sur l’extension de ses pouvoirs et les purges immenses qui ont suivi le prétendu putsch des partisans de Gülen, éradique complètement l’héritage d’Atatürk et éloigne de plus en plus son pays des démocraties occidentales pour se rapprocher d’une gouvernance politique religieuse, comme celle de l’Iran. Voilà qui n’augure rien de bon pour l’avenir !

 

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05/05/2017

quelle démocratie?

L’élection française ne parvient pas à mobiliser mon attention, principalement par le caractère d’outrance qu’elle revêt. Je ne peux m’empêcher de comparer le mode démocratique de nos voisins avec le nôtre et de trouver, en tout chauvinisme, ce dernier largement supérieur. Selon moi, cela tient à la formidable importance accordée au président dans la démocratie française (ou américaine), sans commune mesure avec celle de l’un des 7 sages qui nous gouvernent. Je vois deux principales conséquences négatives à une démocratie « présidentielle ».

Tout d’abord, la personnalisation de la politique. Non seulement elle réduit toute idée en tant que telle à son incarnation physique dans le ou la candidat-e, plaçant ainsi au second plan le contenu programmatique du débat au profit des compétences ou des faiblesses personnelles des candidats, des informations vraies ou fausses sur leur vie, mais elle accrédite l’idée d’un homme (ou d’une femme) providentiel qui sauvera le pays. Or, quel que soit la personne à la tête d’un Etat, quelles que soient ses compétences et sa valeur, elle ne peut gouverner seule et doit compter avec le reste de l’appareil politique et avec la population. Le meilleur exemple est donné par les difficultés rencontrées par Obama, pourtant pétri de qualités, ou Hollande (qui lui n’a pas fait le détour par la boulangerie), à pouvoir réaliser leurs projets politiques. A contrario, avoir 7 dirigeants avec un –e président-e tournant garantit que les décisions importantes sont prises en collège et qu’aucun des 7 ne peut imposer son point de vue. De plus, l’élection par le Parlement du Conseil fédéral est un bijou byzantin et sophistiqué de recherche d’équilibre et de consensualité ; celui qui ne joue pas ce jeu, comme Blocher, est éjecté par le système.

Ensuite l’alternance du pouvoir. Le président déçoit, forcément, inexorablement, car il est impossible d’être providentiel pour tout le monde. L’opposition exploite à fond les déceptions, avive les rancœurs de ceux qui l’avaient élu et qui se sentent frustrés qu’il ne tienne pas ses promesses, et gagne à l’élection suivante. Alors, la nouvelle équipe se dépêche de détricoter ce que la précédente avait tissé et de remplacer l’ancien ordre par le nouveau, évidemment de meilleure qualité à ses yeux. Puis l’histoire se répète, élection après élection. La petite Suisse, elle, ne connaît pas de coups de barre à 180 degrés ; la nave va, certes lentement, mais privilégiant toujours le compromis, qui relativise les frustrations, et la continuité à l’inverse des brusques changements de cap. Il faut ici saluer le travail peu connu et opiniâtre effectué par les parlements, tant fédéraux que cantonaux, afin de décliner le fameux « consensus helvétique » dont on se moque de la mollesse mais qui nous garde de l’alternance destructrice.

Bien sûr, je ne voudrais pas que les Français confient leur pays ce dimanche à une femme providentielle extrémiste, mais, égoïstement, je suis surtout soulagé d’être citoyen suisse !

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